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SENS DE L'OUIE

Dans l'exposé de l'audition et de la vision que nous allons faire, nous laisserons totalement de côté toutes les notions de physique qui s'y rattachent : on les trouvera dans les traités de physique biologique ; d'autre part nous supposerons connues les dispositions anatomiques de l'oreille et de l'œil, car il n'est guère possible d'en donner une idée nette en quelques lignes.

L'excitant adéquat de l'organe de l'ouïe est constitué par les ondes sonores qui, transmises à l'endolymphe, vont impressionner les terminaisons du nerf auditif. Nous étudierons séparément la façon dont se fait la transmission des ondes sonores, puis les sensations acoustiques en elles-mêmes.

1° Transmission des ondes sonores. — Examinons la part que prennent les différentes parties de Toreille dans cette transmission.

A, Oreille externe. — La conque ou pavillon représente un appareil collecteur des sons. Grâce à sa mobilité chez les animaux, à ses divers replis chez l'homme, la conque dirige vers le conduit auditif les ondes sonores qui viennent s'y réfléchir. En l'applatissant contre le cràne^ ou en nivelant avec de la cire ses diverses anfractuosités, on diminue un peu Tacuité auditive. L'ensemble des points de l'espace dont les ondes sonores peuvent venir ainsi se collecter vers le conduit auditif constitue le champ auditif; il a la forme d'un tronc de cône. Le rôle du conduit auditif externe est celui d'un tube acoustique ; de plus par la sensibilité très vive de sa muqueuse, les poils dont il est garni, le produit de sécrétion [cérumen) de ses glandes,

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ce conJuil conslitue un appareil de protectioD pour les parlies profondes plus déli cales de l'oreille.

B. Oheillb motenm. — Le rôle de l'oreille moyenne dans la transmission des oudes sonores ressortira de l'analyse des fonctions de ses différentes parties.

a. Membrane du tympan et mutcle du marteau. — La membrane du lympan ferme en deliors la caisse du lympan ; elle TÎbre

Fig. 119.

Coupe schémalique de l'oreille monlraot l'orientatioa de la membrane du tympan par rapport au conduit auditif externe ; la disposition des osselets dans la caisse et les canaux du labyrinthe (Gley).

Les onde» imprimfcs au liquide lahvrinUiinue p»r l'^Lrier reasoHenl [mt la fentlR ronde luivant la llècbc.

sous l'influence des ondes sonores et transmet ses vibrations nu liquide de l'oreille interne par l'intermédiaire de la chaîne des osselets et delà membrane de la fenêtre ovale. Insérée dans le cercle tympanique, la membrane du lympan contient dans son épaisseur le manche du marteau ; celui-ci donne insertion au tendon du muscle du marteau, muscle qui par sa tonicité

attire en dedans la membrane et la fait bomber du côté de la cavité de la caisse. Les contractions de ce muscle modifient la tension de la membrane du tympan de façon kV accommoder au nombre et à l'amplitude des vibrations sonores. Le muscle du marteau reçoit son innervation du maxillaire inférieur par l'intermédiaire du ganglion otique. Il se contracte en même temps que les muscles masticateurs quand on serre fortement les mâchoires : quelques personnes perçoivent alors un petit crépitement sec dans l'oreille.

b. Chaîne des osselets. — Les mouvements oscillatoires de la membrane du tympan sont transmis par le marteau, l'enclume, et l'étrier à la membrane de la fenêtre ovale. Les articulations de ces osselets entre eux sont disposées de telle sorte que la longue branche de l'enclume et par conséquent l'étrier se déplacent dans le même sens que le manche du marteau (voy. fig. 119). La base de l'étrier s'insère sur la membrane de la fenêtre ovale et fait corps avec elle, de façon que tous ses mouvements d'enfoncement et de retrait communiqués par la chaîne des osselets se traduisent par des variations de pression du liquide de l'oreille interne. Le petit muscle de l'étrier, innervé par le facial, a probablement pour fonction de modérer l'excursion de ces mouvements de l'étrier, de même que le muscle du marteau, en tendant la membrane du tympan, modère l'amplitude de ses vibrations.

