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PSYCHOSES D'INSOLATION

Les psychoses de l'insolation ont à peine été signalées jusqu'à ce jour, dans les traités de pathologie exotique. Il ressort cependant des indications qu'ils renferment à cet égard, que le délire et les hallucinations existent à peu près constamment dans la seconde période ou période d'excitation de l'insolation (sunstroke des Anglais) et que, daas certains cas même, ils sont à ce point marqués, qu'on admet une forme délirante de la maladie, désignée autrefois sous le nom de calentwe.

Quant aux psychiatres, ils n'avaient guère étudié jusqu'à ce jour, et cela se comprend, ce genre de psychoses et nous n'avons à signaler comme travaux spéciaux sur le sujet que celui de Th.-B. Hyslop (M. S., 1890). Nous basant, en ce qui nous concerne, sur l'ensemble des faits pubHés et sur un cas personnel typique, nous avons montré (C, 1901) que les psychoses d'insolation se traduisaient très nettement par des états de confusion mentale, orme surtout amnésique, c'est-à-dire par une symptomatologie identique à celle de toutes les intoxications, externes ou internes.

Depuis, notre collègue Le Dantec a insisté à son tour dans la 2e édition (1905) et dans la 3^ édition (1909) de son Précis de pathologie exotique sur les troubles amnésiques de l'insolation. Depuis aussi, notre élève Meigmé (Th. B., 1906) a bien exposé

dans son ensemble la question des psychoses d'insolation des pays chauds et de nos pays.

1*^ Symptomatologie. — Nous passerons rapidement en revue, dans la symptomatologie des psychoses d'insolation, les principales formes de confusion mentale sous lesquelles elles se présentent : 1** le délire hallucinatoire aigu ; 2^ le délire aigu ; 3° la confusion mentale amnésique ; 4° le syndrome paralytique. *

' a. Délire hallucinatoire aigu. — Le délire hallucinatoire aigu revêt ici les mêmes caractères que partout ailleurs. Il est constitué par un état d'agitation désordonnée, violente, incoercible d'idées, de langage, d'actes, provoqué et entretenu par des hallucinations pénibles, terrifiantes. Sous l'influence de leurs visions, les malades sont dans un état d'effroi inexprimable et le plus souvent, pris d'affolement, de panophobie, ils courent impulsivement devant eux et vont jusqu'à se jeter par les fenêtres ou, s'ils sont à bord, dans la mer.

Cette particularité avait tellement frappé les médecins qui en furent témoins qu'ils y virent le principal symptôme de la maladie. C'est ainsi que Xysten définit la calenture « une espèce de délire furieux auquel les navigateurs sont sujets sous la zone torride : c'est une affection cérébrale caractérisée particulièrement par le désir de se jeter à la mer. »

En réalité, il n'y a rien de spécial à l'insolation : c'est une impulsion commune à toutes les psychoses toxiques à délire hallucinatoire terrifiant et qu'on retrouve notamment dans les psychoses de la période hyperthermique dfs infections aiguës : fièvre typhoïde, pneumonie, variole, scarlatine, érysipèle, etc. C'est l'impulsion aveugle de tout délirant qui fuit, épouvanté, devant ses redoutables visions.

Parfois même, comme dans un cas cité par Rayneau (1900), la fuite devient une véritable fugue, une crise d.^ automatisme ambulatoire, de caractère somnambuhque, comme celles qui ont lieu dans la psychose alcoohque.

b. Délire aigu. — Le délire aigu n'est, nous le savons, que le délire hallucinatoire terrifiant à un degré plus marqué d'inten-

site, avec symptômes méningitiques, souvent mortels. Cette variété grave de confusion mentale est fréquente dans l'insolation. Elle n'y offre pas des caractères spéciaux.

c. Confusion mentale amnésique. — Toutes les intoxications et toutes les infections aiguës donnent lieu, nous le savons aussi, à des psychoses habituellement suivies d'amnésie lacunaire et parfois aussi d'amnésie de fixation. Quelques-unes de ces intoxications et infections déterminent, comme par une sorte d'aptitude spéciale, des amnésies plus fréquentes et plus profondes. De ce nombre sont : Véclampsie, la polynévrite, V insolation, t

L'observation que j'ai pubhée et celle que Le Dantec a signalée dans la récente édition de son ouvrage montrent de façon typique que l'amnésie peut, à la suite de l'insolation, être la manifestation dominante et se prolonger pendant plusieurs années.

