SENS DE LA VUE
Le sens de la vue nous donne les sensations de lumière et de couleur; Texcilant adéquat de la rétine consiste dans les vibrations du milieu hypothétique appelé éthei: Négligeant toute la i)artie physique de la réfraction, nous nous occuperons seulement du mécanisme physiologique qui préside au réglage de la quantité de lumière qui entre dans l'œil, à Taccommodation et à la perception des sensations visuelles ; et dans un paragraphe complémentaire nous indiquerons le rôle que remplissent les organes annexes de Tappareil oculaire.
1^ Iris. — L'iris est un diaphragme qui convertit l'œil en chambre noire et qui, do plus, par les variations de diamètre de sou orifice (pupille), règle la quantité de lumière qui doit entrer dans l'œil. Le rétrécissement de la pupille est dû à la contraction du sphincter de l'iris, muscle circulaire ;à fibres lisses, que commande le moteur oculaire commun. Quanta sa dilatation on l'a attribuée pendant longtemps à la contraction de fibres musculaires rayonnées ; mais l'existence de ces fibres est fort douteuse et, si elles n'existent pas, on ne saurait expliquer la dilatation de l'iris que par le relâchement du sphincter irien sous l'influence d'une action nerveuse inhibitoire s'exeivant sur les ganglions microscopiques du plexus ciliaire ; le mécanisme de la dilatation pupillaire serait alors analogue à celui de la dilatation vasculaire sous l'influence des nerfs vaso-dilatateurs. Le cordon sympathique cervical contient presque toutes les fibres irido-dilatatrices. Sa section amène la constriction de la pupille, en laissant prédominer l'action tonique du moteur oculaire commun sur le sphincter irien. De plus, après cette section, le globe oculaire s'enfonce légèrement dans l'orbite, ce qui fait paraître la fente palpébrale un peu rétrécie ; ce phénomène provient de la paralysie des fibres musculaires lisses de l'aponévrose
orbitaire. L'excitation du bout céphalique du sympathique produit au contraire une large dilatation pupillaire et la saillie du globe oculaire {exophtalmie). Toutes les fibres irido-dilatatrices proviennent de la portion cervico-dorsale de la moelle dans laquelle nous avons localisé le centre cilio-spinal ; d'après les recherches deFn. Franck, elles abandonnent le cordon sympathique à la base du crâne pour se rendre au trijumeau par un petit filet spécial qui va se jeter dans le ganglion de Casser; de là par l'ophtalmique et les filets ciliaires elles gagnent le globe oculaire et le plexus ciliaire (fîg. 105). En outre un certain nombre de fibres irido-dilatatrices proviennent directement de la moelle allongée et passent dans le tronc du trijumeau. Les mouvements de resserrement et de dilatation de la pupille sont provoqués par action réflexe sous un grand nombre d'influences : la principale consiste dans l'excitation de la rétine par les rayons lumineux ; la pupille se contracte à la lumière, se dilate à l'obscurité. De plus tout efl'ort d'accommodation, la convergence des yeux s'accompagnent d'un rétrécissement pupillaire ; d'autre part la dilatation de Ja pupille est produite par toute excitation un peu vive des nerfs sensitifs (douleur), par l'accumulation de GO^ dans le sang (asphyxie). Certains poisons exercent une action remarquable sur l'iris ; les uns dits mydriatiques, comme l'atropine , paralysent le sphincter irien : d'où dilatation de la pupille; les autres dits myotiques, comme l'ésérine ont une action inverse : ils rétrécissent la pupille ; l'ésérine est antagoniste de l'atropine. Ces poisons agissent aussi sur l'appareil de l'accommodation, sur le muscle ciliaire; l'atropine paralyse ce muscle et l'ésérine le fixe au contraire en contraction spasmodique.
