SECTION II NÉVROSES
Les troubles psychiques liés aux névroses sont décrits dans les traités spéciaux ainsi que dans la plupart des ouvrages consacrés aux maladies nerveuses. Nous ne ferons donc que rappeler ici leurs caractères principaux dans Vépilepsie et dans Vhystérie. Quant aux' troubles psychiques de la neurasthénie et de la psychasthénie, il nous paraît inutile d'en faire l'objet d'un article à part, étant donné que nous en avons maintes fois parlé au cours de cet ouvrage, notamment dans les articles relatifs aux obsessions (p. 105) aux troubles de la conscience et de la personnalité (p. 125), à l'arthritisme (p. 689), à l'artériosclérose (p. 791), et que ce serait, par suite, nous répéter une fois de plus.
ARTICLE PRKMIEB
1° Symptomatologie. — Nous envisagerons successivement : 10 les troubles psychiques élémentaires dans Vépilepsie ; 2» les psychoses épileptiques.
A. Troubles psychiques élémentaires. — Sous cette rubrique, nous comprenons tous les troubles psychiques de l'épilepsie qui n'arrivent pas jusqu'à la psychose confirmée, c'est-à-dire : 1^ Vétat mental des épileptiques ; 2^ les troubles psychiques prodromiques de V accès et les auras psychiques ; 3<^ les troubles psychiques consécutifs à Vaccès ; 4° les impulsions épileptiques.
ii.\Etat mental des épileptiques. — Il est des épileptiques très intelligents et sans aucune anomalie psychique, au moins
apparente. On a même relevé, chez un certain nombre de grands hommes, des accidents épileptiques plus ou moins avérés.
Par contre, beaucoup d'épileptiques sont des dégénérés, à divers degrés, et Tépilepsie est très commune chez les idiots.
Quel que soit leur degré d'intelligence, la plupart des épileptiques offrent certaines particularités morbides dont l'ensemble représente ce qu'on appelle Vétat mental des épileptiques.
C'est principalement dans le caractère et Vhiuneur que se manifestent ces particularités.
Il y a à cet égard deux catégories d'épileptiques : les uns sombres, taciturnes, défiants, ombrageux, toujours prêts à se fâcher, à blesser les gens, à s'emporter, à frapper ; les autres, au contraire, obséquieux, prévenants, càhns, pleins d'effusion et de douceur.
Mais ces différences ne portent que sur les dispositions extérieures. Au fond, les épileptiques sont tous ou presque tous des irritables, sujets à des crises de colère et d'emportement subites, violentes et furieuses, pendant lesquelles ils ne s'appartiennent pour ainsi dire plus. Cette irritabilité est la note dominante de leur caractère.
. Beaucoup ont en outre des vices et des instincts pervers ; ils sont gourmands, voleurs, menteurs, masturbateurs, erotiques, etc. Ils ont fréquemment une tendance à la piété maladive, à une espèce de religiosité outrée, mêlée de tartuferie, et qui n'est jamais aussi marquée qu'à l'époque de leurs accès.
G.-Paul Boncour (Pg. M., 1907), Marchand et Nouet (R. M., 1908), SouKHANOFF (R. p. 1910), ont récemment discuté la nature et la valeur diagnostique du « caractère dit épileptique ».
Le sommeil des épileptiques, bien différent du sommeil des neurasthéniques et des hystériques, est un sommeil profond, lourd, avec des réveils en sursaut, des hallucinations hypnagogiques et des rêves le plus souvent pénibles, terrifiants, parmi lesquels il convient de citer les rêves post-paroxystiques (Thomayer), les rêves d'accès^ (Fé ré), les songes d'attaques (DucosTÉ, Fournier).
b. Troubles précurseurs de V accès, auras psychiques. — Durant.
les heures, quelquefois même durant les jours précédant immédiatement l'accès, l'état psychique des épileptiques subit des modifications plus ou moins marquées. Ces modifications se traduisent dans la sphère affective par de l'inquiétude, de la tristesse, de la mauvaise humeur, de la méchanceté, de la colère ou, au contraire, par de la tendresse, de la gaieté, de la joie insolite, et intellectuellement, par de la torpeur ou de la suractivité cérébrales. A côté de ces troubles prodromiques plus ou moins éloignés de l'accès, il faut faire une place à part aux auras dites psychiques, c'est-à-dire aux troubles précédant immédiatement l'accès.