Tantôt la confusion mentale revêt dès le début la jorme amnésique, ainsi que cela a lieu fréquemment dans la polynévrite. D'autres fois, c'est à la suite d'un accès de délire hallucinatoire ou de délire aigu que la confusion mentale prend ce caractère.

Dans ce dernier cas, l'amnésie est tout d'abord lacunaire. Les malades ont totalement oublié la période aiguë de leur délire, ou bien il n'en surnage que quelques vagues débris dans leurs souvenirs. L'amnésie peut être alors également rétrograde et remonter plus ou moins en arrière, Mon malade avait oublié non seulement sa crise de délire hallucinatoire aigu, durant laquelle il avait été traité dans un hôpital aux colonies, mais encore la majeure partie des dix- huit mois précédents, enveloppés d'un nuage des plus obscurs. La lacune amnésique était ainsi comme une période absente de la mémoire, précédée et suivie d'une véritable phase d'amnésie crépusculaire.

Mais la variété d'amnésie qui ne manque dans aucun cas et qui donne à l'état mental sa physiononaie particulière, de même que dans la psychose polynévritique, c'est Vamnésie antérograde, actuelle, ou mieux Vamnésie de fixation. Chez mon malade, cette amnésie était poussée à un point extrême. Il

fallait qu'il fût accompagné quand il sortait, car il oubliait dix fois en route où il se rendait ; il ne savait ce qu'il avait fait la veille ou le matin ; il ne pouvait répéter au bout d'un instant un mot, un nom, le mois, la date du jour qu'on venait de lui dire. Il commettait ainsi les pires bévues, paraissant absolument étranger à ce qu'il exécutait. Lorsque l'amnésie de fixation est profonde, comme dans ces cas, elle se prolonge quelquefois pendant très longtemps. Mon malade, frappé d'insolation en juillet 1900, est resté pendant plus de trois ans hors d'état d'assimiler les faits présents et c'est à peine si on peut le considère! depuis comme entièrement guéri.

Ces amnésies toxiques présentent bien des particularités qu'il serait intéressant d'étudier. Ainsi, mon malade qui avait appris l'anglais aux colonies, c'est-à-dire au cours d'une époque dont il avait perdu le souvenir, avait conservé cependant la connaissance de cette langue. D'autre part, tandis qu'il était incapable de fixer quoi que ce soit dans son esprit et de s'en souvenir un instant après, il pouvait apprendre de longues pièces de vers aussi facilement qu'autrefois et les réciter même au bout d'un certain temps. Un autre insolé du Congo, que j'ai vu en 1909 avec M. le médecin principal Berthier, était dans le même cas.

L'amnésie de fixation s'accompagnait chez le premier d'un degré plus marqué d'obtusion, de torpeur et même de somnolence.

Je viens d'observer encore deux confus amnésiques, avec polynévrite, tous deux paludéens et sans doute insolés, venant aussi du Congo. Est-ce simple coïncidence ou bien le Congo a-t-il une action particuhèrement nocive sur le système nerveux ?

