‹ Précis de physiologie microbienneChapitre 71 sur 145 · CRE · texte numérisé non relu

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Injectons sous la peau de lapins du venin de cobra à la dose de = 1/5 mgr. et répétons l'injection de 5 en 5 jours, de façon que les

lapins aient reçu soit 1, soit 2... soit 6 injections préparatoires. Puis, 19 jours p. ex. après la fin de la préparation, injectons dans les veines de ces lapins 2 mgr. de venin de cobra et notons le moment où appa-

raissent les premiers troubles respiratoires, ou les premiers troubles . cardiaques, ou l'arrêt de la respiration, ou la mort, qui se produisent

après cette injection. Tous les lapins qui ont reçu 1 ou 2 injections préparatoires ne diffèrent pas — au point de vue curarisation — des lapins neufs recevant la même injection intraveineuse de 2 mgr. de venin; partout les divers accidents et la mort se produisent exactement aa même moment; les animaux préparés ne sont pas plus sensibles à l’action curarisante du venin que les animaux neufs. Chez tous les lapins qui ont reçu au moins 3 injections préparatoires, les accidents et la mort sont plus tardifs qu’ils ne sont chez les lapins …

neufs, 2 d’autant plus tardifs que la: AUS a été oué plus loin : l’immunité est ainsi manifestable chez les lapins ayant reçu au ‘moins 3 injections préparatoires ; jamais on n’a pu manifester

d’anaphylaxie curarique chez les lapins ayant reçu 1 ou 2 injections préparatoires.

Les résultats sont les mêmes quand on modifie les conditions d’expérience (variation des doses injectées lors de la préparation, variation des intervalles séparant deux injections préparatoires successives, variation des doses de venin employées lors de l'essai). Ils sont les mêmes quand on prépare les lapins à l’aide de venin d’hamadryas et quand on fait les essais avec ce dernier venin.

On arrive à des résultats équivalents en injectant sous la peau de lapins de 5 en 5 jours une dose de venin de cobra non mortelle, mais juxta-mortelle, toujours rigoureusement la même, p. ex. 1/4 mgr.- S'il y avait anaphylaxie en cours de préparation, le lapin succomberait nécessairement, car anaphylaxie veut dire sensibilité exagérée : or jamais on ne provoque la mort de lapins qui ont supporté une première et une seconde fois l’injection de 1/4 mgr. de venin de cobra, en renouvelant la même injection à intervalles de 5 jours.

Voilà done un exemple typique dans lequel l’immunité

s’élablit sans être précédée d'anaphylaxie.

Voici maintenant des faits qui mettent en évidence la spécificilé de l'immunilé du lapin et la non-spécificité de son anaphylaxie.

Voici deux venins curarisants, le venin de cobra et le venin de serpent noir d'Australie. Préparons des lapins en injectant à plusieurs reprises à quelques jours d'intervalle, sous leur peau, des doses juxtamortelles de l’un ou de l’autre de ces venins. Nous constatons, pourvu que le nombre des injections préparatoires soit suffisant, que les lapins sont partiellement immunisés contre le venin ayant servi à leur préparation, mais ne le sont nullement contre l’autre venin.

Voici encore deux venins curarisants, le venin d’hamadryas et le venin de cobra, provenant de serpents appartenant à un même genre zoologique. Préparons des lapins par 5 ou 6 injections sous-cutanées, juxta-mortelles de venin d’hamadryas : en injectant dans les veines de ces lapins soit du venin d’hamadryas, soit du venin de cobra, nous

constatons que les lapins sont immunisés contre le premier, mais ne

le sont nullement contre le sesond.

Voici enfin deux venins protéotoxiques, le venin de crotalus adam, ætle venin de cobra (faisons abstraction de l’action curarisante de ce

ï se gr de crotalus adam. ques à de 5 en 5 jours. Palo: injec- - tons dans les veines de ces lapins ainsi préparés et comparativement dans les veines de lapins neufs la même quantité, soit de venin de crotalus adam., soit de venin de cobra. Dans le premier cas (injection de venin crotalus adam.), la réaction protéotoxique est plus

grande chez le lapin neuf que chez le lapin préparé (par ce même venin); dans le second cas (injection de venin de cobra), la réaction protéotoxique est plus faible chez le lapin neuf que chez le lapin préparé (par l’autre venin). Et cette expérience démontre de la façon la plus catégorique que l’immunité du lapin est spécifique (puisqu’elle ne se manifeste que pour le venin ayant servi à la préparation), mais que son anaphylaæie ne l'est pas (puisqu’elle s’affirme pour le venin de cobra, qui n’a pas servi à la préparation).

. Tous ces faits conduisent à cette conclusion que l’ana- 4 . phylaxie et l’immunité sont deux états biologiques dis- dincts, engendrés l’un et l’autre par des injections de pro- téines ou de venins, pouvant coexisler chez un même animal et se révéler à l'observateur dans des essais judi- "à

cieusement conduits, mais pouvant se masquer l’un l’au- D tre, et par là échapper à l'observateur superficiel, deux LS états distincts s’établissant et évoluant indépendamment l’un de l’autre.

Les expérimentateurs qui ont pratiqué soit dans des recherches scientifiques, soit dans la préparation des sérums antitoxiques, des | is immunisations d'animaux, de chevaux en particulier, ont signalé des +

faits, qui peuvent être interprétés, semble-t-il, comme traduisant le #4

… double état d’anaphylaxie-immunité. Parfois des animaux fournisseurs de sérum antidiphtérique ou antitétanique extrêmement puissant, ont présenté à la suite de l’injection d’une quantité de toxine insuflisante pour saturer la totalité de l’antitoxine présente dans les humeurs de l’animal des accidents graves, voire mortels.

. Nous signalons ces derniers faits sans y insister, parce qu'ils ne présentent pas actuellement le caractère rigoureusement systématique des faits expérimentaux ci-dessus notés. Ils sont des curiosités se présentant au hasard, des accidents fortuits et en quelque mesure déconcertants ; tandis que les faits qui ont été résumés ci-dessus présentent ce caractère de précision qu’on est en droit d’exiger des études scientifiques.

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