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- Les sérums antitoxiques sont done préventifs : introduits dans l'organisme à dose suffisante, ils neutralisent les
effets d’une toxine qu’on y introduit plus tard dans les conditions spécifiées ci-dessus. Sont-ils curalifs, c'est-à-dire introduits dans l'organisme alors que les accidents ont déjà éclaté et se développent, en arrêtent-ils l’évolution et les font-ils disparaître ? Car c’est bien là, si je ne me trompe, le sens du mot curatif.
Certains auteurs ont donné au mot curatif un sens plus large : un sérum, d’après eux, est curatif quand, introduit dans l’organisme après
la toxine, il empêche l'apparition des accidents. N'oublions pas que
les toxines proprement dites n’engendrent des accidents qu’après une période d’incubation, durant laquelle l’animal ne semble pas différent d’un animal normal: convient-il d’appliquer le qualificatif curatif à un sérum qui, injecté pendant cette période, empêcherait les accidents d’éclater ? Ne vaut-il pas mieux, si nous pensons en médecins, le con-
sidérer, et nous le considèrerons, comme préventif. C’est là d’ailleurs -
une simple question de définition; il nous suffira donc d’avoir défini le sens du mot curatif, qualité d’un sérum qui arrête et supprime des accidents pathologiques présents.
Nous allons prendre trois exemples de sérofhérapie an- :
tiloxique, à savoir les sérothérapies anlitétanique, antidiphiérique et anlivenimeuse, pour recueillir les faits nécessaires pour répondre à la question posée.
Déterminons les volumes v, d’une toxine tétanique et v, d’un sérum antitétanique capables de se neutraliser exactement, et supposons que le volume v, représente un grand nombre de doses mortelles 50 p. ex. Si on injecte simultanément dans les veines d’un lapin v, et v,, aucun accident ne se produit dans la suite ; la neutralisation s’est faite, comme elle se fait in vitro. — Si on attend 10 min. pour injecter le sérum, après qu’on a injecté la toxine, les doses restant les mêmes, les accidents tétaniques se produisent, un peu plus tard, il est vrai, que si l’on n'avait pas injecté de sérum, mais ils évoluent implacablement jusqu’à la mort. Pour neutraliser v, de toxine dans
ces conditions, il faudrait augmenter la dose de sérum, la porter
p- ex. à 8 v,. — Si on attend plus longtemps pour injecter le sérum (x h.), il faudrait, pour empêcher les accidents de se produire, employer plus de sérum, 4o v, peut-être. — Enfin, si on tarde plus encore (2 à 3 h.), le sérum est inopérant, quelle qu’en soit la dose. Et pourtant, à ce moment, la période d’incubation n’est pas close ; l’animal ne
| . e si les accidents tétaniques ont éclaté, Pinocitition du sérum antité- : #
tanique, à une dose quelconque, et en quelque région de l'organisme que ce soit, est absolument inefficace.
Si la dose de toxine injectée est moindre (2 à 3 doses mortelles
seulement), les faits sont équivalents, mais les apparences sont quelque
peu modifiées. Il suffit alors d’injecter une quantité de sérum un peu supérieure à la quantité strictement équivalente in vitro pour empêcher les accidents d’apparaître, si l’injection de sérum suit l’injection de toxine à 1 h. de distance. Ge n’est que beaucoup plus tard qu'il faut exagérer considérablement la dose. Ici encore d’ailleurs, un moment arrive, et qui précède les accidents tétaniques, où l’injection d’une dose quelconque de sérum antitétanique est inefficace.
Le sérum anlitétanique n’est pas curahf au sens mé- dical du mot : il ne supprime pas des accidents tétaniques
que si son injection précède l'injection de toxine, ou si elle la suit d'assez près.
Déterminons les quantités va de toxine diphtérique et v, de sérum antidiphtérique capables de se neutraliser exactement in vitro ; et «supposons que v4 représente 20 doses mortelles pour le lapin. Si nous injectons simultanément dans les veines du lapin v4 et v,, il ne se produit pas d'accidents. Mêmes résultats sont obtenus si l’injection du sérum suit à court intervalle (10 à 20 min.) l'injection de la toxine. Si on avait attendu plus longtemps pour pratiquer l'injection du sérum, il faudrait forcer la dose pour parer aux accidents, injecter 9v,si 2 h, se sont écoulées, en injecter 3 v, ou plus si 4 h. ont passé. Si le sérum n’est injecté qu'après l’apparition des premiers accidents diphtériques, il faudra, pour en arrêter la progression et les faire regresser, pour guérir l’animal par conséquent augmenter notablement la dose de sérum, la porter à 10 v, à 20 v, ou plus encore. Mais la guérison se produit, alors que la mort eût été l’inévitable conclusion de l’expérience si le sérum n'avait pas été injecté. On est autorisé ici à parler de pouvoir curatif.
Ce pouvoir curatif est limité d’ailleurs : si l'injection de sérum était faite très tardivement, alors que les accidents existant depuis quelque temps se sont fort aggravés, elle serait inefficace. Mais un insuccès se présentant aussi en fin de maladie ne suffit pas pour infirmer notre conclusion que le sérum antidiphtérique est curatif : aucun agent médicamenteux ne ressuscite un mort, ou même ne ramène à la vie un agonisant.
existant, Il n’est même préventif, au sens médical du mot,