Comme tous les grands confus amnésiques, les insolés peuvent fabuler, mais chez eux aussi, la fabulation peut provenir des différentes sources (onirisnie, réminiscence automatique, mythomanie complémentaire) que nous avons indiquées chez d'autres malades, en particulier chez les presbyophréniques, auxquels ils peuvent ressembler.

d. Syndrome paralytique. — D'après J. Mickle, l'insolation serait, chez les soldats anglais de l'Inde, une cause assez fréquente de paralysie générale, mais surtout de pseudo-paralysie

générale. Dans ce dernier cas, après un certain temps, les signes physiques disparaissent et le malade guérit mentalement. Parfois, cependant, l'intelligence reste défmitivement altéré»^ et on voit persister soit de la désorientation et des absences, soit plutôt des traces d'exaltation ou d'idées fixes avec tendances à la satisfaction et à la gaieté. Les malades, avec ou sans troubles moteurs et sensoriels spéciaux, peuvent rester des années dans cet état, sans changement notable d'une année à l'autre.

MicKLE insiste sur la fréquence et l'importance de la céphalalgie chez ces sujets, sur leur sensibilité à la chaleur, dont l'action suffit à réveiller leurs troubles psychiques.

Antheaume et Migxot ont publié (E., 1908) un cas intéressant de paralysie générale consécutif, chez un officier, à une insolation au cours de grandes manœu\Tes et ne différant de la paralysie générale ordinaire que par la longue durée de la maladie (9 ans). Cette lenteur exceptionnelle de l'évolution est àrapprocher des constatations faites à cet égard par Hyslop.

2^ Étiologie et pathogénie. — La cause des psychoses de l'insolation est nécessairement Y action du soleil frappant la tête, surtout au niveau de la nuque, principalement lorsque le sujet est immobile ou endormi. Mais il est d'autres facteurs adjuvants tels que la syphilis, l'artério-sclérose, l'état congestif et surtout Valcoolisme. Beaucoup d'insolés, surtout dans nos pays, avaient bu ou étaient en état d'ivresse au moment où ils subirent l'action nocive du soleil, d'où difficulté pour le diagnostic.

Quant à la pathogénie des psychoses héliosiques, leurs caractères cliniques nous montrent nettement qu'elles sont dues à une intoxication. Cela est d'ailleurs en accord avec la théorie pathogénique de l'insolation actuellement prédominante, qui tend à en faire une intoxication, soit par action directe du calorique sur le système nerveux (calorique poison), soit par voie indirecte ou d'auto-intoxication.

Ce serait le même mécanisme que dans le shock traumatique, qui agit aussi par auto-intoxication. La psychose d'insolation

rentrerait donc dans la catégorie des psychoses auto-toxiques par shock et cela explique ses analogies avec la psychose traumatique, qui avaient déjà frappé Hyslop.

3*^ Pronostic et traitement. — Hormis les cas où il s'agit de délire aigu méningitique, les psychoses d'insolation ne se terminent pas par la mort. Elles ont cependant un pronostic assez grave, par suite des perturbations profondes et souvent très prolongées qu'elles entraînent dans la mémoire, perturbations auxquelles peut même se joindre une diminution définitive de l'état mental.

La récupération des souvenirs se fait toujours de façon très lente et graduelle et, chez les deux sujets qui nous ont servi de type tout au moins, par des images visuelles.

Le traitement des accès de délire hallucinatoire et de délire aigu se confond avec celui de l'insolation elle-même et doit par suite consister en réfrigération du corps, bains tièdes, glace sur la tête, révulsions sur l'intestin, antithermiques, etc.

Le traitement des formes asthéniques et amnésiques réclame les toniques et les stimulants, externes et internes. On peut, dans les cas d'amnésie persistante et rebelle, recourir à la suggestion hypnotique, mais, chez mon malade, les souvenirs antérieurs ne se réveillaient qu'en partie dans l'hypnose, et, quant aux suggestions, docilement acceptées, elles ne se réalisaient également que de façon incomplète, faute de se graver suflTisamment, comme les perceptions à l'état de veille, dans le cerveau.

