MALADIE DU SOMMEIL 7S
taie chronique), le malade, ralenti dans ses opérations psychiques, stupide parfois, donne l'impression d'être plus affaibli mentalement qu'il ne l'est en réalité, et ce n'est qu'à la longue qu'on peut affirmer la réelle déchéance qui s'est peu à peu substituée à la prédémence trypanosomiaque (stade de démence confirmée). Des épisodes variés entrecoupent cette évolution : accès de délire onirique, surtout nocturnes et à fornie anxieuse, états crépusculaires, états catatoniques avec ébauche de suggestibilité, de négativism3, de stéréotypies, de rire même, qui peuvent rappeler certains états de démence précoce. Des idées délirantes de grandeur, niaises et puériles, des idées de persécution mystiques, des hallucinations de divers sens, peuvent se manifester et s'accompagner d'excitation, de dépression, ou même, parfois, d'un certain degré de systématisation paranoïde. Il faut encore signaler des crises de folie collective chez les trypanosomés vivant en commun.
d. Période terminale. — Elle est caractérisée par le marasme et le gâtisme. Les signes somatiques sont alors accusés au plus haut degré : tren^blement, incoordination motrice, amblyopie par œdème et atrophie pupillaires, dysarthrie, troubles parétiques, symptômes de névrite ou de myéhte, parfois aussi, mais beaucoup plus rarement que dans la paralysie générale, troubles des réflexes pupillaires. Des symptômes bulbaires, des ictus épileptoïdes ou parétiques, un coma brusque, un délire aigu peuvent alors survenir et emporter le malade.
2^ Formes. — On a décrit des formes chniques extrêmement variées : formes à symptômes circonscrits (hémiplégie, aphasie, myoclonie, etc.) ; formes à symptômes diffus, très analogues aux confusions mentales organiques ou aux paralysies générales ; forme somnolente (Le Dantec), épileptoïde (Thiroux), de tumeur cérébrale (L. Martix et Darré); form? d'aliénation mentale, dans laquelle la maladie, sous l'influence de prédispositions spéciales, revêt dès le début un caractère vésanique marqué; formas confuse, délirante, démentielle somatique, suivant la prédominance de tel ou tel élément symptomatique ; formes- chronique simple, chronique rémit-
PRÉCIS DE PSYCHIATRIE, 5^ édit. 44
tente, suivant l'évolution, etc. Toutes ces formes, bien entendu, gagneraient à être réduites à quelques types cliniques plus précis et mieux définis.
3^ Anatomie pathologique, diagnostic, traitement. —
Uanatomie pathologique cérébrale de la trypanosorniase a été admirablement fixée par W. Mott {Archiv. of Neurology, 1902-1911, C. Berlin, 1910) et après lui, par Franca et Marck Anthias, Spillmeyer, Rouget, A. Marie, etc. Elle consiste essentiellement : 1° au point de vue macroscopique, dans une méningo-encéphalite diffuse avec congestion et œdème fibrineux ; 2» au point de vue histologique, par dss lésions vasculaires des petits vaisseaux (artérite prononcée avec infiltration de la gaine lymphatique par des leucocytes, grands mononucléaires et lymphocytes, qui paraissent être moins nombreux, relativement aux autres éléments, dans la trypanosomiase que dans la paralysie générale, et par des plasmazellen, d'une part) ; de l'autre par des lésions cellulaires de neuro- et de chromatolyse, avec réaction névroglique consécutive.
Le diagnostic s'appuiera, en dehors des signes physiques et de la somnolence, sur les symptômes d'infection sanguine, les résultats de l'examen du sang (leucocytose, présence de parasites, auto-agglutination des globules rouges, réaction de Ghristy), de l'examen du hquide céphalo-rachidien (lymphocytose, grands mononucléaires, cellules mûriformes, trypanosomes), de l'inoculation au rat des Hquides suspects, etc.
La similitude de la maladie du sommeil et de la paralysie générale, manifeste cliniquement, s'accuse encore, on le voit, anatomiquement et pathogéniquement. Déjà il y a quinze ans, en publiant une observation de mon élève Gaide (P. M., 1898j, j'avais considéré que la maladie du sommeil apparaissait comme une méningo-encéphahte diffuse rappelant la paralysie générale. Depuis, je suis revenu à diverses reprises (C. Bruxelles, G. Berlin, 1910) sur cette question des ressemblances et des dissemblances des deux maladies. Le problème est des plus importants pratiquement, car il est hors de doute que des erreurs ont été commises à l'époque encore peu éloignée où l'on ne