Papias et les presb3rtre
Papias^ est connu par saint Irénée et par Eusèbe. C'était un familier de saint Polycarpe, devenu évêque d'Hiérapolis en Plirygie, et appartenant, au plus tard, à la troisième génération chrétienne, car il avait conversé avec les disciples immédiats des apôtres (Eusèbe, H. E., III, 39, 2-4). La question de savoir si le Jean dont il a été le disciple est l'apôtre Jean ou un presbytre du même nom, distinct de l'apôtre, est toujours débattue entre les critiques. Eusèbe parle de Papias comme d'un esprit médiocre et plutôt faible.
L'unique ouvrage composé par Papias était une Explication des sentences du Seigneur (Aoyitov xwpiaxwv eçYiY/"jffeiç) en cinq livres. Cet ouvrage n'expliquait pas seulement les paroles de Jésus-Christ : il traitait aussi des actes de sa vie. D'autre part, l'auteur n'y rapportait pas seulement les paroles de Jésus-Christ, telles qu'elles sont connues par les évangiles : il y rapportait aussi, d'après des traditions orales, des paraboles qu'Eusèbe qualifie d'étranges, certains enseignements spéciaux du Rédempteur, et des récits dont quelquesuns étaient tout à fait fabuleux {Ibid., 11). Ce dernier trait vise, sans aucun doute, les descriptions réalistes faites par Papias du millenium auquel il croyait.
Suivant que les critiques voient dans le presbytre Jean, avec qui Papias a conversé, l'apôtre Jean ou un autre personnage de ce nom, ils font remonter plus haut ou abaissent la composition de V Explication des sentences du Seigneur. Zahn fixe cette composition
i. Édition Vv^TL, Patres apostolici, i, 346 et suiv. Fragments douteux dans C. de Boor, Texte und Unters., v, 2, 1888. Cf. Th. Zahn, Geschichte des neutestam. Kanons, i, 2, 1889; Forschungen zur Gesch. des neutesl^ Kaiions, \i, Leipzig, 1900. J. Chapman, Le témoignage de Jean le Près, bytre, dans Revue bénédictine^ xxii (1903), p. 357-376.
entre 125-130, Bardenhewer entre 117-138, Harnack entre 140-160, Batiffol vers 150.
Il ne reste du livre de Papias que des fragments assez courts donnés par saint Irénée, Eusèbe et Apollinaire. Les deux plus importants sont relatifs aux évangiles de saint Marc et de saint Matthieu.
On trouve assez souvent nommés par les anciens auteurs (Origène, Clément d'Alexandrie, saint Irénée surtout, Papias), comme ayant prononcé certaines paroles ou enseigné certaines doctrines, les presby très ou un presbytre en particulier. Papias donne même ce nom aux apôtres (Eusèbe, H. E., iir, 39, 4), mais il s'applique plus généralement aux disciples des apôtres ou même à des disciples de ces disciples, le mot pi^esbytre [ancien] étant relatif à celui qui parle. Ainsi Papias est un presbytre pour saint Irénée, et Aristion en est un pour Papias. Les presbytres sont des hommes qui ont vécu entre les années 70-150, et qui ont pu converser avec les apôtres ou leurs disciples immédiats.
Quelques-uns d'entre eux ont peut-être écrit (Aristion par exemple) : cependant leurs récits ou leurs enseignements sont plutôt rapportés comme des traditions orales et sous forme de sentences assez courtes. Il n'existe pas de collection complète de ces paroles des presbytres. Funk a réuni seulement celles que l'on rencontre dans saint Irénée [Patres apostoL, i, 378- 389).
S 9. — Le symbole des apôtres '.