ARTICLE II

OPIUMISME, HASCHICHISME

§ 1 — OPIUMISME

L'intoxication par l'opium, qu'on pourrait désigner, par analogie de dénomination avec les autres intoxications, sous le nom d'opiumisme, comprend d'assez nombreuses formes ou modalités.

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Il existe une intoxication par les principes et dérivés do l'opium : morphine, codéine, héroïne, dionine, etc., par ingestion solide, liquide ou par injection.

Il existe également une intoxication par l'opium lui-même et ses diverses préparations : extrait d'opium, laudanum, pantopon, etc., par ingestion solide, liquide ou par aspiration.

C'est de cette dernière forme d'intoxication seulement, c'est-à-dire de l'intoxication opiumique par aspiration de fumée que nous nous occuperons ici. Nous avons au reste dit un mot plus haut du morphinisme.

L'intoxication par la fumée d'opium est non seulement très répandue, malheureusement, chez nos nationaux vivant en Extrême-Orient, mais encore elle a gagné en France, principalement certains ports de mer et Paris, et a même fait son entrée dans la grande médecine légale psychiatrique iDupré : l'afîaire Ulmo, A. A. G., 1908).

Plusieurs de nos confrères de la marine et des colonies, tels que Laurent (C. 1896, B. I. P., 1902), Brunet (P. M., 190L 1903, Cad., 1901, B. M., 1903), Georgelin (Th. B., 1906) nous ont appris à connaître l'intoxication chronique par l'opium. Nous en donnerons une brève description, résumé ' d'après leurs travaux et d'après les récentes études de Petit dv. laVilléon (S. M. B., 1907), de A. Gordon (R. N. a., 1908), de Jeanselme (P. M. 1909) et le beau livre tout récent de R. DupouY (vol. 1912).

±^ Description. — L'heure venue de fumer, rien ne peut s'opposer à la satisfaction de l'irrésistible besoin, que le sujet cherche à contenter à tout prix ; faute de quoi il présente des troubles plus ou moins graves dus à l'abstinence, notamment de la tendance au suicide.

a. Symptômes psychiques. — • Les effets psychiques de l'opium varient nécessairement suivant les individus, comme suivant la nature et la dose de la substance fumée. C'est dire que tous les degrés et toutes les formes du sommeil artificiel se peuvent observer.

Il est rare cependant que le sommeil soit tout à fait profond.

D'habitude, il reste incomplet. Tantôt alors, il est peuplé de rêves hallucinatoires où défilent, comme dans la plupart des onirismes toxiques, les visions cinématographiques les plus variées, les plus fantastiques, de couleur plutôt agréable que pénible ; tantôt, et c'est le cas habituel, à peu près constant, dit DupouY, il ne dépasse pas les limites d'une simple rêverie dans laquelle persiste la conscience des choses environnantes, avec mélange de la réalité ambiante à l'irréalité onirique. C'est, comme dit Petit de la Villéon, « un rêve à l'état de veille que poursuit le fumeur, les yeux grands ouverts ».

Dans cet état, le sujet goûte un véritable plaisir de l'esprit, une joie de l'inteUigence, consistant en un parfait bien-être, loin des peines, loin des soucis, loin des douleurs. Il perd peu à peu la notion de son individualité organique, se laisse envahir par une sensation étrange d'immatérialité. Sa pensée, dégagée de toute matière, de toute contingence, flotte doucement dans un éther lumineux et pur où tout est tranquillité, calme et bonheur, un bonheur au repos, une indifférence béate, qui réalise en quelque sorte Vataraxie d'EpicTÈTE, le nirvana des Hindous (Petit de la Villéon).

