‹ Précis de psychiatrieChapitre 192 sur 278 · I 6 -TRAITEMENT · texte numérisé non relu

I 6 -TRAITEMENT

Le véritable traitement de la paralysie générale ne peut être que le traitement de la cause, c'est-à-dire, puisque c'est là le facteur habituel, le traitement de la syphilis.

1° Traitement préventif. — Ce traitement de la syphilis, en ce qui concerne la paralysie générale, ne devrait pas consister uniquement, ainsi que cela se pratique, dans l'appHcation de la médication spécifique à des individus déjà atteints de paralysie générale ; il devrait surtout avoir pour but d'empêcher ces individus de devenir paralytiques généraux.

Le meilleur moyen pour cela serait de les empêcher de devenir syphifitiques.

La prophylaxie de la syphilis, comme je le répète depuis bien des années, et c'est aussi l'avis de mon maître A. Fourmer, est donc la meilleure arme que nous possédions contre la paralysie générale. Diminuer, par des mesures hygiéniques appro-

priées, la fréquence de la syphilis dans la jeunesse d'un pays, civile et militaire, c'est diminuer d'autant la fréquence de la paralysie générale, et je rappelle à ce sujet les recherches très intéressantes de Heiberg (1896) qui a constaté que les élévations et les abaissements de la courbe de la paralysie générale à Thôpital de Saint-Hans à Copenhague, correspondaient exactement, après l'intervalle moyen de douze ans, aux élévations et aux abaissements de la courbe de la syphilis.

J'insiste donc sur ce point que le premier des traitements préventifs de la paralysie générale doit être le traitement préventif de la syphilis.

Le second traitement préventif de la paralysie générale doit consister dans une cure plus générale et plus efficace de la syphilis.

Nous constatons actuellenient que nombre de paralytiques généraux n'ont jamais traité leur syphilis, et aussi, il faut bien le dire, que la médication antérieure, chez ceux qui l'ont faite, sauf un plus long retard peut-être, ne les a pas empêchés de devenir paralytiques généraux, tout comme les autres.

Il conviendrait donc et de généraliser la cure de la syphilis et surtout de tenter de la rendre efficace vis-à-vis des graves affections tardives des centres nerveux dites para-syphilitiques, soit en améliorant le traitement classique suivant les préceptes indiqués par A. Fournier à l'Académie, soit en lui substituant un traitenient nouveau et plus actif. Les progrès actuels de la thérapeutique de la syphilis permettent d'espérer à cet égard de meilleurs résultats dans l'avenir.

2° Traitement curatif. — Le traitement prophylactique et direct de la syphilis, que nous préconisons hautement comme moyen de prévenir la paralysie générale, peut-il être appliqué sans inconvénient et avec chances de succès lorsque la paralysie générale est déjà déclarée, notanam^ent à son début ?

Telle est la question principale qui se pose ici.

Autrefois déjà, on avait tenté, à diverses reprises, d'opposer à la méningo-encéphalite diffuse la médication spécifique telle qu'elle était alors usitée : pilules, frictions ou inhalations mercurielles et iodure à hautes doses. On v avait généralement

renoncé, les résultats n'en étant guère favorables et les sujets en étant même parfois éprouvés.

Depuis que la méthode des injections mercurielles a fait son appartition, on est revenu plus que jamais au traitement antisyphilitique. Les injections de sels mercuriels solubles (benzoate, cyanure, biiodure, etc.), ou insolubles (calomel), ont été pratiquées dans la profondeur des muscles, parfois même dans le canal rachidien, au lieu d'élection de la ponction lombaire (Marchand), ou même dans les veines. Ces injections, faites à des doses assez élevées (2 à 6 centigrammes par jour de sel soluble, ou 10 centigrammes de calomel par semaine), sont pratiquées par séries de huit à dix, séparées par des temps de repos.

Le mercure a été associé pour ces injections à l'iodure de potassium (Marchand), à l'extrait thyroïdien (Carl Spengler). On a aussi essayé l'atoxyl (A. Marie, C, 1907).

Dans l'intervalle, plusieurs font prendre l'iDdure aux doses de 3, 4 et 6 grammes par jour.

Ce traitement, entre les mains de quelques auteurs tels que Devay, Lemoine, Lerredde, etc., aurait donné des améliorations nombreuses, très marquées, et même de vraies guérisons.

