ARTHRITISME EN GÉNÉRAL
1^ Troubles psychiques élémentaires. — Les arthritiques présentent souvent, à un degré plus ou moins marqué, tout ou partie des symptômes de la neurasthénie. La neurasthénie est d'ailleurs, comme on le sait, habituellement greffée sur un fond d'arthritisme.
La neurasthénie, chez les arthritiques, peut affecter toutes les formes et toutes les prédominances : gastro-intestinale, hépatique, génitale, cardiaque, psychique, etc. ; mais, quelles que soient sa forme ou sa prédominance, il est rare qu'elle ne s'accompagne pas, au moins par intervalles, d'asthénie physique et psychique, de tristesse, de pessimisme, d'hypocondrie, de tendance aux idées fixes, aux obsessions.
Il s'y joint aussi très fréquemment des troubles cardiovasculaires, en particulier des troubles vaso-moteurs, des spasmes, de l'oppression, des malaises divers, avec angoisse,
inquiétude, anxiété, sans parler de tous les autres symptômes neurasthéniques habituels.
Un point important à signaler, c'est la fréquence de l'association, chez les arthritiques, de la neurasthénie avec Vartériosclérose. Nous reviendrons plus loin et avec quelques détails sur cette association en parlant de l'artério-sclérose cérébrale.
Les troubles névropathiques et psychiques des arthritiques, quels qu'ils soient, sont essentiellement mobiles et paroxystiques et soumis aux fluctuations de l'état physique. Ils peuvent s'aggraver ou au contraire s'atténuer et même disparaître sous l'influence de dérivations diverses, telles que les flux hémorroïdal et meastruel, les crises de diarrhée, de polyurie, de glycosurie, d'hyperhydrose, les accès d'asthme ou de migraine, les poussées d'exanthèmes cutanés ou de fluxion articulaire, etc.
On observe souvent, en effet, un halancement très net entr^ les accidents psychiques et les autres manifestations diathésiques, et cette particularité s'applique, non seulement aux simples modifications de l'état mental ou moral, mais encore et surtout aux accidents névrosiques ou psychopathiques plus graves.
2^ Psychoses. — En dehors de ces troubles psychiques élémentaires, il peut survenir, dans l'arthritisme, de véritables psychoses. Le plus souvent il s'agit, dajis ce cas, comme l'ont établi RouiLLARD, Mabille et Lallemant, Lemoixe et HuYGHEs, d'accès intermittents et quelquefois périodiques de mélancolie, surtout de mélancolie avec conscience^ avec des stigmates de neurasthénie plus ou moins marqués, en un mot de ces états mixtes que nous appelons neurasthénie mélancolique ou mélancolie neurasthénique > On peut observer aussi des crises d'excitation, soit simple, soit alternant régulièrement avec la mélancolie. Ces accès psychopathiques accompagnent les diverses poussées de congestions locales ou, au contraire, alternent avec elles. Mabille et Lallemant insistent beaucoup sur V intermittence et la périodicité des troubles mentaux dans l'arthritisme, signes pour eux caractéristiques, à ce point
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qu'ils conseiDent de rechercher l'existence de la diathèse dans l'ascendance et dans les antécédents personnels de tout malade chez lequel on voit une psychose, et particuhèrement la mélancolie, survenir par accès. Les accès da délire chez les arthritiques coïncident également, d'après ces auteurs, avec des modifications chimiques de l'organisme, notamment avec de rhypoazoturie, de l'hypophosphaturie, de l'oxalurie, des variations notables dans le chiffre de l'urée, et en particulier avec de véritables décharges d'acide urique, qui annonceraient généralement la fm de Taceès.
Quant à la paralysie générale, elle paraît avoir des rapp«-rts étroits avec l'arthritisme. Bien des auteurs ont insisté déjà sur la fréquence de l'hérédité des tendances congestives dans la méningo - encéphalite chronique (Lunier, Doutrebente, Baillarger, Ball et Régis, etc.>-, et d'autres ont appelé l'attention sur l'existence, chez les paralytiques généraux, de quelques-uns des stigmates de l'arthritisme, tels que hémorrhoïdes, migraine, exanthèmes, diabète, fluxions articulaires, sueurs locales, etc. ( Gharcot, Gharpextier, Lemoixe), rétraction de l'aponévrose palmaire (Régis).
Il y a donc des rapports évidents et fréquents entre l'arthritfeme et la paralysie générale progressive. Quant à la nature de ces rapports, ils sont loin d'être éclaircis, et nous ne pouvons que signaler, sur ce point, l'opinion de Lemoixe et celle de Klippel. Pour eux, l'arthritisme serait cause prédisposante de la paralysie générale, à laquelle il préparerait le terrain par les congestions répétées et la surproduction de pioduits de désassimilation, et que développerait ensuite une cause occasionnelle, intoxication (alcooHsme, saturnisme) ou infection (syphilis, paludisme).