Otto, Op. cit., ix, 374-478 et
3. Éditions J. Rendel Barris et J. Armitage Robinson, The apology of Aristides, dans Texts and Studies, i, i, Cambridge, 2° édition reme, 1893; R. Seeberg, Der Apologet Aristides, Erlangen, 1894. Voir M. Picard, L'apologit d'Aristide, Paris, 1892.
sance du vrai Dieu. Dieu existe, comme le prouvent l'existence même et l'ordre du monde. Ce Dieu doit être éternel, impassible et parfait (i). Or, si l'on parcourt les quatre classes d'hommes entre lesquelles se partage l'humanité, les barbares, les grecs, les juifs et les chrétiens, on voit que ees derniers seuls ont de Dieu une idée juste et lui rendent un culte convenable (ii). Les barbares ont honoré comme dieux les éléments et des hommes fameux (iii-vii). Les Grecs se sont forgé des dieux sujets à toutes les passions (vin-xiii). Les juifs, qui ont connu le vrai Dieu, lui ont rendu un culte puéril et, plus que lui, ont honoré les anges (xiv). Seuls les chrétiens, qui le connaissent aussi, le servent avec une conscience pure et mènent une vie digne de lui (xv, xvi). Conclusion : il faut cesser de persécuter les chrétiens et se convertir à leur doctrine.
Cet écrit, qui témoigne d'un esprit vigoureux et convaincu, fut adressé à Antonin le Pieux (138-lGl) : il date des environs de l'an 140.
S 3. — Saint Justin^.
Un des plus anciens et des plus célèbres apologistes du n* siècle est saint Justin. 11 était né, vers 100-110, à Flavia Neapolis, la Naplouse actuelle (l'ancienne Sichem), d'une famille de colons païens, et se sentit de bonne heure attiré vers la philosophie. Le tableau qu'il a lui-même tracé [Dialogue, i-viii) de son évolution intellectuelle et morale, s'il contient quelques détails artificiels, doit être vrai pour le fond. Justin
1. Édition spéciale des deux Apologies par L. Paotigny, Paris, 1904, et du Dialogue avec Tryphon par G. Archambaclt, Paris, 1909, dans les Textes et documents. Voir A. Bery, Saint Justin, sa vie et sa doctrine, Paris, 1901 ; M. J. Lagrange, Saint Justin (coll. Les Saints), Paris, 1914; L. Feder, Justina des Martyrers Lehre von Jésus Christus, Fribourg-en-Br., 1906.
reçut successivement les leçons d'un stoïcien, d'un péripatéticien et d'un pythagoricien, et n'en fut pas satisfait. Le platonisme parut lui donner quelque repos ; mais un vieillard dont il fit la rencontre (à Éphèse probablement) lui montra l'insuffisance de la philosophie, et l'engagea à étudier plutôt les Ecritures et les prédications du Christ. Justin suivit ce conseil et se convertit. Sa conversion doit se mettre autour de l'an 130.
Devenu chrétien, il garda son manteau de philosophe, et mena la vie d'un missionnaire laïque, enseignant la doctrine du Christ, et la présentant comme la plus haute et la plus sûre des philosophies. Deux fois il vint à Rome, y séjourna assez longtemps et y fonda une école qui eut quelque succès. C'est à Rome probablement qu'il eut avec le cynique Crescens les démêlés dont il parle dans la deuxième apologie. On a supposé que Crescens le dénonça et le fit condamner. Rien ne le prouve absolument. Il est certain seulement que Justin fut décapité à Rome sous la préfecture de Junius Rusticus, c'est-à-dire entre les années 163-167, avec six autres chrétiens ses compagnons. Nous avons les actes authentiques de son martyre ^.
On a toujours admiré en saint Justin la chaleur des convictions, la noblesse du caractère, la parfaite loyauté des procédés. C'était vraiment un apôtre et un saint, tout pénétré du désir de faire du bien à ceux à qui il parlait. Sa réputation d'écrivain est moins bien établie. On s'accorde généralement à trouver qu'il compose mal. Au lieu d'aller droit à son but, il se perd en digressions inutiles et n'achève pas toujours les raisonnements commencés. Son style est monotone, traînant, souvent incorrect. L'ardeur seule de l'écrivain et le