c. Caisse du tympan et trompe d'Eustache. — La destruction de la membrane du tympan n'entraîne pas la surdité. Les ondes sonores doivent donc être encore transmises à l'oreille interne par l'air de la caisse. Les os du crâne peuvent servir aussi à cette transmission ; les vibrations d'un diapason qui ne sont pas transmissibles par l'air si l'on se bouche les oreilles, sont immédiatement entendues quand on applique le pied de l'instrument sur le front. La caisse du tympan contient de l'air à la pression atmosphérique grâce à sa communication avec la cavité pharyngienne établie par la trompe d'Eustache. Le muscle péristaphylin externe qui s'insère sur la paroi membraneuse et mobile de la trompe ouvre ce conduit à chaque mouvement de déglutition ; de cette façon

l'égalité des pressions entre l'air de la caisse et l'air atmosphérique est constamment maintenue ; car les mouvements de déglutition sont incessants (déglutition de la salive dans l'intervalle des repas). Cette condition physique est absolument indispensable à l'intégrité de l'ouïe ; si la trompe est obstruée, la pression dans la caisse diminue ; la membrane du tympan est soumise à une tension anormale, elle bombe en dedans et enfonce l'étrier dans la fenêtre ovale ; une diminution de l'acuité auditiye et des sensations auditives subjectives, des bourdonnements en sont la conséquence.

La caisse du tympan communique aussi avec les cellules mastoïdiennes. Le rôle de ces cavités pleines d'air est sans doute d'accroîlre la capacité de la caisse de faron que les changements de tension de la membrane du tympan soient amortis par l'interposition d'une masse gazeuse élastique plus considérable.

C. Oreille interne. — L'oreille interne est la partie essentielle de l'organe de l'ouïe, car elle contient les terminaisons nerveuses du nerf auditif. Nous savons aussi par l'étude antérieure que nous en avons faite, qu'une partie de l'oreille interne, les canaux semi-circulaires, joue un rôle important dans le mécanisme de l'équilibration. Les filets nerveux de Tauditif se terminent dans l'utricule, le saccule [tache audilivé) et les ampoules des canaux semf-circulaires membraneux [ci'ête auditive), par des cellules spéciales fusiformes ; ces cellules émettent un prolongement filiforme (poil auditif) qui baigne dans l'endolymphe contenant à ce niveau une fine poussière de carbonate de chaux [a'istaux de Votoconie). Dans le limaçon, l'appareil nerveux terminal fort complexe se trouve dans Vorgane de Corti ; cet organe de Gorti entre autres éléments contient des cellules ciliées reposant sur une membrane finement striée, la membrane hasilaire. Les parties membraneuses de l'oreille interne sont séparées des parois osseuses par un liquide, la périlymphe ; les ondes sonores n'arrivent donc aux organes nerveux terminaux qu'en changeant de milieu, en passant de l'air dans un liquide. Les mouvements

de la base de l'étrier et de la membrane de la fenêtre ovale impriment des oscillalions à la coloime liquide représentée par la périlymphe et l'endolymplie ; les liquides étant incompressibles, ces oscillations ne seront évidemment possibles que si la paroi de l'oreille interne cède en un ou plusieurs points ; c'est la membrane de la fenêtre ronde qui remplit principale-

Fis- 120.

Utriciile, saccule et canaux soiiii-tirculaires, vus par leur face inlerne

(Testlt).

— 3. 4, 5, ciuaui Kini-circulaircï. — 3', f. i\ leur crCto oigoïliriuo. — 6, canal cocl 11 l'aire. — 7. canal do lIcnsoD. — i. brancbe vcsiibulairc do lauditiT. — 9, atrt

ment ce rôle ; en effet on s'ajjerçoit que, quand l'étrier s'enfonce dans la fenêtre ovale, la membraite de la fenêtre ronde bombe du côté de la cavité lympanique. On comprend que les oscillations de TenJolymphe agisseut comme uu excitant sur les poils auditifs. Quant à l'organe de Corli, on suppose que sa compluxilé est en rapport avec la perception des différences de hauleur des sons ; les stries ou libres de la membrane basilaire représenteraient des cordes de longueur

et de tension difTérontes accordées chacune pour une hauteur de sou déterminée ; la vibration de ces cordes exciterait les cellules nerveuses terminales de Torgane de Corti.

