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MOELLE ÉPINIÈRE

Un manteau de substance blanche entourant une partie centrale grise, telle est la constitution macroscopique de la moelle. La substance blanche est formée de fibres à myéline ; la substance grise de cellules nerveuses et de fibres sans myéline (feutrage des prolongements des corps de neurones). La substance grise sur une coupe a la forme d'un H dont les deux jambages sont représentés par les cornes antérieures et postérieures situées dans les deux moitiés symétriques de la moelle et le trait transversal par la commissure grise. Les racines antérieures des nerfs rachidiens émergent de la moelle au niveau de la tête des cornes antérieures, les racines postérieures aboutissent à la moelle au niveau de la tête des cornes postérieures. Les neurones médullaires comprennent deux sortes de cellules : des cellules à cylindre-axe court et des cel-

PHYSIOLOGIE DES CENTRES NERVEtX 377

Iules à cylindre-axe long. Les premières ou eelluleg de Golgi ont un cylindre-axe qui se ramifie dans la substance grise ; elles se trouvent surtout dans la corne postérieure. Les cellules à

Fig. 80.

Coiipe transversale sctiéniatique de la moelle.

A, cordon BnWrieiir. — B. cordon liil^ri]. — C, cordon posWrieur. — D. racine aniérieure. — E, racine posUrinire. ~ I, cordon p)ramidal direct. — II. faiscsau IbiiduiienUI du cordon antérieur. — III, cordon p)nmidil troiné. — IV, faiseeau cérébelleiii direct. — V, f«i«eau de Gower». — VI, cordon latéral i>rofond. — VII, faiflOËau ïurermédiaire. — VIII, EOac de Lieuucr. — tX, cordon de Burdacb. — X, cordon de Coll. — XI, zone ventrale du cordon postérieur.

Dans la moitié EBUche de la JlKoro (substance griêe) «ont représenté! ditr^renls t> pes de cellules : a. cellule radiculairc ', à. c, d. cellules cordouales. Dons la moitié droite, les grouiKinenls ceUulaircs, I. !, 3. etc.

a. l, T. ûbrei des racine» postérieures. — ï, flbro collatérale commissuiale. — t, libre collilérale rélleic.

cylindre-axe long se divisent en deux catégories : les cellulet radiculaires et les cellules cordonates, suivant que le prolongement cyliudre-axile forme une fibre des racines antérieures ou

une fibre des cordons blancs de la moelle. Les cellules radiculaires se trouvent dans la corne antérieure (fig. 80 a) ; elles sont volumineuses, de forme étoilée ou, polygonale ; leurs arbprisa^ tions dendritiques très développées rayonnent dans tous les sens ; leur prolongement cylindre-axile se dirige directement en dehors et devient le cylindre-axe d'une fibre de la racine antérieure. Les coUules cordonales sont d'une façon générale plus petites que les cellules précédentes et réparties dans toutes les régions de la substance grise ; leur cylindre-axe sort de la substance grise, et, arrivé dans la substance blanche, se recourbe pour prendre une direction longitudinale soit ascendante, soit descendante dans le faisceau dont il doit faire partie ; ordinairement il se divise en deux branches, l'une ascendante, l'autre descendante. Après un trajet plus ou moins long, il repasse (lui ou ses divisions) dans la substance grise et s'y ramifie en une arborisation terminale qui se met en rapport avec les dendrites d'une autre cellule ; mais de plus, sur tout son trajet, il émet de fines collatérales qui s'en détachent à angle droit et se terminent par des arborisations fibrillaires dans la substance grise à différentes hauteurs. Ainsi le cylindreaxe de la cellule cordonale relie entre eux les neurones de plusieurs étages de la moelle et constitue de la sorte une commissure longitudinale ; par un trajet encore plus étendu, il peut relier la moelle aux centres nerveux supérieurs. Ce cylindre-axe de la cellule cordonale peut être direct (6, fig. 80), c^est-à-dire rester dans le côté de la moelle où il prend son origine, croisé (c), c'est-à-dire passer dans un cordon de la moitié opposée de la moelle, et enfin direct par une de ses divisions et croisé par l'autre (cellules pluri-cordonales de Cajal, d,)

La plupart des cellules nerveuses se rapprochent en amas distincts dans la substance grise, de façon à former sur les coupes transversales de la moelle des groupés isolés ou noyaux et sur les coupes longitudinales de véritables colonnes. On peut distinguer dans la corne antérieure, un groupe antérointerne (') et un groupe ântéro-externe {^) ; dans la saillie (') appelée corne latérale un groupe de cellules cordonales formant la colonne latérale ou tntermédiait'e. Dans la corne postérieure,

on trouve d'abord un amas important de cellules situé à la base et sur la face interne de cette corne : c'est la colonne vésiculaire de Clarke (*), puis au milieu de la base de la corne, le groupe des cellules moyennes de Waldeyer {^) et sur sa face externe le groupe des cellules latérales de Bechterew (•)-. Enfin, dans la tête de la corne, les cellules sont groupées sous forme de croissant qui en embrassent l'extrémité : c'est la substance gélatineuse de Rolando (^} ; dans la concavité du croissant se trouve un amas de très petites cellules ou noyau de la tète de Waldeyer (•).

La substance blanche de la moelle est divisible anatomiquement en trois cordons limités par l'entrée des racines : cordon antérieur (A), latéral (B) et postérieur (G). Mais au point de vue fonctionnel cette division est insuffisante. Il est démontré que les fibres médullaires de dignité physiologique différente sont groupées en faisceaux distincts dans les cordons ; d'où la possibilité d'établir une division systématique dans les cordons blancs répondant au fonctionnement de leurs fibres. Cette systématisation est représentée dans la coupe schématique de la moelle de la figure 80. Nous dirons plus loin comment on est parvenu à différencier ces faisceaux dans la substance blanche et à en dresser une topographie exacte.

Lorsqu'on coupe la moelle en travers dans la région dorsale sur un animal vivant, toutes les parties du corps situées au-dessous de la section sont paralysées de la motricité [paraplégie) et de la sensibilité (anesthésie). L'animal ne peut plus mouvoir volontairement ses muscles dans la région paralysée, ni ressentir de la douleur lorsqu'on irrite violemment la peau ou les nerfs sensibles dans la même région. La moelle apparaît ainsi comme un organe de conduction pour les impressions centrifuges et centripètes, comme un lien fonctionnel rattachant les centres nerveux supérieurs à la périphérie.

Toutefois si la section de la moelle abolit les mouvements volontaires et les sensations conscientes, on ne peut pas dire d'une façon absolue qu'elle supprime la motricité et la sensibilité. En effet, vient-on, dans ces conditions, à pincer légèrement la patte postérieure, on la verra se rétracter par la con-

traction de ses muscles ; dans ce cas l'impression périphérique transmise jusqu'à la moelle est transformée en réaction motrice dans cet organe, c'est un acte réflexe pour l'exécution duquel la volonté et la conscience ne participent aucunement. Dans cet acte la sensibilité médullaire est mise en jeu ; mais ce n'est pas une sensibilité consciente ; la perception des sensations appartient aux centres nerveux supérieurs. Cette sensibilité médullaire se traduit par une réaction motrice, une contraction musculaire, par exemple. La moelle joue donc aussi le rôle d'un centre nerveux. Pour ces motifs, nous établirons une division toute naturelle dans les fonctions de la moelle et nous envisagerons cet organe d'abord comme conducteur nerveux, puis comme centre.

§ 1. — Fonctions de la moelle comme coNDtcTEUR

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