CLASSIFICATION DES CONSONNES
Les consonnes françaises peuvent être rangées dans l'ordre suivant ;
I** Les semi-voyelles;
2° Les vibrantes;
3° Les spirantes;
4° Les occlusives;
5*" Les nasales;
Le français normal ne possède plus ni Vh aspirée ni 1'/ mouillée.
L'aspiration disparue n'a laissé subsister qu'un hiatus qui s'oppose à la liaison Qé érô <( les héros » et non lé-Xr^ro) et 1'/ mouillée n'est plus aujourd'hui qu'un simple y (Jmyi « bouillie »).
L7; muette n'a jamais été qu'une superfluité orthographique sans valeur, importée du latin.
LV; aspirée, qui nous vient de l'ancienne langue franque, d'une prononciation moderne du latin ou d'une erreur fondée sur l'analogie, était encore comparable au xvie à Vh anglaise (Palsgrave) ou à Vh allemande, mais elle était déjà moins forte que cette dernière (Pillot, Bèze). Dès 1670, elle est signalée comme ne se prononçant plus (Lartigaut). Cependant elle se faisait sentir au commencement de notre siècle pour certains mots dans une prononciation énergique et imagée : je hais, il est tout haletant (Domergue). Il en est de même
encore aujourd'hui; mais il semble bien que l'on ait là, moins un cas de survivance, que le simple résultat d'un effort purement organique (comparez « /;attention ! » dans la bouche des cochers) ou la recherche d'un effet oratoire au théâtre et ailleurs.
Dans la réalité, l'aspiration ne se rencontre plus que dans certaines provinces (Normandie, Bretagne française. Lorraine) où elle a continué à vivre dans les parlers locaux, et dans certaines régions (Bretagne bretonnante, Gascogne, Béarn) où des aspirations indigènes d'autre origine ont servi de modèle pour la prononciation de 17; aspirée française recommandée par les grammairiens.
La réduction de 1'/ mouillée àjy existait dans la petite bourgeoisie de Paris vers la fin du xviie (Hindret, 1687). Elle est devenue générale malgré les protestations de Restant et enfin de Littré.
L' / mouillée est encore vivante dans les limites de la région française, en Bretagne, en Saintonge, en Poitou, en Angoumois. C'est là que les amateurs d'archaïsme auraient dû aller la chercher au lieu de la conseiller sans la décrire, s'exposant ainsi à introduire dans la langue une forme étrangère ly qui permet à Leconte de Lisle de faire rimer souiller avec soulier.
L'articulation de 1'/ mouillée est analogue à celle de Vt} mouillée. Nous y reviendrons à l'occasion de cette consonne.
Le français ne possède que trois voyelles consonnifiées : î, Uy u que nous transcrivons par les trois signes suivants :
y ex. : yœ (.i yeux » /y r « lierre » . w — wil « huile » Iwi « lui ».
w — wi « oui » îi/^.f/« ouest », etc.
Les semi-voyelles diffèrent des voyelles surtout en ce que la position articulatoire n'est pas tenue, mais qu'elle est abandonnée aussitôt que prise. Il s'en suit que l'articulation de la voyelle se trouve légèrement relâchée. Comparez iet ya,u et wa^ m, et wa (fig. 44). Cela est surtout sensible dans w qui pour la fermeture des lèvres correspond plutôt à ô. Aussi un phonéticien à l'oreille très fine a-t-il pu transcrire w par 0.
Fig. 44.
Comparaison des voyelles /, u, u, avec leurs variétés consonnifiées y, lu, yj
(Palais artificiel).
La partie ombrée et limitée par un croisillé correspond à la voyelle.
A. 1. /. — 2. ya.
B. 1. u. — 2. ilja.
c. I. w — 2- ^ua-
VIBRANTES
LV est un son vibrant qui peut se produire tout le long du canal vocal, des lèvres à l'isthme du gosier : de là ses nombreuses variétés. Elle est sonore en français dès le début . LV traditionnelle se prononce avec la pointe de la langue redressée vers le palais.
Cette r est encore très commune. C'est celle que les professeurs du Conservatoire ont enseignée jusqu'à ces derniers temps aux Parisiens qui se destinaient au théâtre.
Elle est, suivant les régions, plus ou moins rou lée ; mais elle doit l'être modérément. Les Limousins, particulièrement ceux de la Corrèze» l'exagèrent beaucoup. Dans plusieurs provinces du midi on tombe dans le même défaut pour les mots qui sont écrits avec deux r (terre).
Si la pointe de la langue s'élève peu et vibre à peine, au lieu d'une r, nous entendons une sorte de ;^, comme cela se fait dans le Loir-et-Cher, comme cela se faisait à Paris au xvie siècle (Palsgrave, Sylvius, etc.)' avant que l'r fût devenue grasseyée.
VIBRANTES 57
LV grasseya ou parisienne se prononce la langue étendue sur le plancher de la bouche, la pointe raidie et arc-boutée contre les dents d'en bas, la luette projetée en avant. Les vibrations sont celles du dos de la langue et des bords de l'isthme du gosier.
LV des Parisiens manque d'éclat, c'est pour cela que ceux qui se destinent à la parole publique tâchent de s'en défaire. En revanche, dans leur bouche, elle a beaucoup de douceur. Mais l'imitation en est souvent désagréable.