Cette euphorie passive aboulique est poussée si loin que certains fumeurs ne feraient pas un pas pour remplir un devoir, éviter un danger, se soustraire à la mort. « Un commandant de poste fumait dans sa case quand on lui signale que l'ennemi approche, le cerne ; indifférent, insensible, il ne veut ni bouger ni se défendre ; les visages jaunes surviennent, entrent et lui tranchent la tête sur sa pipe. »

La rêverie du fumeur d'opium est paisible jusqu'au bout, sans phases d'excitation. Pendant de longues heures il reste sur sa natte, près de sa pipe, fumant, toujours tranquille, devisant longuement, interminablement, à voix basse. Ses compagnons de fumerie font de même. « Jamais de bruit, jamais de discussion, jamais d'actes violents. Je n'ai partout vu que le silence et le calme » (Laurent).

Comme dans d'autres intoxications, celles du haschich, de l'éther, l'activité intellectuelle est augmentée, parfois de façon singuhère. Les facultés de compréhension, d'imagination,

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d'association sont stimulées, avivées, affinées. L'hypermnésie surtout est telle dans cette rêverie sans pensée, qu'il suffit d'une excitation extérieure très faible, une parole par exemple, pour que, aussitôt, les souvenirs s'éveillent et deviennent plus précis (Laurent).

Le temps paraît très court, contrairement à ce qui se passe d'habitude dans les sommeils et les rêves, et le fumeur croit être encore au début de sa soirée, alors que la nuit est déjà presque écoulée.

Durant les premières fumeries, il peut y avoir parfois de l'excitation génésique, mais elle est bientôt remplacée par une frigidité plus ou moins complète, avec ou sans perversions sexuelles.

L'état d'inertie heureuse que nous venons de décrire se prolonge quelque temps encore après la dernière pipe. Puis, apparaît une dépression qui s'accuse de plus en plus, et se traduit par un sommeil lourd, non réparateur, un point de céphalée persistant, de la difficulté d'attention, de l'obscurcissement de l'intehigence, du mutisme, de l'asthénie profonde, de la fatigue au moindre travail physique ou cérébral.

Cette dépression totale va s'augmentant jusqu'à l'heure de la séance suivante de fumerie, qui ravive temporairement l'activité fonctionnelle défaillante.

b. Symptômes physiques. — L'intoxication opiumique a un retentissement très net sur la sphère physique. L3 fumeur d'opium est émacié, sec, le teint hâve ; il a le visage flétri, ridé, les orbites vides, l'œil profond.

Il présente presque toujours des troubles digestifs accentués {dyspepsie gastro-intestinale, vomissements, constipation habituelle, langue chargée, épaisse et collante, stomatite, manque d'appétit et de soif).

Les sécrétions sont ralenties. La salive est épaissie et rare. L'urine est diminuée. La néphrite est fréquente ; le foie est particulièrement touché.

L'appareil respiratoire est loin d'être indemne. Il y a de l'irritation locale des ramifications bronchiques et des alvéoles et une tendance marquée aux congestions aiguës, à l'emphysème, à l'asthme, à la tuberculose pulmonaire.

Du côté de l'appareil circulatoire on note des palpitations, de l'arythmie, des syncopes, des crises d'angine de poitrine, de la congestion ou de l'anémie cérébrale.

Du côté du système nerveux, de la sensibilité, de la motilité, enfin, on constate de l'hyperesthésie ou de l'hypoesthésie cutanée généralisée avec prurit, de l'hyperesthésie sensorielle, surtout en ce qui concerne l'ouïe, de la titubation et de l'ataxie des membres inférieurs, de l'atrophie musculaire, des paraplégies et des paralysies diverses, etc.

Le tremblement est rare.

2^ Pronostic. — Tels sont les principaux symptômes d'intoxication présentés par les fumeurs d'opium.

Cette intoxication est grave, parce que, comme la plupart de celles dues à des poisons artificiels, elle exerce une action progressivement grandissante et impérieuse sur ses victimes, chez lesquelles Vopiomanie, impulsion irrésistible à fumer, véritable dipsomanie de l'opium, se joint à Fopiumisme et en accroît progressivenient les fâcheux effets.