Les auras psychiques sont émotionnelles, intellectuelles ou sensorielles, suivant qu'elles consistent en une émotion vive (crainte, terreur, aversion, répulsion, excitation, dépression), en une idée quelconque, en une obnubilation passagère de la conscience, en une réminiscence subite, ou enfin en une hallucination.
Les auras hallucinatoires peuvent consister dans la \'ue d'un spectre, du feu, d'un objet gigantesque, d'une bête féroce ce peut être aussi une odeur désagréable, nauséabonde, ou bien, plus rarement, une hallucination de l'ouïe. Ea général, cette hallucination, comme les autres formes d'auras, du reste, se reproduit telle quelle lors des accès consécutifs. Il est très fréquent de voir les épileptiques prononcer les mêmes paroles, faire le même geste, accomphr le même acte, avant de tomber.
Une particularité importante à signaler, c'est que les auras épileptiques, psychiques ou autres, sont souvent appréciées très nettement par les malades qui reconnaissent en elles les avant-coureurs de l'accès et essaient soit de se garer contre la chute imminente, soit même d'enrayer la crise. Ces faits sont, quand on examine les choses de près, beaucoup moins rares qu'il ne semblerait au premier abord.
c. Troubles psychiques consécutifs à V accès. — Trois troubles prédominent après l'accès : la torpeur, Y amnésie, V impulsion.
La torpeur psychique est constante : elle fait partie du stertor ou coma post-épileptique et persiste plus ou moins longtemps après, sous forme de confusion d'idées, d'obtusion, d'obnubi-
lation de la conscience. C'est ce qu'on appelle à juste titre la phase crépusculaire post-épileptique.
Uamnésie fait également partie de cette phase. Cette amnésie peut affecter tous les types ; elle est essentiellement lacunaire en ce sens que le temps de l'accès, depuis la chute jusqu'au retour de la connaissance, forme une lacune, un trou dans les souvenirs. Elle peut aussi rem.onter plus ou moins au delà de l'accès et par suite être rétrograde (Séglas, 1902).
Elle peut également se prolonger après l'accès, durant la période crépusculaire, sous forme cVamnésie antérograde, actuelle ou de fixation. Elle peut encore se présenter sous la forme curieuse à.'' amnésie retardée. Ce type d'amnésie, signalé par Ottolonghi, par Kovalewsky et bien étudié par J. Maxwell dans sa remarquable thèse (B., 1903), consiste en ceci qu'un souvenir, présent au sortir de l'accès convulsif, disparaît parfois et g-néra'.ement peu aprè:^. L'importance d^ cette sort ^ d'amnésie, au point de vue médico-légal, ne saurait échapper. L'amnésie peut enfin, ainsi que je l'ai observé, prendre le type ecmnésique et reporter le sujet, à chacun de ses a':cès, à une période déterminée de sa vie antérieure, toujours la même, avec une attitude, un langage et des actes correspondants.
Les impulsions post-épileptiques sont assez fréquentes. Chez les épileptiques simples, sans délire, elles consistent en un acte instinctif, automatique, inconscient Bi amnésique, particulièrement sous la forme (ï automatisme ambulatoire, à^ exhibition génitale, de vol, etc.
Ce n'est pas seulement après l'accès convulsif que les impulsions se manifestent dans l'épilepsie; elles peuvent survenir soit avant l'accès (im.pulsions pré-épileptiques), soit au lieu et place de l'accès (équivalents épileptiques), soit dans l'intervalle des accès.
Les impulsions ont donc dans l'épilepsie une importance clinique et médico-légale de premier ordre.
d. Impulsions épileptiques. — L'impulsivité des épileptiques, qui a été notée de tout temps et sur laquelle tous les auteurs ont justement insisté, a été particuhèrement mise en lumière par Parant (C, 1895), qui a successivement étudié les impul-
PRÉCIS DE P5VCHIATH1E, 0'' édit. ,i)2
sions irrésistibles liées aux manifestations convulsives de l'épilepsie essentielle et jacksonienne et les impulsions irrésistibles indépendantes des attaques convulsives (épilepsie larvée — épilepsie mentale — équivalents épileptiques).
Les impulsions que l'on observe le plus fréquemment, chez les épileptiques, sont : les attentats et violences contre les personnes, y compris l'homicide ; les auto-mutilations et le suicide ; le vagabondage et l'automatisme ambulatoire, dont Du POU Y vient à nouveau de préciser les caractères dans son beau livre sur les fugues et le vagabondage (vol. 1909) ; les vols, les incendies ; les outrages et les attentats publics à la pudeur, en particulier les exhibitions génitales.