2^ Accommodation. — On nomme accommodation la propriété que possède l'appareil dioptrique de l'œil de modifier son pouvoir réfringent de manière que les objets placés à des distances variables de l'œil puissent toujours former une image nette sur la rétine. Il n'est pas possible de voir avec netteté simultanément deux objets placés sur la même ligne visuelle, à une distance différente ; pour les voir distinctement
il faut les regarder successivement, c'est-à-dire accommoder Tœil pour la distance à laquelle se trouve chacun d'eux. L'accommodation est opérée par des modifications dans les rayons de courbure du cristallin. Cette expérience de Pubkinje le démontre. Lorsqu'on place la flamme d'une bougie devant Tœil d'une personne on distingue, en regardant latéralement cet œil, trois images de la flamme ; la première droite et brillante se forme par réflexion sur la cornée; la seconde, plus grande, moins éclairée et droite aussi, se produit sur la face antérieure convexe du cristallin ; la troisième petite et renversée sur la face postérieure du cristallin agissant comme miroir concave. Or si la personne en observation regarde d'abord un objet rapproché puis un objet éloigné, on s'aperçoit que les dimensions des images cristalliniennes se modiflent, tandis que l'image cornéenne demeure invariable. Les images crist<minienncs, surtout celle qui est donnée par la face antérieure de la lentille, se rapetissent pour la vision d'objets rapprochés et s'agrandissent au contraire pour la vision éloignée ; d'où Ton déduit que dans le premier cas les faces du cristallin, surtout sa face antérieure se bombent davantage , par conséquent diminuent leur rayon de courbure, et que dans le second cas l'inverse se produit, les faces du cristallin s'aplatissent et augmentent leur rayon de courbure.
Par quel mécanisme s'opèrent ces mouvements du cristallin ? C'est un muscle, le muscle ciliaire, situé à la périphérie de la lentille qui en est l'agent essentiel. Le muscle ciliaire est formé de fibres lisses, à direction radiaire qui prennent leur insertion fixe sur l'angle irido-cornéen et leur insertion mobile en arrière de ce point sur une large étendue de la choroïde antérieure ; en outre, ce muscle contient aussi en avant quelques fibres circulaires disposées en anneau à la manière d'un sphincter, autour des procès ciliaires. Le mode d'action du muscle ciliaire dans l'accommodation serait le suivant, d'après Hel- MHOLTz. A l'état de repos de l'œil, le cristallin est déprimé et aplati au maximum d'une façon purement mécanique par la tension des fibres de la zonule de Zinn, qui s'attachent d'une part à l'équateur du cristallin et d'autre part à la face interne
des procès ciliaires et à l'hyaloïde. Si l'on supprime cette traction de la zonule, le cristallin prend mécaniquement par la réaction élastique de son tissu, son maximum de courbure. Le muscle ciliaire aurait précisément pour effet de produire par la contraction de ses fibres radiées le relâchement de la zonule ; en tirant sur la choroïde, il porte en avant les insertions postérieures de la zonule et permet ainsi au cristallin d'augmenter mécaniquement la convexité de ses courbures.
Fig. 121.
Schéma du mécanisme de raccommodation.
c, cristallin. — 4?, zone de Zinn. — z,iris. — /c, irocès ciliaires. — me, muscle ciliaire.
Quant aux fibres circulaires, leur mode d'action est d'une interprétation plus difficile. Rouget supposa qu'en pressant sur les procès ciliaires, elles amèneraient une turgescence vasculaire, une sorte d'érection de ces organes qui, à leur tour comprimeraient la périphérie du cristallin de [façon à faire bomber ses faces. Mais les procès ciliaires^ne touchent pas le cristallin. Il est plus probable que les fibres circulaires agissent comme les fibres radiées ; en resserrant l'anneau qu'elles forment, elles attireraient les parties antérieures de la choroïde vers la périphérie de la cornée et relâcheraient ainsi la zonule.
il résulle de là que dans la vision des objets très éloignés, le muscle ciUaire doit être complètement relâché, au repos; théoriquement pour l'œil normal, emmétrope, cet état ne devrait exister que dans la vision des objets situés à Tinflni (rayons parallèles) ; mais en pratique on peut admettre que l'œil est encore au repos dans la vision des objets situés à 60 ou 65 mètres (punctum remotum R). Au contraire, dans la vision des objets rapprochés Tœil devient actif, le muscle ciliaire se contracte. L'accommodation est donc un phénomène actif, qui n'a pour limite que la limite de la contraction musculaire et de l'élasticité du cristallin. Pour l'œil normal, cette limite est atteinte quand l'objet est placé à environ ^2 centimètres de l'œil (punctum proximum P). Le passage de R à P s'opère donc par une contraction musculaire, le passage inverse de P à R par le relâchement musculaire. Avec l'âge, la force d'accommodation diminue et le punctum proximum s'éloigne (presbytie), ce qui tient moins à un alTaiblissement de la puissance du muscle ciliaire, qu'à une diminution de l'élasticité du tissu cristalliuien.