2^ Sensations acoustiqaes. — Nous distinguons dans nos sensations acoustiques différentes qualités que nous rapportons à rintensité, à la hauteur, au timbre du son. Vintensilé plus ou moins grande d'un son dépendant physiquement de Tamplitude plus ou moins grande des vibrations sonores, il est assez naturel de penser que le phénomène physiologique corrélatif consiste dans un ébranlement plus ou moins fort des terminaisons nerveuses auditives. Pour expliquer la perception des différences dans la fiauleur d'un son (qui dépend du nombre des vibrations), Helmhultz a admis hypothétiquement, en se basant sur le principe de l'énergie spécifique des nerfs, qu'il existe une fibre nerveuse et un appareil terminal pour chaque son de hauteur déterminée. Il compara les fibres de la membrane basilaire à des cordes tendues, de différentes dimensions (comme dans une harpe) et supposa que chacune d'elles était accordée pour un son déterminé. Or ces fibres sont assez nombreuses (60.000) pour que chacune d'elles puisse vibrer pour un son d'une hauteur donnée dans la limite des sons perceptibles. Il faut remarquer en effet que le sens de l'ouïe n'est plus impressionné par des vibrations qui descendent au-dessous de 30 à la seconde ou qui s'élèvent audessus de 15 à 20.000. D'autre part, l'oreille la plus exercée ne parvient à distinguer l'intervalle de deux sons que s'il est marqué par une différence d'un certain nombre de vibrations. Entre 128 et 1024 vibrations, on peut bien encore, avec de rhabitude, distinguer deux sons qui ne diffèrent que par une vibration par seconde : mais en deçà ou au delà de ces chiffres, l'incapacité de l'oreille s'accuse ; ainsi nous ne distinguons pas deux sons dont l'un a 10.000 et l'autre 10.100 vibrations par seconde. Le timbre d'un son est dû, comme nous l'avons dit à propos de la phonation, aux sons partiels ou harmoniques qui accompagnent le son fondamental. La sensation auditive de timbre n'est donc pas une sensation simple; mais

elle se compose de la perception simultanée du son fondamental et de tous les sons partiels. Par Texercice on parvient à saisir dans la vibration d'une corde ou dans le son rendu par un instrument de musique quelconque, beaucoup de ces sons partiels. L'appareil auditif peut donc percevoir isolément chaque vibration simple d'un son composé ; il se comporte à cet égard tout autrement que l'appareil visuel pour le mélange des couleurs. Par la vue nous ne percevons que la résultante du mélange des vibrations de l'éther ; avec l'oreille au contraire nous pouvons analyser les mélanges sonores et en percevoir les composantes.

A Taide de nos sensations acoustiques nous portons différents jugements sur la nature, la distance, la direction des corps sonores. La justessse de nos appréciations dépend de Texpérience antérieure que nous avons acquise en associant nos sensations auditives aux indications fournies par les autres organes des sens. Pour juger de la direction d'un son nous faisons varier le champ auditif par des mouvements de tête qui nous permettent de présenter les divers replis de la conque et la surface du tympan au choc des ondes sonores suivant certaines incidences. Chez les animaux la mobilité de la conque sert au même but. Dans l'appréciation de la direction d'un son l'appareil collecteur joue donc un rôle très important. Si on l'élimine artificiellement comme dans l'expérience du tube bi-auriculaire de Gellé, il nous devient impossible déjuger de la position d'un corps sonore par rapport à notre corps : on place les deux extrémités d'un long tube de caoutchouc dans les conduits auditifs externes d'un individu et on applique une montre sur la partie moyenne du tube ; le sujet entend bien le tic tac de la montre, mais il ne peut se rendre compte, les yeux fermés, de la position du corps sonore et des déplacements que l'on fait subir au tube.

ARTICLE V

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