Plus encore que celles des dégénérés, les impulsions des épileptiques portent la marque de l'état pathologique dont elles relèvent. Soudaineté d'apparition ; violence aveugle et brutale ; rapidité et brièveté ; inconscience automatique ; amnésie; réitération similaire, intermittente ou même périodique de l'acte, tels en sont les caractères.
Une impulsion se présentant avec ces attributs appartient à l'épilepsie.
Mais il n'en est ainsi que pour les impulsions liées aux accès d'épilepsie ou les constituant elles-mêmes (phases pré- et postconvulsives, épilepsie mentale, équivalents épileptiques). Les impulsions étrangères aux accès sont loin de présenter au complet ce tableau symptomatique ; quelquefois même elles ressemblent plus ou moins aux impulsions vulgaires.
Les stigmates considérés comme les plus essentiels des manifestations épileptiques : inconscience et amnésie, ne seraient même pas constants dans les impulsions des accès épileptiques si l'on s'en rapporte à certains faits publiés dans ces dernières années, en particulier à ceux contenus dans la thèse de DucosTÉ qui, dans son étude sur V épilepsie consciente et mnésique (Th. B., 1899), a insisté sur le suicide impulsif conscient et sa fréquence relative comme équivalent de l'accès épileptique.
Quoi qu'il en soit, ainsi que le dit fort bien Parant, « du moment où l'amnésie est presque constante à la suite des impul-
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sions épileptiques et que, dans la presque généralité des cas, elle est absolue, complète, réelle, il n'y a évidemment pas lieu, à cause des exceptions, d'en méconnaître la valeur. Des exceptions ne sont pas de nature à infirmer une règle ». Et Sollier dit aussi : « L'amnésie simple est tellement caractéristique de l'épilepsie, sous quelque forme que ce paroxysme se présente, que, lorsqu'on la constate, on doit immédiatement y songer. Elle a une importance toute particulière dans l'épilepsie larvée et sa constatation, en présence d'un acte insolite, doit faire rechercher les autres indices capables de révéler l'épilepsie. »
B. Psychoses épileptiques. — - Dans les psychoses épileptiques, on peut distinguer, pour la conimodité de l'étude : 1*^ les psychoses de Vépilepsie non convulsive ; 1^ les psychoses de Vépilepsie convulsive ; 3° la démence épileptique.
a. Psychoses de Vépilepsie non convulsive, — On a cru pendant longtemps qu'il n'existait de psychoses épileptiques que celles liées à l'épilepsie convulsive. On admet, depuis Morel, que les épilepsies non convulsives peuvent aussi se traduire par des syndromes psychopathiques qui sont des manifestations de cette épilepsie larvée comme le sont d'autres syndromes tels, par exemple, que la migraine.
Il va de soi que l'accès nrioteur — véritable marque d'identité de l'épilepsie — faisant ici défaut, la nature comitiale de ces syndromes psychopathiques est souvent difficile et longue à reconnaître, ce qui explique les nombreuses discussions dont l'épilepsie mentale a été l'objet.
Il n'est pas douteux cependant qu'elle existe et la preuve, c'est que généralenaent les syndromes psychopathiques dont nous parlons se terminent par des accès convulsifs ou alternent avec eux.
Deux cas peuvent se présenter. Ou bien le syndrome psychopathique consiste eu une psychose variable de forme, mais durable, ou bien il se manifeste par des crises délirantes essentiellement transitoires et intermittentes, voire même périodiques^ qui, manifestement, tiennent la place des accès convulsifs, à titre d'équivalents.
a) Les psychoses durables de l'épilepsie larvée sont, avonsnous dit, de forme variable. On y rencontre en effet soit Vétat maniaque, soit Vétat mélancolique, soit plus souvent encore les délires systématisés (Meeus, A. M. P., 1908, Tamburim, 1910, I., 738), en particulier le délire de persécution. Morel, LucKEY y ont signalé également les psychoses intermittentes et circulaires, et Doutrebente, qui a cité un cas remarquable de ce genre, est allé jusqu'à se demander si la folie cyclique et la jolie à double forme n'étaient pas des psychoses de nature épileptique.