Le muscle ciliaire est innervé par le nerf moteur oculaire commun ; l'excitation de ce nerf fait bomber les faces du cristallin. Le sympathique contient au contraire des libres à action inverse ; leur excitation produit le relâchement du muscle ciliaire, sans doute en développant une action inliibitoire dans les cellules ganglionnaires du plexus ciliaire, comme l'ont avancé Morat et Doyon.
3^ Rétine. — La rétine est la membrane sensible de l'œil. Les histologistes y ont décrit depuis longtemps la superposition suivante des éléments nerveux de dehors en dedans : couches des cônes et bâtonnets, grains externes, moléculaire externe, grains internes, moléculaire interne, ganglionnaire, fibres du nerf optique. Cette structure se trouve considérablement simplifiée par les recherches de Rahon y Cajal. Les éléments nerveux rétiniens se composent de trois neurones superposés, comme l'indique le schéma ci-contre. Le neurone le plus externe est représenté par le grain externe muni de
OROANES DES SENS 465
deux prolonge me 11 Is ; l'un cellulipète venant du c6ne ou du bâtonnet, l'autre uellulifuge s'engngeaut dans la couche moléculaire estenie. Ce dernier se termine par un simple bouton s'il provient du grain d'un bâtonnet, par une arborisation terminale, s'il provient du grain d'un cône ; l'un et l'autre du reste se mettent en rapport avec des arborisations du neurone sous-jacent. Le , grain externe n'est pas autre chose t que la cellule nerveuse de ce neurone périphérique ; les cônes el les bâtonnets sont des cellules épithé-
liales dilTérenciées. Le neurone de ^
seconde ligne est représenté par le -
grain interne muni également de
deux prolongements, l'un celluli- ^
pète, l'autre cellulifuge. Le prolongement cellulipèle prend naissance dans la couche moléculaire par une riche arborisation s'articulant avec les prolongements de plusieurs bâtonnets ou cônes ; ainsi s'opère une première ré duc lion ou condensation des Toies d'innervation. Le prolongement cellulifuge s'engage dans la couche moléculaire interne et va s* mettre en contact par une arborisation terminale avec les prolonge- detroiîiè" meuts protoplasmiques des cellules ganglionnaires. Ces dernières constituent \i troisième ligne. Chacune d'elles s'articule par ses dendrites avec les prolongements de plusieurs grains internes, d'oix nouvelle réduction des voies d'innervation, et émet un prolongement cylindre-axile qui forme une fibre du nerf optique. On voi* que, par suite de la condensation successive des voies d'innervation dans la marche vers le cerveau, les cônes et les bâtonnets sont beaucoup plus nombreux que les libres du nerf
Ele- '22.
Schéma des éléments ne^- X de 1(1 rétiae d'après
g, kbrta du nerS ûpljqur. — 1,
optique et que, par conséquent, il u'y a pas une libre nerveuse (•«'•ivhiale pour cliacun de ces éléments. Telle est du moins la disposition des élémenls rétiniens dans les parties périphériques de la rétine ; mais il en est autrement pour la tache jaune ; à ce niveau en eflet il n'y a que des cônes chez l'homme et la réduction des voies d'innervation y est beaucoup moins prononcée ; c'est-à-dire que chaque cellule panjilionnaire et chaque libre nerveuse, j)ar conséquent, correspond à un seul cône ou à deux tout au plus.
a. Excitabilité de la rétine. — La rétine est l'intermédiaire obligé entre le phénomène physicjue de la lumière (vibrations de l'éther) et le phénomène physiologique de l'excitation nerveuse Vibration nerveuse). Ainsi les rayons lumineux tombant sur la section du nerf optique ne produisent aucune sensation de lumière. Mais la rétine, comme le nerf optique, est sensible aux excitants autres que la lumière; seulement elle réagit toujours en donnant une sensation lumineuse (principe de l'énergie spécifique des ajipareils nerveux). Par exemple, la piqûre de la rétine ou du nerf optique, ou toute autre excitation mécanique ou électrique donne lieu à une sensation lumineuse subjective {phosphènes) \ si Ton comprime avec le doigt un point de la surface de l'œil, on perçoit un cercle lumineux dans le champ visuel du côté opposé au point comprimé.
