MODE D'UNION DES ARTICULATIONS FRANÇAISES
Les articulations françaises s'unissent très étroitement, si bien qu'il y a entre elles compénét ration et non pas simple juxtaposition.
L'accommodation est de règle.
Ainsi dans ya et dans yu, la position des lèvres variera même pour3'(fig. 63). Comparez également/?^ et^w. L'organe obéit ici à une loi de prévoyance : il prépare, autant que la chose est possible, dès la première articulation le mouvement de la seconde.
Dans il a tourné (fig. 64), nous pouvons suivre le mouvement de fermeture des lèvres pendant l'occlusion du /, de sorte que, au moment de l'explosion, la voyelle ou ne demandera plus, pour être articulée,que le recul de la langue.
GROUPES
Inversement dans ay « ail » et dans uy « houille »(%• 63), la position des lèvres prise pour a et pour u se conserve
ya
ay
Fig. 63.
yu uy
La position des lèvres est sensiblement la même pour y dans les deux cas.
« il a tourné »
Fig. 64.
V. voix. — L. lèvres. — La première pointillée indique le début de l'occlusion du / ; la deuxième, celui de l'explosion. On remarquera que pendant tout ce temps, les lèvres effectuent eur mouvement de fermeture marquée sur le tracé par une élévation de la ligne. Elles sont dans la position de Vu, au moment où le / éclate.
pour y. Il en serait de même pour p dans ap « happe » et dans %ip « houppe ». Cette fois, c'est à la loi d'économie que l'organe se conforme : il n'accomplit pour la seconde articulation que le mouvement strictement nécessaire.
L'oubli de ces principes donne à la parole quelque chose de rude et de heurté, au lieu du moelleux et du fondu qui caractérise la prononciation française.
Cette observation se recommande aux étrangers qui parlent des langues fortement articulées, l'allemand, l'italien (au moins celui du nord), etc.
De deux voyelles contiguës, la première, si elle est susceptible de se consonnifier (à savoir /, w, o ou u)^ tend à se changer en la semi-voyelle correspondante. Ainsi, par exemple, les mots en -tion^ -sion, les groupes -ua, -uoit, qui comptent pour deux syllabes en poésie et dans le discours soutenu, se réduisent à -syô, -wa (émôsyô « émotion », immwablœ « immuable ») dans la prononciation familière, à moins que l'analogie n'y mette obstacle, comme dans il tua à côté de // Uie.
L'histoire de la langue montre que deux voyelles contiguës tendent toujours vers l'unité, soit vocalique (au est devenu d), soit syllabique (o il est devenu ivi).