Parfois même, elle peut se doubler d'opiophagie, de morphinomanie, d'éthéromanie, etc., (toxicomanie variable de Solher).

C'est ainsi que, peu à peu, les fumeurs d'opium en arrivent à un état d'inertie psychique, d'amnésie, d'aboulie, de veulerie, de perte du sens moral, qui amoindrit de façon notable toutes leurs facultés, toutes leurs affections, tous leurs sentiments, et peut les entraîner sans révolte, sans résistance suffisantes, à des actes d'immoralité, ou même à des délits sexuels, à l'escroquerie, au vol, à la désertion, etc. Les statistiques des prisons de Hong-Kong et de Singapour imputent 60 p. 100 des vols et des crimes aux fumeurs d'opium. Aux Indes anglaises, le nombre des délinquants et des aliénés par opiomanie est également assez considérable (A. Marie, Le Siècle, 1907).

L'intoxication par la fumée d'opium paraît ag r plus gravement et plus rapidement sur les Européens que sur les Orientaux, les Chinois en particulier qui, bien que maintenus dans leur infériorité par le poison opium, ne sont cependant pas

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physiquement au moins, dans un état de dégénérescence en rapport avec l'intensité et l'ancienneté de l'intoxication (Sau- TAREL, A. H. M. G., 1902, Cad., 1902). Il est probable, comme le pensent la plupart des auteurs avec Michault (R. H. P. S., 1893, 1895, C. M., 1895), qu'il s'est produit là, à la longue, un phénomène d'immunisation relative, par imprégnation héréditaire de la race. Cette immunisation relative n'empêche pas d'ailleurs le fléau de s'étendre et de gagner, même dans les pays atteints depuis longtemps.

Beaucoup de fumeurs d'opium qui, comme nombre de toxicomanes, sont des propagandistes et cherchent à faire des prosélytes, ont loué, chanté, célébré sur tous les tons les merveilleux effets de la divine drogue. Cela nous a valu toute une littérature sur l'opium, très johment étudiée par Dupouy dans son ouvrage. En réalité, la fumée d'opium ne donne que l'illusion de l'hyperactivité mentale vraiment inspirée et créatrice. Tout ce qu'elle peut faire, c'est de conduire à des œuvres plus ou moins étranges, fantasmagoriques, puisées dans les scènes de l'onirisme toxique, avec, au bout, la dépression, la torpeur, l'impuissance et, finalement, la déchéance psychique, en même temps que physique.

3° Traitement. — La cure du fumeur d'opium, la déopiumisation, est plus ou moins difficile, suivant les individus et suivant le degré de leur intoxication. Elle est souvent inefficace et parfois impossible.

Au dire de Petit de la Villéox, cette cure doit se faire de façon progressive et non de façon brusque.

Pour d'autres auteurs, au contraire, en particulier pour Brunet, la méthode de désintoxication progressivement décroissante n'a pas grande valeur et est incapable de donner des résultats durables. La méthode de désintoxication brusque, bien qu'elle soit très douloureuse et malgré ses dangers (mort subite par syncope, accès de folie, congestion cérébrale, suicide, etc.), est de beaucoup préférable, à la condition d'être surveillée de très près. Quelques antispasmodiques, la caféine pour soutenir le cœur, l'extrait de chanvre indien contre la

dépression nerveuse (Brunet), l'hypnotisme (Bérillon), peuvent avoir leur utilité.

Pour être durable, en tout cas, la cure doit être consentie par le fumeur et nécessite sa participation, un effort réel de sa volonté.

Elle est, on le conçoit, grandement favorisée par le rapatriement, qui constitue, en l'espèce, le changement de milieu par excellence.

Les rechutes et les récidives sont fréquentes, comme dans la morphinomanie.

Mais il ne s'agit là que du traitement curatif et individuel.

Le traitement le plus important, le plus rationnel, le plus efficace, est le traitement prophylactique, consistant essentiellement dans la prohibition de l'opium et de la vente de l'opium.