Les dilTérentes parties de la rétine ne sont pas également sensibles à la lumière. On nomme champ visuel l'ensemble des points de l'espace qui viennent former leur image sur la rétine. Il est facile de déterminer le champ visuel monoculaire pour une position fixe de l'œil à l'aide de l'instrument appelé périmètre. On i)eut aussi le déterminer grossièrement en marquant sur un tableau, placé à une petite distance devant l'œil, les points qui sont visibles excentriquement pendant que le regard fixe un point au centre du tableau. En réunissant tous les points périphériques, on délimite le champ visuel en projection sur un plan. L'espace ainsi circonscrit n'est pas un cercle parfait; les parties sensibles de la rétine s'étendent moins loin du côté temporal que du côté nasal ; l'extension
périphérique de la partie temporale ne nous servirait en efîet qu'à voir notre nez.
Il est un point de la rétine absolument inexcitable par les rayons lumineux ; c'est le point d'entrée du nerf optique ou papille ; on lui donne aussi le nom de punctum cœcum. Normalement ce point insensible ne se traduit par aucune lacune, aucun scotome dans le champ visuel ; par l'habitude nous en faisons abstraction. Mais on peut le rendre évident artificiellement dans cette expérience de Mariotte : on marque sur une feuille de papier blanc deux points noirs distants de quelques centimètres et l'on fixe avec un seul œil un de ces points ; pour une certaine distance de l'œil à l'objet, l'autre point devient absolument invisible, lorsque précisément son image vient tomber sur le punctum cœcum.
La sensibilité rétinienne acquiert au contraire son maximum au niveau de la tache jaune, surface qui n'a que 1 millimètre carré et qui se trouve à l'extrémité postérieure du diamètre antéro-postérieur de l'œil. C'est la partie de la rétine qui nous sert exclusivement pour distinguer les menus objets. Deux fils très rapprochés, qui sont vus séparément lorsque leur image se peint sur la tache jaune, doivent être 150 fois plus écartés pour être encore vus distinctement lorsque leur image tombe sur les parties périphériques de la rétine. De même lorsque nous lisons, nous ne voyons distinctement à la fois qu'un très petit nombre de lettres, celles dont l'image se forme précisément sur la tache jaune et pour lire toute une ligne il faut que l'œil se déplace de façon à amener successivement les images sur la partie centrale de la rétine.
Il ne suffit pas de déterminer en surface les différences de l'excitabilité rétinienne , il faut encore se demander quels sont parmi les différents éléments stratifiés de la rétine ceux qui subissent les premiers l'influence des rayons lumineux • L'ordre dans lequel se superposent les éléments rétiniens ne saurait nous renseigner sur ce point, car les premiers éléments atteints par les rayons lumineux sont évidemment les fibres du nerf optique qui constituent la couche la plus interne, en rapport avec le corps vitré ; or il est clair que la lumière n'agit
pas direotement sur ces fibres, mais bien sur les éléments terminaux situés plus excentriquement. L'expérience suivante, ilite de V arbre vasculaire de Purkinje rend très vraisemblable que les premiers éléments impressionnés par la lumière sont les cônes et les bâtonnets. Les vaisseaux de Tœil qui rampent dans les couches antérieures de la rétine projettent normalement leur ombre sur les couches postérieures de celte membrane. A l'état normal parTefTet de l'habitude nous ne percevons pas cette ombre ; mais, pai* un éclairage approprié, faisons en sorte que l'ombre se projette sur des parties de la rétine qui n'ont pas coutume d'être impressionnées par elle, et nous distinguerons immédiatement les vaisseaux rétiniens avec le dessin de toutes leurs arborisations. Pour cela il suffit, pendant que l'on regarde un fond obscur de jdacer une source lumineuse très latéralement par rapport à l'œil. En se basant sur la grandeur apparente du mouvement que présente cette ombre dans le champ visuel, lorsqu'on déplace la source lumineuse, Helmholtz a calculé que la couche de la rétine impressionnée par l'ombre des vaisseaux doit être séparée des vaisseaux eux-mêmes par une distance qui est précisément égale à l'épaisseur de la rétine. C'est dire que les éléments impressionnés sont les cônes et les bâtonnets.
