FIÈVRES ÉRUPTIVES
à leur tour les délires de la défervescence et les délires de la convalescence. Comme elles aussi, elles se manifestent par de la confusion mentale soit aiguë (délire onirique hallucinatoire, stupeur, délire aigu), soit asthénique (pseudo-démence), soit enfin paralytique (syndrome paralytique).
La seule particularité à signaler, c'est que la psychose la plus fréquente dans les fièvres éruptives est celle qui coïncide avec le processus de V éruption.
Presque toujours, il s'agit d'un délire onirique hallucinatoire plus ou moins aigu qui survient au moment où l'éruption va se faire, qui dure pendant qu'elle s'établit et pendant son acmé et qui cesse au moment de son déclin ou de son aboutissement à la suppuration. Il y a là un parallélisme des plus nets et des plus significatifs. On constate même un certain rapport entre l'intensité et la gravité du délire et la confluence, la difficulté de l'éruption. De même que les autres psychoses des infections aiguës, les psychoses des fièvres éruptives se terminent par la guérison, exception faite de quelques cas de mort survenant dans le délire aigu méningitique et de l'obtusion amnésique persistante qui succède parfois à l'atteinte de confusion mentale.
Ces brèves indications générales nous dispensent d'insister sur les psychoses de chacune des fièvres éruptives en particulier. Aussi ne dirons-nous qu'un seul mot sur chacune d'elles.
2^ Variole. — Les psychoses varioUques de la période fébrile se manifestent très rarement à la phase d'incubation. En revanche, elles sont relativement fréquentes à la phase d'éruption. Elles consistent en un délire onirique hallucinatoire plus ou moins violent et plus ou moins agité suivant le cas, cessant d'habitude au moment de la suppuration des pustules.
Quant aux psychoses post- fébriles, celles de la période terminale ou de desquamation répondent en général à la forme mélancolique anxieuse avec idées délirantes tristes, inquiètes, hallucinations, accès d'agitation, tentatives de suicide, sitiophobie et sont habituellement curables (Lagardelle, Krae-
PELIN, QuINQUAUD, GhARDON).
Celles de la convalescence proprement dite revêtent d'ordl-
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naire le type d'obtusion mentale, de pseudo-démence et dans certains cas même, l'espect de la paralysie générale, ainsi que l'ont montré Baillarger, Foville (1873), Auguste Voisin (1883), Mabille (1883). Ce dernier auteur a relaté l'observation d'une démence paralytique survenue à la suite d'un^^ variole et confirmée par l'autopsie,
3° Rougeole. — Les psychoses de la rougeole ne sont pas très communes, si Ton s'en rapporte au petit nombre de travaux et faits publiés, parmi lesquels nous n'avons guère a citer que ceux de Foville, de Torville, d'ALBERS, de H. We- BER, de KovALEWSKY, de Séglas et de Finkelstein.
Il est probable cependant qu'elles sont, surtout à un degré léger, assez fréquentes.
Elles peuvent, comme toute psychose d'infection aiguë, débuter pendant la période d'incubation, et Finkelstein a cité un cas de délire hallucinatoire terrifiant avec cris, agitation, survenu chez une fillette de quatorze ans, sept jours avant l'apparition de l'exanthème et disparu le troisième jour de celui-ci.
Mais, le plus souvent, c'est durant la convalescence que s< produit la psjxhose, soit au moment même de la chute de M température, de la défervescence, soit plus ou moins longtemps^ après, vers le douzième jour comme dans le cas de Séglas, 1( vingt et unième jour comme dans un des cas de Finkelsteu Il s'agit ici de confusion mentale avec obtusion profonde, toi peur, hébétude, accompagnée ou non de crises paroxystique de délire bruyant, agité, impulsif, anxieux, terrifié ou obscène et parfois de signes de pseudo-méningite.
Cette psychose de la convalescence dure plus longtemj que les psychoses préfébrile et fébrile, habituellement transi| toires, mais elle se termine, sauf complication imprévue, par guérison.
