AUTO-INTOXICATION GÉNITALE : PUBERTE
Dans la grande majorité des cas, il s'agit de confusion mentale. Cette confusion mentale peut se présenter sous la forme délirante. C'est alors un délire erotique, un délire religieux, plus fréquemment encore un délire érotico-mystique, qui affecte l'allure d'un délire systématisé aigu, rapide, transitoire et se traduit par la peur du diable, de l'enfer, de la damnation, des idées sexuelles bizarres, de l'amour platonique et mystique pour des beautés imaginaires, de l'onanisme, etc.
La confusion mentale revêt aussi la forme aiguë hallucinatoire. On voit dans ces cas éclater brusquement des crises de délire agité, violent, à paroxysmes nocturnes, caractérisées par des visions terrifiantes d'animaux, de démons, de fantômes, de morts, d'assassinats, des mouvements et des actes panophobiques impulsifs, des attaques et convulsions motrices variées telles qu'on les observe dans les psychoses toxiques et qui font penser à de l'alcoolisme et surtout à de l'hystérie.
La confusion mentale peut se traduire également par du délire aigu fébrile grave et susceptible même de se terminer par la mort. Cet état de délire aigu, qui tient du méningisme et de la méningite, survient surtout chez les jeunes filles au moment d'une des premières époques menstruelles.
La forme de confusion mentale la plus ordinaire dans la puberté est la stupeur ou stupidité, qui tantôt se manifeste d'emblée et tantôt succède à une crise de délire hallucinatoire aigu. C'est Vhébéphrénie de Kalhbaum, de Hecker, de Christian, la démence précoce hébéphré nique de Kraepelin. Nous n'avons pas à revenir ici sur sa symptomatologie, l'ayant décrite plus haut. Rappelons simplement qu'elle est composée d'alternatives d'agitation et de prostration, d'obtusion profonde, d'impulsions souvent violentes, de gâtisme, et qu'on y observe fréquemment aussi les grimaces et tics, les stéréotypies, les attitudes cataleptoïdes, le négativisme, qui caractérisent l'état catatonique.
Nous ne mentionnerons ici que pour mémoire la paralysie générale juvénile, qui, bien que survenant d'habitude à l'âge et à l'occasion de la puberté, se rattache en réaUté aux mêmes causes infectieuses que la paralysie générale des adultes.
022 PsYCHOPATHIES DES AUTO-INTOXICATIONS
2'^ Pronostic. — Le pronostic des psychoses de la puberté n'est pas uniforme. Souvent favorable quand il s'agit de troubles psychiques élémentaires, d'accès aigus de manie, de mélancolie, de confusion mentale, il est beaucoup plus sérieux pour les psychoses générahsées intermittentes et périodiques ainsi que pour la stupeur catatonique, à cause de leur tendance à la chronicité et à la démence précoce.
Marro a fait judicieusement remarquer que les psychoses du début de la puberté étaient moins graves que celles de la fin. Pour Elmiger, les psychoses de la puberté, prises en bloc, présentent seulement une proportion de guérisons de 30 p. 100, près de trois fois moindre chez les garçons que chez les filles et encore avec fréquence extrême des récidives.
3'^ Étiologie. — Les psychoses de la puberté reconnaissent évidemment les mêmes facteurs étiologiques que toutes les autres. Le rôle de l'hérédité non seulement vésanique, mais aussi névrosique, alcoohque, y est en particulier des plus manifestes et se retrouve, d'après Elmiger, direct ou indirect, dans 67 p. 100 des cas. Les sujets sont loin d'être des dégénérés, des faibles d'esprit ; la plupart même sont particulièrement bien doués au point de vue intellectuel (60 p. 100, Elmiger).
Comme causes adjuvantes, on a invoqué les traumatismes, le surmenage, soit intellectuel, soit physique (Leitensen), l'onanisme, les émotions rehgieuses, etc. Ces influences peuvent évidemment agir à un degré plus ou moins marqué ; mais la véritable cause occasionnelle est V évolution pubérale ou phase de développement, dont les hmites peuvent être considérées comme s'étendant de douze à \ingt-cinq ans environ.
On tend à admettre aujourd'hui que cette évolution pubéraie, comme tous les grands processus climatériques de l'organisme, se traduit par des modifications nutritives, des autointoxications et que, par suite, les psychoses de la puberté sont surtout des psychoses auto-taxiques. C'est l'opinion que j'ai personnellement soutenue et cette opinion trouve sa confirmation dans le type cHnique, fait surtout de confusion mentale, sous lequel se présentent les psychoses de la puberté.
AUTO-IXTOXICATIOX GENITALE : PUBERTE 623
Les psychoses de la puberté sont plus fréquentes chez les jeunes filles que chez les garçons (31 filles pour 18 garçons, Elmiger). Elles paraissent y affecter, en revanche, des formes plus aiguës, plus curables.
4'^ Diagnostic. — Toutes les psychoses survenant à l'époque de la puberté ne sont pas, par cela même, des psychoses dues à la puberté. Témoin la paralysie générale juvénile dont nous parhons plus haut, et la psychose choréique, rattachée à la puberté par Mairet. Témoin aussi d'autres psychoses variées, d'origine essentiellement héréditaire et qui n'ont avec la puberté que des rapports de coïncidence.
Les psychoses pubérales vraies, c'est-à-dire celles dans lesquelles le prcKîessus génital joue un rôle réel et actif, sont surtout les psychoses à forme de confusion mentale : psychose hallucinatoire aiguë, délire aigu, démence précoce (hébéphrénie). Aussi leur apparition et leur évolution coïncident-elles presque toujours du côté du corps avec des particularités significatives et qu'il importe pour ce motif de rechercher soigneusement en pareil cas : poussées de croissance, localisations douloureuses du côté des cartilages épiph\'saires, céphalée, troubles respiratoires, gastro-intestinaux, cardiaques, vaso-moteurs, difficultés des premières règles, pertes séminales, etc., etc.
5"^ Traitement. — Sur ce point encore, une distinction doit être faite entre les psychoses qui surviennent à l'occasion de la puberté et qui sont surtout des psychoses héréditaires et dégénératives et les psychoses pubérales proprement dites.
Les premières ne réclament pas ici de traitement particuher. Quant aux secondes, elles comportent, à côté du traitement du trouble mental, qui est l'effet, le traitement du processus d'évolution, qui est la cause. C'est dire qu'on se trouve bien, dans ces cas, des voyages, de la chmatothérapie, surtout marine (Régis, C. Chmat., 1908), des distractions, de la gymnastique, de l'hydrothérapie, de l'électrothérapie, du massage, de la psychothérapie, et surtout de la médication auto-toxique,
tonique, emménagogue, endocrinienne (ovarienne, orchitique, thyro-ovarienne, etc.).