Les rayons lumineux traversent donc toutes les couches de la rétine pour venir exciter les éléments terminaux ; il est probable que ce n'est qu'après réflexion sur la choroïde que les rayons agissent sur les cônes et les bâtonnets. Le pigment choroïdien, d'après Rouget, n'aurait pas seulement pour rôle d'absorber les rayons lumineux, mais encore celui de les réfléchir à la façon du tain d'un miroir. Les cellules pigmentaires qui tapissent la choroïde envoient entre les cônes et les bâtonnets des prolongements protoplasmiques eflîlés qui présentent des mouvements très remarquables ; KtiHNE a vu, chez la grenouille, les grains de pigment éraigrer sous l'action d'une vive lumière dans les interstices des cônes et des bâtonnets de façon à les entourer d'une gaine pigmentaire, et réintégrer le corps cellulaire à l'obscurité.
Nous ignorons comment l'énergie physique (vibrations de
l'éther) se transforme dans la rétine en énergie nerveuse. Cependant les recherches de Boll et Kûhne montrent qu'il doit y avoir un processus chimique intermédiaire. Dans l'obscurité le segment externe des bâtonnets tourné du côté de la choroïde se colore vivement en rouge. Cette teinte est due à une matière colorante le rouge rétinien^ ou érythropsine. Or, fait remarquable, cette substance se décolore très vite à la lumière ; mais elle reste inaltérable et se fixe si Ton plonge l'œil dans une solution d'alun à l'obscurité. On a pu utiliser cette propriété pour obtenir des photographies des objets sur la rétine [opto grammes). Pour cela l'œil d'un animal préalablement tenu à l'obscurité est placé pendant quelque temps devant un objet éclairé, une fenêtre par exemple ; puis l'animal est sacrifié et son œmI rapidement énuclé est plongé dans une solution d'alun, à l'abri de la lumière. Alors, quand la fixation du rouge rétinien est effectuée, on peut constater que l'image de la fenêtre avec ses montants et ses barreaux se trouve dessinée sur la rétine ; les parties éclairées sont transparentes et le reste rouge.
b. Sensations visuelles. — On sait que la sensation de lumière blanche nous est donnée par la fusion de toutes les couleurs du spectre. Voilà un premier fait qui démontre que dans le mélange de toutes les vibrations de longueur d'onde différente, l'œil n'en perçoit que la résultante et non les composantes. Mais dispersons les vibrations de longueur d'onde différente à l'aide d'un prisme, chaque portion du spectre d'où partent des vibrations d'une seule longueur d'onde impressionnera la rétine d'une façon différente et nous donnera diverses sensations de couleur. Nous distinguons dans ces sensations plusieurs qualités : 1^ l'intensité lumineuse ; elle dépend de l'impression plus ou moins forte que nous ressentons ; 2° la teinte des couleurs ; en outre des couleurs du spectre nous en distinguons quantité d'autres et la gamme en est indéfinie ; depuis le rouge jusqu'au violet, nous pouvons percevoir une foule de nuances ; 3° le ton ou saturation, selon que le caractère de la sensation chromatique est plus ou moins accentué. On a émis l'hypothèse que les bâtonnets sont en rapport avec
la perception des différences d'intensité lumineuse et les cônes avec la perception des couleurs. Quoi qu'il en soit, il est anatomiquement impossible d'admettre l'existence d'une fibre nerveuse spéciale pour la perception de chaque couleur ; le nombre de ces fibres n'est pas suffisant pour que le principe de l'énergie spécifique des organes nerveux soit appliquable de cette façon à la rétine. La théorie de Young reprise par Helxholtz rend compte d'une manière plausible de la perception des couleurs. Pour Youkg il y a trois couleurs fondamentales, le rouge, le vert et le bleu et trois fibres nerveuses élémentaires distinctes possédant chacune une énergie spécifique correspondant à chacune de ces couleurs. L'excitation égale et simultanée des trois sortes de fibres donne la sensation de la lumière blanche ; l'excitation de chacune d'elles donne soit la sensation du rouge, soit la sensation du vert, soit la sensation du bleu et la perception de toutes les nuances des couleurs résulte de la variété infinie dans l'intensité de l'excitation de ces fibres. Cette théorie donne l'explication de certains troubles pathologiques que l'on observe dans la perception des couleurs. Il peut arriver que les trois ordres de fibres soient inexcitables ; dans ce cas, il y a cécité complète pour toutes les couleurs [achromaiopsié). Mais ordinairement une seule catégorie de ces fibres, celle du rouge, est inexcitable {daltonisme). Les daltoniens voient les objets rouges colorés en vert. La théorie de Young permet aussi d'expliquer des phénomènes du genre de celui-ci : lorsque après avoir fixé pendant quelque temps une surface rouge vivement éclairée, on porte le regard sur une surface blanche, on voit vert. En effet, les fibres pour le rouge étant fatiguées, la lumière blanche qui normalement pour l'œil reposé excite également les trois sortes de fibres, n'excite plus efficacement, dans le cas particulier, que les fibres non épuisées. L'excitation des fibres du rouge n'ayant plus d'effet, c'est le vert, c'est-à-dire la couleur complémentaire que l'on perçoit.
