DEUXIEME PARTIE
PSYCHOPATHIES S YM PTO MATIQUES OU ASSOCIÉES
Dans la première partie du Livre II, nous avons étudié les Psychopathies simples, ou plus exactement les Psychopathies Entités, c'est-à-dire les formes primitives et autonomes des maladies mentales.
Dans la deuxième partie, nous allons étudier les Psychopathies symptomatiques ou associées, c'est-à-dire celles dans lesquelles la psychopathie, au heu d'être tout par elle-même, n'est plus qu'un syndrome lié à un état autre, dont elle dépend.
Lorsqu'on examine, dans leur ensemble, les psychopathies symptomatiques, on ne tarde pas à constater : d'une part, que les troubles psychiques qui les composent sont, dans toutes, plus ou moins similaires ; d'autre part, que ces troubles psychiques sont ceux d'une des psychopathies prises plus haut pour types, en particulier ceux de la mélancolie et surtout de la confusion mentale.
II résulte de là que les psychopathies symptomatiques peuvent être légitimement considérées comme étant le résultat de la combinaison d'une des psychopathies types et, ce qui est important, d'une des psychopathies à base ordinairement toxique, avec un processus déterminé de l'organisme.
On voit combien cette notion, que nous croyons juste, simplifie et précise tout à la fois la conception générale de la psychiatrie, puisqu'elle ramène l'innombrable foule des psychopathies à quelques types fondamentaux dont toutes les autres ne sont que des dérivés, et puisqu'elle met en évidence le rôle prépondérant de l'intoxication dans les psychopathies,
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leur donnant ainsi le même fondement pathogénique que celui qui domine actuellement la médecine générale.
Si l'on veut bien réfléchir à ce fait que la presque totalité des états morbides qui s'accompagnent de manifestations psychopathiques sont des états d'intoxication ou d'infection, depuis l'alcoolisme, le saturnisme, l'oxy-carbonisme, jusqu'au brightisme, à l'hépatisme, au diabète, en passant par la fièvre typhoïde, la grippe, la tuberculose, la syphilis, etc., on ne peut que voir là une confirmation de l'opinion que nous venons d'exprimer.
Une nouvelle preuve, très péremptoire. nous est fourni? par les psychoses qu'on peut appeler exotiques. Au fur et à mesure quo sont signalés et étudiés les troubles psychiques des maladies coloniales qui, pour la plupart, sont dues à des intoxications ou à des infections, on s'aperçoit que ces troubles psychiques ont tous pour base clinique la confusion, sous toutes sfs formes, et h délire hallucinatoire, Qu'il s'agisse de paludisme, de trypanosomiase, d'insolation, de typhus, etc., etc., c'est, à des variantes près, la même formule symptomatique.
Les psychopathies associées étant pour la plupart des psychoses toxiques ou infectieuses, à forme de mélancolie et surtout de confusion mentale avec prédominance de délire onirique, il n'est pas nécessaire, sous peine de redites incessantes, de décrire en détail chacune d'elles. Il suffit, pour les bien connaître, de se reporter pour toutes à la description du type de psychose qui leur sert de fondement, c'est-à-dire de la confusion mentale et du délire onirique (p. 328). Il convient toutefois, pour être complet, d'indiquer à grands traits leurs caractères principaux, en insistant particuhèrement sur celles d'entre elles qui, par leur fréquence et leur importance, s'imposent le plus à l'attention du praticien.
Dans cette revue rapide, nous suivrons l'ordre adopté dans le tableau suivant, où les psychoses symptomatiques sont groupées par catégories similaires. Mais il doit être entendu que ce tableau n'est qu'une annexe non indispensable de notre classification, un cadre synoptique destiné simplement à aider la mémoire et à recevoir à leur place toutes les variétés de
sition se trouve réalisée surtout chez les hépatiques, les brightiques, les artério-scléreux, comme aussi chez les névropathes, les déséquilibrés, les dégénérés, et particulièrement chez les descendants d'alcooliques eux-mêmes (hérédité similaire).