Nous avons vu, dans la description des psychoses intermittentes (p. 315), que Pierret, Cornu, Devay, Anglade et Jacquin avaient poursuivi et précisé, cliniquement, expérimentalement et anatomiquement, cette intéressante hypothèse.
Ces diverses psychoses durables de l'épilepsie larvée sont très difficiles à reconnaître, parce qu'elles n'ont rien dans leur symptomatologie et dans leur évolution qui leur appartienne en propre. Tout au plus peut-on dire qu'elles affectent un caractère plus violent, plus impulsif et qu'elles sont sujettes d'autre part à des paroxysmes aigus plus ou moins réguliei-s et à des épisodes fréquents de confusion n^entale. Il faut donc ne rien néghger ni de leurs particularités cliniques, ni de celles de l'état général, pour arriver au diagnostic. Dans bien des cas même, ce diagnostic ne deviendra évident que par la nianifestation des accès convulsifs.
P) Les psychoses transitoires et par accès de l'épilepsie larvée se reconnaissent beaucoup plus aisément.
En règle générale, en effet, tout délire transitoire et par accès doit faire songer à l'épilepsie. Et cette hypothèse se transforme pour ainsi dire en certitude lorsque les accès de ce délire reviennent avec une certaine périodicité, sont identiques les uns aux autres et ordinairement suivis d'amnésie.
Quant à la forme de ces accès délirants à répétition, elle est essentiellement hallucinatoire et impulsive. Il s'agit le plus souvent d'une crise maniaque, violente et passagère, survenant brusquement, durant quelques heures ou quelques jours et disparaissant très rapidement, ou plutôt d'une crise de confu-
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sion mentale hallucinatoire aiguë, quelquefois même d'un véritable somnambulisme, d'un état second. A la suite, il y a d'habitude non seulement amnésie de la crise, mais encore obnubilation crépusculaire plus ou m.oins appréciable. Nous avons déjà dit cependant que ces crises délirantes ou impulsives, véritables équivalents de l'attaque, pouvaient être subconscientes, submnésiques et même parfois conscientes et mnésiques.
b. Psychoses de Vépilepsie convulsive. — Les psychoses de Tépilepsie convulsive se distinguent tout naturellement en deux catégories, suivant qu'elles sont indépendantes des accès ou qu'elles font partie de leur processus.
a) Les psychoses indépendantes des accès ne relèvent pas toutes de l'épilepsie, il s'en faut. Beaucoup, dans le nombre, sont dues à un facteur surajouté : alcoolisme, dégénérescence, intoxication ou infection occasionnelle, démence précoce, etc. Elles revêtent alors, ainsi que cela a lieu dans toutes les associations psychopathiques (Magnan), des caractères en rapport avec leur étiologie.
Les psychoses interconvulsives d'origine épileptique sont de tous points analogues aux psychoses durables de l'épilepsie larvée ; elles affectent, comme elles, une forme variable et on peut leur appliquer exactement ce que nous avons dit plus haut de celles-ci.
^) Les psychoses qui font partie de V accès convulsif sont presque toujours consécutives à l'accès. Avant, tout se borne le plus souvent à des troubles psychiques élémentaires. Les psychoses post-convulsives sont donc les véritables psychoses de l'épilepsie motrice.
La psychose post-conoulsive peut se traduire par un accès de mélancolie anxieuse ou surtout stupide avec prostration, immobihté, hébétude, gâtisme, etc. Mais le plus souvent c'est sous la forme agitée qu'elle se manifeste, soit par un délire hallucinatoire terrifiant, soit mêm.e par un délire aigu.
Sous l'influence de leurs déhres et de leurs hallucinations, qui font apparaître à leurs yeux les visions les plus horribles et les plus menaçantes, les malades sont dans un état d'agitation et de fureur indescriptible, d'où le nom de fureur épilep-
tique donné depuis longtemps à cet état. C'est le nion^ent où les épileptiques sont le plus dangereux. Ils sont hors d'eux niêmes et prennent un aspect terrible. Vultueux, rouges, les yeux saillants, les forces décuplées, ils brisent, détruisent, frappent, dans l'excès de leur violence, tout ce qui se trouve devant eux; ou bien ils s'enfuient de tous côtés, affolés, prenant les personnes qu'ils rencontrent ou qui les entourent pour des ennemis ou des êtres fantastiques, sur lesquels il se ruent.
