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DÉVELOPPEMENT ET CROISSANCE

Si l'assimilation et la désassimilation se balancent exactement chez l'adulte, il n'en est plus de même pour un organisme qui se développe et s'accroît. Dans ce dernier cas l'assimilation l'emporte nécessairement sur la désassimilation, les recettes sur les dépenses. Le développement progressif du corps, surtout en hauteur (d'où résulte la taille) se fait d'une façon très inégale suivant les différents âges; d'abord très rapide il va ensuite en diminuant jusqu'à l'âge adulte. Dans la première année la croissance est d'environ 20 centimètres, c'est-à-dire i /6 de l'accroissement total ; dans la deuxième année elle est moitié moins rapide et de quatre à cinq ans juqu'à la puberté elle ne représente plus par année que le 1/21 de l'accroissement total. Par contre le développement du corps humain suivant les autres dimensions (largeur et épaisseur) est plus lent dans les premières années qu'à la puberté ; c'est vers quarante à cinquante ans qu'il atteint son maximum.

Les tissus ou organes peuvent augmenter de masse de deux façons, soit par accroissement de volume des éléments déjà existants, soit par adjonction à ceux-ci d'éléments de nouvelle formation, par multiplication cellulaire en d'autres termes. C'est ce dernier mode d'accroissement qui est le plus important. A ce point de vue le développement des os présente certaines particularités physiologiques d'un haut intérêt. Pour ce motif nous le décrirons brièvement. Considérons l'accroissement d'un os long suivant deux dimensions, la longueur et l'épaisseur. L'accroissement en longueur se fait à chaque

extrémité de Tes, à la jonclion de la diaphyse et de Tépiphyse, aux dépens du cartilage épiphysaire. Cette notion, que Ton trouvera amplement développée dans les traités d'histologie, a été établie expérimentalement par Duhamel; ayant pratiqué des trous dans l'épaisseur de la diaphyse d'un os long chez le poulet et enfoncé dans ces trous d^s chevilles métalliques comme points de repère, cet expérimentateur vit, après avoir sacrifié l'animal au bout d'un certain temps, que la distance qui séparait les chevilles était restée la même. Au contraire des chevilles enfoncées d'une part dans l'épiphyse, d'autre part dans la diaphyse, se trouvaient après quelques jours séparées par un intervalle plus considérable. Cette expérience prouvait donc que le corps de l'os ne s'accroît pas en longueur par une augmentation interstitielle de sa masse, comme les autres organes, mais bien par une édification ayant pour siège les deux extrémités de la diaphyse, c'est-à-dire le cartilage épiphysaire. Ce travail d'ossification dure juqu'à ce que l'os ait atteint sa longueur définitive ; alors le cartilage épiphysaire disparait et la diaphyse se soude à l'épiphyse. L'accroissement en épaisseur se fait au moyen du périoste par additions successives à la surface de fos de nouvelles couches osseuses. Duhamel ayant enserré transversalement le corps d'un os long au moyen d'un fil métallique passé sous le périoste, constata après un certain temps que le fil était logé dans l'épais» seur de l'os et plus tard encore se trouvait dans le canal médullaire. Flourens pour étudier la même question mit à profit ce fait que la garance introduite dans les aliments d'un animal a la propriété de colorer le tissu osseux en rouge. Après avoir nourri pendant plusieurs jours un animal avec de la garance, il vit que les lames externes de l'os, voisines du périoste étaient colorées en rouge; si l'on sacrifiait l'animal un certain temps après la cessation du régime garance, les lames osseuses colorées en rouge étaient voisines du canal médullaire. On concluait de ces expériences que l'accroissement en épaisseur de l'os, de même que son accroissement en longueur, ne s'opère pas par une prolifération interstitielle de ses éléments, mais bien par une formatio-ii au moyen du périoste de lames osseuses

s'emboîtant de la périphérie au centre; de plus on démontrait que les lames osseuses les plus anciennement formées sont résorbées du côté de la cavité médullaire. Ainsi le double travail de l'assimilation et de la désassimilation de l'os était nettement élucidé. Flourens eut le grand mérite de démontrer le rôle du périoste et de prévoir que Ton pourrait créer à volonté du tissu osseux en mettant à profit la propriété ostéogénique de cette membrane. Cette vue théorique fut mise à profit par Ollier qui montra dans de célèbres expériences qu'un lambeau de périoste détaché de l'os et grelîé dans d'autres tissus régénérait de l'os ; de plus cet expérimentateur fit voir que la partie dii périoste qui forme de l'os est la couche profonde de celte membrane (couche ostéogène) formée de petites cellules; en raclant cette couche ostéogène et en semant ses cellules dans un tissu richement vascularisé comme la crête du coq, il y lit apparaître du tissu osseux. La chirurgie tira un grand parti de ces expériences pour les résections osseuses (résections sous-périostées). Cette propriété du périoste n'est du reste qu'un cas particulier d'une propriété plus générale des tissus, celle de régénérer des parties plus ou moins considérables enlevées à l'organisme. Cette puissance réparatrice est poussée à un degré extrême chez certains animaux inférieurs (reproduction d'un membre amputé chez le triton , de la queue sectionnée chez le lézard, etc.). A cette propriété se rattache encore celle que possèdent les tissus de pouvoir vivre de leur vie propre lorsqu'ils sont transplantés dans certaines conditions d'un point à un autre de l'organisme, d'où la possibilité de prati(juer des greffes animales de la même manière que l'on réalise des greffes végétales.

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