Malheureusement, il en est de cette substance comme de l'absinthe et des apéritifs. L'Etat, intéressé, recule devant les mesures nécessaires et, pour ne pas se priver des ressources tirées de ces poisons, les laisse librement circuler et par suite accentuer de plus en plus leur œuvre néfaste sur l'individiï et sur la race. L'Etat français a même construit à Saigon, il y a quelque vingt ans, une manufacture d'opium et a mis l'opium en régie.

On aura beau édicter, dans ces conditions, des mesures restrictives plus ou moins sévères, comme tendent à le faire aujourd'hui les Administrations publiques intéressées ; on aura beau proposer d'enlever tout conimandement, tout service hospitalier, toute responsabilité quelconque au fumeur incorrigible, et, lorsque les avertissements seront restés sans résultat, le frapper de la suspension, même de la réforme d'office : ce ne seront jamais là que des remèdes insuffisants et inefficaces, comme les fanaeuses lois sur l'ivresse, qui n'ont jamais arrêté ni corrigé personne et qui ont fini par tomber en désuétude.

Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, il y aura toujours quelque chose d'étrange et de choquant à voir un Etat laisser librement circuler un poison, le fabriquer même et frapper les

HASCHICHISME lil

malheureux qui, trop faibles pour résister à son attrait, s'avarient et se tuent à l'aide de ce poison.

ij 2 — HASCHICHISME

Le haschichisme, dont nous devons les premières descriptions psychiatriques aux travaux de More au (de Tours), a surtout été étudié par des littérateurs, comme Baudelaire, Th. Gautier, Meunier, etc., qui ont surtout insisté sur le côté pittoresque de l'ivresse haschichique. Une description scientifique récente s'en trouve dans la thèse de More au (1904). Davidson, Ireland, Clouston, Warxock signalent le haschich comme cause de la folie en Orient. Notre élève Hesnard a décrit (E., 1912) des troubles psychiques aigus chez les fumeurs de chanvre de Syrie et de Turquie, ainsi que des signes de déchéance cérébrale obtuse chez les vieux intoxiqués.

U ivresse haschichique, due à l'ingestion de l'extrait plus ou moins impur du Cannabis indica incorporé à des pâtisseries ou boissons, ou causée {far l'inhalation de feuilles de chanvre au moyen du nargileh, est caractérisée par un état d'euphorie avec sentiments cénesthésiques, extrêmement variés et tout à fait étranges, de modification de la personnalité physique, de légèreté de corps, d'altération de l'espace et du temps, et, fréquemment aussi, par des symptômes convulsifs, dont un rire spasmodique et interminable, souvent pénible.

U intoxication chronique est feite, au point de vue psychique, de déchéance morale précoce avec asthénie cérébrale extrême, lacunes de la mémoire et décrépitude générale.

SECTIOX II INFECTIONS ET PARASITOSES

Dans cette section, nous donnerons quelques indications sur les troubles psychiques du paludisme, de la maladie du sommeil, du choléra, de la lèpre, et nous mentionnerons, en terminant,

ceux que l'on peut rencontrer dans diverses autres maladies exotiques : typhus exanthématique, dengue, fièi^re méditerranéenne, béri-béri, fièvre jaune, peste, dysenterie, etc., etc.

ARTICLE PREMIER

Sydenham et Hoffmann ont, les premiers, signalé les troubles psjxhiques de la fièvre intermittente. Depuis, un grand nombre d'observateurs se sont occupés de la question.

Dans ces dernières années, on a également étudié les rapports du paludisme avec la neurasthénie, l'hystérie et l'épilepsie, c'est-à-dire les névroses du paludisme et dans le paludisme. Cette étude a été bien résumée, dans son ensemble, dans la thèse de mon élève Gomméléran : « Névroses et paludisme » (B.. 1902).

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