Le plus ancien texte du Symbole des apôtres que
1. Textes dans Denzinokr-Bannwart, Enchiridion symbolorum, Fribourg-en-Br., d908, et plus complètement dans Hahn, Bibliothek der Symbole, 3« édit., Breslau, 1897. Les ouvrages fondamentaux sur la
nous possédions est, en grec, celui que Marcel d'Ancyre a reproduit, vers 340, dans sa lettre au pape Jules P', et, en latin, celui qui est donné par Rufin (vers 400) dans son Commentaire sur le symbole des apôtres (Hahn, § 19) et dans une Explication du symbole attribuée à saint Ambroise (Hahn, § 34). Ce texte se distingue de la formule actuelle par l'omission de creator^-m caeli et terrae... conceptas est... passas... mortuus... descendit ad inféras... omnipotentis... Credo... catholîcam, sanctorum communionem... vitam aeternam. Ces mots constituent des additions faites dans diverses Eglises', et que l'Eglise romaine, qui les avait longtemps ignorées, a fini par accepter.
Ce symbole est, en effet, celui que l'Eglise romaine faisait apprendre et réciter parles catéchumènes avant leur baptême. Dans la suite, il fut adopté par toutes les Eglises d'Occident. 11 est moins certain qu'il l'ait été par celles d'Orient avant le concile de Nicée, et que les diverses formules de foi que nous trouvons dans ces Églises pendant les trois premiers siècles en soient dérivées.
A quelle époque remonte ce symbole, et faut-il y voir l'œuvre des apôtres eux-mêmes?
Que ce symbole reproduise la doctrine des apôtres et puisse, de ce chef, leur être attribué dans sa substance, la chose n'est pas douteuse : on en trouve d'ailleurs tous les éléments dans le Nouveau Testament.
question sont ceux de C. V. Gaspari, Engedruckte... Quellen zur Ge. schichte des Taufssymbols, Christiania, 1866-1875; A ?<e und neue Quellen zur Gesch. des Taufssymbols, Chrisliania, 1879; et de F. Kattenbdsch, Das apostolische Symbol, Leipzig, 1S94-1900. Voir A. E. Bukn, Apostles' Creed, Londres. 1906. E. yAC\îiD.\RD, Éludes de critique et d'histoire religieuse, Paris, 1903.
1. La formule du symbole de Nicéta de Remesiana (début du v« siècle) contient déjà toutes ces additions, sauf conceptus... descendit ad inféras... omnipotentis... Credo (Bkrn, iViceia of Remesiana, Introduction, p. LXXIV).
Mais Rufin va plus loin : il rapporte comme une tradition ayant cours de son temps que les apôtres, avant de se séparer, composèrent ce symbole dans sa formule même, pour être le thème commun de leur prédication et la règle de foi des fidèles. Ce symbole serait ainsi leur œuvre jusque dans sa lettre ^ 11 est étrange cependant, si cette tradition est fondée, qu'une formule si vénérable n'ait pas été conservée en Orient, où elle est née, et qu'en Occident on se soit permis de l'altérer en l'amplifiant. Aussi parait-il plus probable que le symbole des apôtres est une œuvre romaine de la fin du i^"" ou du début du ii* siècle. Car, d'une part, nous en trovivons des traces et, il semble, des citations dans Tertullien, saint Irénée et saint Justin; d'autre part, il est clair que la nécessité d'une formule de ce genre pour la liturgie du baptême se fit sentir de très bonne heure, et qu'on ne dut pas être longtemps à y satisfaire. Le texte que nous avons, d'un style lapidaire et exempt d'allusions aux hérésies du ii* siècle, convient bien au génie romain et à l'époque qui suivit immédiatement la mort des apôtres. Rome seule put avoir assez d'influence pour l'imposer aux Églises d'Occident et finalement à l'Église entière.
On ne saurait donc y voir une formule composée par l'Église au milieu du n^ siècle pour les besoins de sa lutte contre le gnosticisme (Ehrhard, Harnack) : le symbole romain est antérieur à ces débats.
1. L'idée que chacun des douze apôtres formula un des douze articles du symbole remonte au vi« siècle, et se trouve dans des sermons faussement attribués à saint Augustin (P. L., xxxix, Serm. ccxl et
CCXLI).