L. lèvres. — La. langue
La preuve est assez facile à faire .
Pour d s, le palais artificiel suffit. Prononcez médecin à l'ordinaire avec l'appareil dans la bouche : vous trouverez, en avant, la trace de la den-
medsl metsè
Fig. 77.
taie ; relevez-la avec soin. Puis replacez le palais artificiel et dites metcin avec un t voulu, mais non exagéré. Si la trace de cette seconde dentale est plus étendue que celle de la première, vous devez conclure que le d a conservé sa valeur de douce (fig. 77). Mais si les deux traces se superposent, le d est bien réellement devenu t et l'assimilation est complète.
Pour V f, le doigt placé entre les lèvres, pendant qu'on prononce patw' femme, permet de sentir que le v est moins fort que Vf, par conséquent que l'assimilation n'est pas encore achevée. Une expérience plus précise montre que, dans un exemple, le i^ a été assourdi d'un tiers, tout en restant uni/ jusqu'à la rencontre àQÏf .(Voir Prific. de Phon. Exp., p. 509.)
Un silence peut, en quelque sorte, jouer le rôle d'une sourde. Ainsi, à la finale, devant une pose, une douce sonore peut s'assourdir en partie, ou tout à fait, ou même se changer en forte. Dans le nord de la France et en Belgique, on entendra, par exemple, village avec un / final qui est presque un -e (ch), et fève à peu près comme /^. Cette prononciation est étrangère au français normal.
De même, une voyelle peut rendre sonore une consonne sourde. Ainsi, dans le récit de la mort de Roland, recueilli par l'appareil inscripteur, Vs de sons dans « Le comte Roland est couché sons un pin » s'est plusieurs fois transformée en :{ à l'insu du lecteur. Cette transformation, étant inconsciente et échappant aux auditeurs, n'est pas à reproduire volontairement.
Toute articulation comporte un certain degré de durée, d'intensité et de hauteur i?msicale. Mais c'est principalement dans les groupes qu'il y a intérêt à en déterminer la valeur. La syllabe qui se distingue des autres par plus de durée, d'intensité, d'acuité ou par toutes ces qualités à la fois est dite accentuée.
DURÉE
DUREE
La durée, qu'on appelle aussi quantité, dépend du temps pendant lequel l'articulation est tenue.
Fig. 78.
Voyelles a et à (Inscription du souffle).
; I. pa ; — 2. patte ; — 3. patelin ; — 4. pateliner. $. pâte; — 6. pâté ; — 7. pâtisserie; — 8. pâtisserie [Saint-Germain].. Diapason de 50 v. d. à la secondç. La ligne pointillée marque a fin des a.
bô aUALITES RELATIVES DES ARTICULATIONS
Chaque articulation isolée possède une durée normale, qui est déterminée par les exigences du jeu de l'organe se mouvant librement.
Les voyelles que nous avons le sentiment de faire brèves, à savoir toutes les moyennes (a, c, /, œ, u^ o, u) durent en général un tiers en moins que les voyelles ouvertes ou fermées (à a, è é, i, à œ, û, ô o, û). On peut attribuer aux premières environ 20 centièmes de seconde, aux secondes 30. Mais cette différence peut être diminuée : comparez (fig. 78) a et à, qui n'ont entre eux qu'une différence de 5 centièmes et demi de seconde.
Les consonnes se divisent en deux classes : les unes ont une durée physiologique et acoustique à peu près identique, ce sont les continues (y w lu, l r, fv, s i, e j) ; les autres ont un temps de silence plus ou moins complet qui précède l'explosion : ce sont les occlushes {p h, i d, k g).
Si l'on attribue aux consonnes la durée nécessaire pour les produire, elles ont à peu près toutes la même quantité, avec une légère différence en faveur des continues sur les occlusives, et des fortes sur les douces.
D'après une étude faite sur les consonnes du Haut-Angoumois, les continues fortes demanderaient en moyenne 18 centièmes de seconde, les douces 15 ou 16, les occlusives fortes 14, les douces 12 (Les modifie, phon. du lang., p. 80 et suiv.).
Les articulations perdent de la durée par le seul fait qu'elles sont unies entre elles.
Ainsi une voyelle associée à une consonne est d'ordinaire plus brève qu'à l'état isolé. Comparez a et ab, à et hâte (fig. 79), a (fig. 79) et^^ (fig. 78).
Une même syllabe répétée plusieurs fois de suite s'abrège en français, suivant un rythme ordinairement iambique (u -), qui s'observe pour la consonne aussi bien que pour la voyelle.
DURÉE
Ainsi on a trouvé pour les ;// de nianiamama les quantités successives 13, 15, 13, 17 centièmes de seconde; pour les a de afafafa, j, 8, 7, 9 {Les modîf. phoii. du lang.).
Une même articulation s'abrège à proportion que le groupe auquel elle appartient devient plus grand. Comparez (fig. 79) Va moyen isolé et dans ab, habit, habituellement, refermé isolé et dans hâte, hâter, hâtivement (ûg. 79).
Fig. 79.
Voyelles a et. à (Inscription du souffle). a : 1. a; — 2. ab; — 3. habit; — 4. habitu[ellement]. ^ : j. ^; — 6. hâte; — 7. hâter; — 8. h(îti[vement]. D. Diapason de 50 v. d. à la seconde. La ligne pointillée marque la fin des a.
L'a de habituellement ne représente plus que le quart de Va isolé, lequel est plus long que Va de pâte.
Uà ^Q pâtisserie est plus court que celui àt patte.
Toutefois, la différence de longueur entre les voyelles moyennes et les autres se maintient dans les cas où les conditions de groupement sont identiques : Va de pâte est plus long que l'a de patte, tout en étant presque égal à celui àQpa (fig. 78).
Les groupes de consonnes abrègent les voyelles précédentes. Comparez Va de apte, aptitude (fig. 78) avec ceux des figures 78 et 79.
Dans le discours suivi, le mouvement de la phrase apporte de grandes perturbations dans la durée normale des articulations : les atones sont accourcies et les toniques allongées.
Le meilleur moyen de se rendre compte de ce fait, c'est d'étudier attentivement un morceau de quelque étendue, transcrit au moyen d'un appareil enregistreur. C'est ce que nous nous proposons de faire à la fm de ce chapitre (p. 96).
Dans la poésie, le rythme du vers vient encore accroître les diflférences de durée et constituer de véritables pieds. Ainsi ces deux vers de Racine :
O toi, qui vois la honte où je suis descendue, Implacable Vénus, suis-je assez confondue !
se présentent dans les tracés sous la forme suivante : u-u-u- I u,u-uu-