Pour en terminer avec la rougeole, signalons les cas où ellj intervient, comme infection surajoutée, au cours ou dans convalescence d'une autre maladie. Dans les cas de ce genr^ le délire est plus fréquent que dans la rougeole isolée.
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4'^ Scarlatine. — Les psychoses de la scarlatine paraissent être les plus fréquentes de toutes les psychoses des fièvres éruptives. En dehors des observations particulières pubhées par divers auteurs, tels que Trousseau, Baillarger, Cloustox. Marcus et Floram, Wick, Baup, etc., elles ont été l'objet de travaux spéciaux, notamment de la part de Joachi.m (1889) qui les a étudiées chez l'enfant et de Râtelier (Th. B., 1903).
Signalons d'abord les délires préfébriles, antérieurs à toute manifestation du côté de la peau, ressemblant à s'y méprendre à ceux 'de la méningite et dont le diagnostic différentiel n'est pas toujours facile lorsque la notion épidémique vient à manquer (Trousseau, Chniques).
Dans certains cas, les malades ont été enfermés dans des asiles jusqu'au jour où leurs troubles psychiques cessèrent avec l'apparition de l'exanthème. Généralement, en effet, le délire finit avec l'éruption ; parfois cependant il s'exaspère avec celle-ci, tourne au délire aigu ménmgitique et le malade meurt au milieu de symptômes ataxiques ou de convulsions.
Les délires de la phase d'éruption ont le plus souvent aussi un caractère aigu et violent et peuvent emporter les malades (GiNTRAc). Ils se présentent sous forme de délire onirique hallucinatoire terrifiant et impulsif, avec agitation, violence, refus de toutes boissons, précipitations panophobiques, et d'habitude ne durant que quelques jours, disparaissant brusquement comme ils sont venus.
Les délires de la déferçescence coïncident avec la chute de la température. Ils se montrent brusquement et disparaissent de même, après un temps relativement très court. Ils sont représentés, comme les précédents, par du délire hallucinatoire aigu ou par du délire onirique simple, sans agitation violente.
Les psychoses de la convalescence sont très fréquentes, surtout dans les cas avec syndrome infectieux tardif (Roger), c'est-à-dire avec complication suppurative, albuminurique, cardiaque, pleuro-pulmonaire, méningitique, etc.
On a affaire alors à une confusion mentale typique, avec~obtusion, désorientation, stupeur, paraphasie amnésique et presque toujours aussi délire onirique.
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Dès que le soir arrive, le délire apparaît. Tantôt c'est une simple rêvasserie, où dominent les illusions qui, causées par les ombres, l'éclairage d'une pièce, suscitent chez les malades les conceptions les plus extravagantes. Mon élève Desvaulx, qui a justement consacré sa thèse au délire dans les maladies aiguës (1899), voyait lui-même la nuit, au cours d'une scarlatine, des gens causer sur son lit, sur les meubles, sur les tableaux. Au milieu d'une de ces visions, on vint de la chambre voisine ; à mesure que la lumière approchait, les personnages disparaissaient peu à peu. Une fois la lumière dans la chambre, il retrouva sa parfaite conscience. On remporta la lumière et toutes les visions reparurent.
A un degré plus marqué, le déhre persiste le jour ; les malades ne se contentent pas de suivre passivement leur délire : ils le vivent et exécutent des actes en rapport avec lui, comme dans l'état soninambulique.
On peut observer là des idées de persécution, d'empoisonnement, de mysticisme, d'érotisme, de grandeur (Baillarger, P. Vergely).
Ces psychoses post-scarlatineuses guérissent ordinairement. En dehors de Vamnésie, qui est constante et plus ou moins profonde, elles se terminent parfois cependant par un véritable afjaiblissement mental durable, ou par des idées fixes post-oniriques d'une ténacité variable.
Dans certains cas même, c'est \e syndrome paralytique, c'est-adire le tableau des signes physiques et psychiques de la paralysie générale, qui se manifeste.