Un autre facteur dont il faut tenir compte est le facteur professionnel. Il est en effet des professions qui favorisent beaucoup l'alcoolisme et qui y mènent presque fatalement, ce que les malades traduisent en disant : « C'est le métier qui veut ça ». Il existe même un véritable alcoolisme professionnel, dont le type est celui de certains ouvriers distillateurs vivant perpétuellement dans une atmosphère d'alcool. Eyquem (J. M. B., 190.4) et Robert (Ibid., 1907) ont attiré l'attention sur l'intoxication par les vapeurs d'alcool dans la fabrication de la poudre sans fumée.
La nature, la qualité et la forme du poison alcoolique ne sont pas non plus indifférentes au point de vue de la production des troubles psychiques. Tous les auteurs sont d'accord pour reconnaître que les boissons les plus dangereuses sont les liqueurs à essences : Vabsinthe et ses similaires, le bitter, le vermouth, et, de façon générale, les diverses sortes d'apéritifs.
On s'accorde également à admettre que les boissons provenant de la distillation des alcools sont nocives et que leur toxicité, comme l'avaient établi Dujardin-Beaumetz et AuDiGÉ, Rabuteau, est d'autant plus forte que leur formule atomique et leur point d'ébullition sont plus élevés.
En apphquant ces données aux eaux-de-vie du commerce, Dujardin-Beaumetz et Audigé les ont rangées dans l'ordre croissant de toxicité suivant ;
1° Eaux-de-vie de vin ; 2» eaux-de-vie de poiré ; 3° eauxde-vie de marc, de raisin et de cidre ; 4» eaux-de-vie de grain ; 5° eaux-de-vie de betterave ; 6» eaux-de-vie de pomme de terre.
Les expérimentateurs plus récents, Daremberg, Riche, JoFFROY et Serveaux ont confirmé ces vues, sauf en ce qui concerne l'alcool éthylique ou de vin, qu'ils ont trouvé plus toxique que l'alcool méthylique. Nous ne savons si le résultat d'expériences consistant à injecter de l'alcool dans des veines
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de chien ou de lapin peut être rigoureusement applicable à l'ingestion stomacale de boissons spiritueuses chez l'homme et il y a sans doute, à cet égard, quelques réserves à faire. Ce que nous savons bien, et cela nous paraît valoir toutes les expériences de laboratoire, c'est que les médecins des pays où se distille et où se boit communément l'alcool de vin, n'y ont réellement observé l'alcoolisme, en particulier l'alcoolisme délirant et impulsif, qu'à dater du jour où les poisons des assommoirs s'y sont introduits de façon courante.
On consultera avec fruit, à cet égard, les thèses de mes élèves Pages sur l'alcoolisme en Charente, Ducuron-Tucot sur l'alcoolisme en Armagnac (Th. B., 1^06), Eymery sur l'alcoolisme en Loir-et-Cher (Th. B., 1908), R. Mabille sur l'alcoolisme en Charente-Inférieure (Th. B., 1909), Boudet sur l'alcoolisme en Albigeois (Th. B., 1909).
Quant au vin, au vin naturel s'entend, nous n'hésitons pas à le déclarer innocent des méfaits qu'on lui impute et nous estimons que c'est une hérésie à la fois hygiénique et économique que de le proscrire, comme tend à le faire la mode actuelle, de l'alimentation journalière en France. Personnellement, dans une région où l'absorption du vin dépasse de beaucoup, pour certaines catégories d'ouvriers, la dose permise, j'en suis encore à voir un alcoolique d'origine exclusivement vinique. Cette formule démographique reste d'ailleurs vraie que l'alcoolisme, dans un pays, est en proportion inverse de la quantité de vin qu'on y récolte et qu'on y boit et en proportion directe des apéritifs qu'on y consomme.
Et cependant, la France, pays du vin par excellence, est aujourd'hui l'un de ceux où sévit le plus l'alcoolisme et l'un des rares où il s'accroît toujours.
Les causes multiples de cette diffusion de l'alcoolisme en France sont trop connues pour que nous y insistions. L'effort anti-alcoolique qu'elle a suscité pourra peut-être contribuer à l'enrayer, mais à la condition, pensons-nous, d'être soutenu par les mesures législatives indispensables et de ne pas dépasser lui-même le but en prêchant à tous l'abstinence totale et le remplacement de la boisson nationale, le vin, pris à dose
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psychoses associées, au fur et à mesure qu'elles se trouvent signalées.