Personnellement, nous n'avons jam.ais obtenu que des rémissions plus ou moins durables et toujours incomplètes, et chez certains de nos malades, le traitement, sans produire d'accidents graves, a été suivi de fatigue manifeste.

C'est la conclusion à laquelle sont arrivés beaucoup d'autres observateurs, tels que Déjerine, Marie, Joffroy, Ballet, Brissaud, Raymond, etc., et, en l'état actuel des choses, nous ne pouvons que nous rallier à l'avis de Dupré lorsqu'il dit, à propos du traitement mercuriel de la paralysie générale, « qu'il n'en a jamais vu le bénéfice, qu'il en a constaté quelquefois l'innocuité, et qu'il en a souvent observé les inconvénients et le danger ». Il convient donc, en ce qui concerne ce traitement chez les paralytiques généraux, de se montrer toujours réservé vis-à-vis de son efficacité et toujours prudent dans son application.

Noas ne pouvons qu'exprimer la même opinion au sujet des traitements actuels de la maladie par les arsenics organiques, en particulier par le néo-salvarsan.

Il est incontestable que les injections intra- veineuses de néosalvarsan, au fur et à mesure qu'on en perfectionne la technique et la posologie, tendent à devenir moins nocives et plus efficaces et qu'on obtient aujourd'hui, grâce à cette médication véritablement précieuse, des résultats remarquables.

Cette médication peut-elle être étendue au tabès et, en particulier, à la paralysie générale ? Les essais tentés jusqu'ici n'ont pas été favorables. Peut-être le dernier mot n'est-il pas dit cependant, à cet égard, mais une grande prudence s'impose ici, plus encore qu'avec les injections mercurielles.

Certains auteurs, tels cjue Julius Doxath, préconisent les injections sous-cutanées de nucléinate de soude dans la paralysie générale. J. Lépine, pour sa part, n'a retiré de bons effets de cette médication que dans les psychoses infectieuses aiguë >.

Rappelons les essais de traitement de la paralysie générale par la sérothérapie (Ford Robertson, Lewis G. Bruce, Vox Wagner, etc.) et par la radiothérapie (Marinesco).

3'^ Traitement des symptômes et des diverses complications. — Le traitemeîit des symptômes comprend surtout : V isolement dans un établissement spécial, sauf les cas où le sujet peut sans inconvénient vivre chez lui ou dans un hôpital ordinaire ; une hygiène physiciue, morale et alimentaire appropriée ; les révulsifs locaux et généraux, les dérivatifs intestinaux, les désintoxicants et désinfectants, les diurétiques, les régulateurs de la circulation, les sédatifs, les hypnotiques, les bains à Fexclusion des douches, surtout des douches froides absolument contreindiquées dans la paralysie générale, le massage, les frictions sèches, V électricité statique, etc., etc.

Le traitement des complications doit viser surtout à prévenir les ictus cérébraux, par la régularisation du fonctionnement de tous les organes et de tous les émonctoires, en particulier de l'intestin et de la vessie, ou à en atténuer les effets, lorsqu'ils se produisent, au moyen des révulsifs, des évacuants, des cal-

mants, de la saignée au besoin. Il doit de même s'efforcer d'empêcher ou de faire disparaître, par les soins hygiéniques et les médications appropriées, les autres complications habituelles : agitation, gâtisme, escarres (Arnaud), rétention et injection urinaires avec miction par regorgement, souvent fnéconnues (PiERRETj, refus d'aliments, asphyxie par bol alimentaire, congestions et gangrène pulmonaires, etc., etc.

Les considérations précédentes s'appliquent, bien entendu, à la paralysie générale ordinaire, celle consécutive à la syphilis.

Il va de soi par conséquent que, si on range dans le domaine de la paralysie générale les syndromes paralytiques constituant le groupe des pseudo-paralysies générales, ils réclament, sur certains points tout au moins, une thérapeutique autre que celle que nous venons d'indiquer et variable pour chacun d'eux.

Ainsi les paralysies générales aiguës ou temporaires liées aux processus toxiques aigus et infectieux comportent le traitement des confusions mentales aiguës. De même les paralysies générales régressives des intoxications chroniques comportent avant tout le traitement de ces intoxications.

ARTICLE IV

Page 1