Les sensations visuelles présentent au point de vue de leur durée les mêmes particularités que les sensations fournies par les autres organes des sens : elles persistent un certain temps
après que l'excitant a cessé d'agir. On n'ignore pas que c'est en raison de cette persistance des impressions visuelles qu'un point lumineux nous donne la sensation d'une ligne lorsqu'il se meut rapidement, qu'un disque à secteurs colorés des différentes couleurs du spectre nous paraît blanc quand il est animé d'un mouvement de rotation suffisamment rapide, etc.
Les objets forment sur la rétine des images renversées. Cependant nous voyons les objets droits. Gela tient à ce que nous rapportons toutes nos impressions rétiniennes à l'extérieur précisément dans la direction que les rayons lumineux ont du suivre pour arriver jusqu'à la rétine. C'est une opéralion psy-* chique ; les sensations visuelles ont en effet un caractère éminemment objectif, et non subjectif comme les impressions olfactives et gustatives. La fusion des deux images fournies par les deux yeux en une sensation unique est aussi le résultat d'une opération psychique ; lorsque des points similaires des deux rétines sont excités simultanément, nous n'avons qu'une sensation : si celte condition n'est pas remplie, la sensation devient double {diplopie dans le slrahisme). Toutefois dans ce résultat il n'y a rien de préétabli, mais seulement un effet de l'habitude ; car les gens atteints de strabisme depuis plusieurs années y voient simple ; qu'on les opère pour remédier à la déviation des globes oculaires, ils deviennent diplopiques pour un temps, jusqu'à ce que le trouble visuel ait été de nouveau corrigé par l'habitude.
Nos sensations visuelles (grâce à l'éducation de la vue par les autres organes des sens, principalement le toucher) nous permettent de porter divers jugements sur la nature, la forme et aussi sur la grandeur, la distance, le relief des objets. L'angle visuel sous lequel un objet est vu, la conscience de l'effort d'accommodation qu'il est nécessaire de développer nous donnent déjà des indications sur la distance et la grandeur. La notion de relief résulte de plus de la différence des images qui se forment sur chaque rétine ; les deux yeux occupent des positions différentes dans l'espace ; par conséquent l'un doit voir des parties d'un objet qui sont cachées pour l'autre et vice versa. L'illusion du relief produit par l'appareil nommé
êtëréoBcope provient précisément de la superposition de deux images représentant le même objet vu de deux points différents. On appelle illusions d'optique les erreurs que nous commettons dans nos jugements visuels. En voici des exemples : un carré blanc sur fond noir nous paraît plus grand qu'il n'est en réalité. Pour expliquer ce fait on a admis que les parties blanches plus vivement éclairées impressionnent non seulement les points de la rétine où elles viennent se peindre, mais encore les points voisins (irradiation). C'est par l'irradiation et la persistance des impressions lumineuses qu'on explique la plupart des illusions d'optique. Une ligne droite coupée transversalement par une série de traits verticaux nous paraît plus grande qu'une droite de même longueur non divisée, etc. Voici maintenant une illusion sur les couleurs. Collons un rond de papier blanc sur un papier vert et appliquons un papier blanc transparent par-dessus. Le rond blanc nous paraîtra coloré en rouge. Cela provient de ce que nous considérons le fond comme blanc, bien qu'il ne le soit pas absolument ; alors le rond blanc n'est plus vu comme tel et nous lui attribuons la couleur complémentaire du fond sur lequel il se détache.
4<> Organes annexes de l'appareil oculaire. — Parmi ces organes annexes ceux qui jouent un rôle prépondérant sont les muscles de l'œil et l'appareil lacrymal.
a. Muscles de VœiL — L'enchâssement de l'œil dans la capsule de Tenon est comparable à une articulation énarthrodiale. Les mouvements de l'œil s'effectuent dans le plan de tous les méridiens, mais on peut les réduire pour l'analyse à trois catégories : mouvements d'adduction et d'abduction ; mouvements d'élévation et d'abaissement et mouvements obliques ou diagonaux. Dans le mouvement d'adduction la pupille est portée en dedans vers l'angle nasal de la fente palpébrale : il est dû à la contraction du droit interne ; dans l'abduction la pupille se dirige en dehors sous l'influence du droit externe. Les mouvements d'élévation ou d'abaissement du globe résultent de la contraction du droit supérieur ou du droit inférieur ;
mais en raison de l'obliquité de ces muscles par rapport à Taxe antéro-postérieur de Tœil, la pupille est en même temps portée en dedans ; pour qu'elle se dirige directement en haut ou en bas il faut donc que d'autres muscles viennent corriger cette action adductrice. Ces muscles sont les obliques ; l'oblique
/obl.sup^ ,
Schéma des axes de rotation du globe oculaire et de l'action des
muscles.
inférieur ou petit oblique associe son action à celle du droit supérieur ; l'oblique supérieur ou grand oblique corrige l'action du droit inférieur. Cela ressort de l'action propre des obliques qu'il est facile de déduire de leurs insertions. Le petit oblique porte en effet la pupille en haut et en dehors, le grand oblique la porte en bas et en dehors. En même temps ces muscles font subir au globe oculaire un mouvement de rotation autour de son axe antéro-postérieur (muscles rotateurs du globe). On se rappelle que le droit externe est innervé par le
50i^ FONCTIONS DE RELATION
moteur oculaire externe, le grand oblique par le pathétique et tous les autres muscles par le moteur oculaire commun. Dans les mouvements de latéralité combinés des deux yeux le droit externe d'un côté devant se contracter synergiquement avec le droit interne de l'autre côté, on peut en inférer qu'il existe (nous Tavons déjîi fait remarquer) des voies d'association entre les noyaux du moteur oculaire commun et du moteur oculaire externe. Les mouvements de la paupière supérieure sont dus à deux muscles, Tun l'orbiculaire, innervé par le facial, préside à Tocclusion des paupières (clignement), Tautrele releveur innervé par le moteur oculaire commun maintient la paupière relevée, b. Sécrétion lacrymale. — Produit de sécrétion de la glande lacrymale, les larmes sont réparties uniformément par les mouvements de clignement à la surface de la cornée et de la conjonctive, qu'elles lubrétient. Elles sont composées d'eau tenant en dissolution du chlorure de sodium. Le nerf lacrymal, branche de l'ophtalmique, contient la plupart des filets sécrétoires de la glande (une petite partie de ces fibres se trouvent dans le sympathique) ; la sécrétion se fait par action réllexe sous rinfluence de l'excitation des nerfs sensibles de la cornée, de la conjonctive, de la muqueuse piLuitaire et aussi consécutivement à l'excitation d'un grand nombre d'autres nerfs sensibles ou sous l'influence d'impressions psychiques (douleur). Les larmes incessamment sécrétées sont conduites dans le méat inférieur des fosses nasales par l'appareil excréteur (conduits lacrymaux, sac lacrymal, canal nasal). On a émis diverses hypothèses pour expliquer le mécanisme de cette excrétion. L'aspiration qui se produit dans les voies lacrymales par la diminution de pression de l'air dans les fosses nasales au moment de l'inspiration, doit être la cause principale de la progression des larmes. Toutefois les contractions du muscle orbiculaire dos paupières et du petit muscle de Horner (chgnement) ont une influence incontestable, car l'excrétion des larmes est troublée par la paralysie de ces muscles ; peut-être agissent-ils en dilatant les canaux lacrymaux et le sac lacrymal (?). De plus un système de valvules facilite la progression des larmes des points lacrymaux vers les fosses nasales.