Cet accès aigu et souvent suraigu de confusion mentale, car il s'agit bien là d'une confusion mentale d'aspect pseudomaniaque au associé à un état maniaque (Damaye), éclate en général brusquement au sortir de l'accès convulsif ou, au maxim.um, dans les deux ou trois jours qui le suivent ; il dure peu de temps, une senxaine au plus, et se termine brusquement aussi, laissant après lui une amnésie lacunaire complète et parfois de V obnubilation crépusculaire avec amnésie de fixation qui se prolongent plus ou moins longtemps.
Il est probable que la psychose post-convulsive est due à des auto-intoxications secondaires provoquées par le shock convulsif. Les modifications quantitatives et quahtatives de l'urine à ce moment-là, et la présence de l'album.ine, qui y est si fréquente, corroborent cette manière de voir.
c. Démence épileptique. — Pour en finir avec les psychopathies épileptiques, nous devons signaler la démence épileptique, qui est la terminaison habituelle de toutes ces psychopathies.
Cette démence est plus ou moins hâtive, plus hâtive en tout cas que dans la plupart des états morbides, car l'épilepsie a une tendance particulière à affaiblir les facultés. Il va de soi, d'ailleurs, que cette dénuence survient plus vite chez les dégénérés (Marchand, R. P., 1907 ; J. Voisin et Dubosc, E., 1908), chez les alcoohques ou chez les malades à graves atteintes de psychose.
Chez certains sujets, cette démence peut revêtir de plus ou moins près l'aspect de la démence paralytique, au point de rendre le diagnostic parfois difficile. On trouve du reste chez ces malades des lésions de méningo-encéphalite diffuse {Péon, Régis, Séglas, Pactet, etc.).
2° Diagnostic. — Le diagnostic de psychose épileptique n'est, en général, pas difficile, quand la psychose s'accompagne d'accès ; il est quelquefois très difficile, nous l'avons dit, quand l'épilepsie est larvée.
Les impulsions soudaines et instantanées, la répétition des mêmes faits avec les mêmes particularités, enfin et surtout V inconscience et V amnésie de la crise, sont, sauf les cas signalés plus haut, caractéristiques des psychoses épileptiques.
3*^ Pronostic. — Le pronostic des psychoses épileptiques est éminenament variable. Le malade peut en effet mourir en état de délire aigu post-convulsif. Le plus souvent, si aiguë qu'elle soit, la cfise délirante guérit. Mais cette guérison n'est qu'apparente et momentanée, puisque la psychose a de grandes tendances à se reproduire et à prendre le type cyclique. Nous avons parlé de la fréquence de la terminaison par la démence.
4° Traitement. — Le traitement des psychoses épileptiques est celui de Fépilepsie en général. Il consiste donc avant tout dans l'emploi prolongé des antinerveux et des antispasmodiques, du bromure en particulier qui reste nxalgré tout, bien qu'insuffisant, le meilleur agent médicamenteux du mal comitial et de toutes ses manifestations morbides.
En dehors de ce traitement, les psychoses épileptiques comportent leur traitement propre. Presque toujours elles nécessitent, par leur gravité et les actes dangereux auxquels elles entraînent, V internement.
Suivant les cas, on aura recours aux sédatifs, aux hypnotiques, à V alitement et surtout à la médication antitoxique.
ARTICLE II
On connaît les débats retentissants qui ont eu lieu en 1908 sur l'hystérie, à la Société de Neurologie, de Paris.
Les idées de Babinski, sinon le mot de pithiatisme, proposé
par lui, y ont généralement prévalu et on semble actuellem.ent vouloir réserver le nom d'hystérie ou de pithiatisme à l'ensemble des troubles susceptibles d'être reproduits par la suggestion et de disparaître sous la seule influence de la suggestion ou persuasion.
Le domaine de l'hystérie s'est trouvé ainsi rétréci et, dans une certaine mesure, précisé.
Toutefois, ainsi que cela a lieu le plus souvent dans les phases de réaction, il semble que certains aient dépassé le but en ne laissant subsister l'hystérie en quelque sorte que pour la forme et en contestant notamment l'existence de troubles psychiques hystériques et de délires h}'stériques qui, à notre avis, restent indéniables.
Tout en rendant hom.mage à l'important travail de revision de l'hystérie qui vient de se produire et qui constitue un véritable progrès, nous croyons donc, pour Tobserver de près et impartialement tous les jours, que, quelle que soit la façon dont on l'envisage, sous le jour ancien ou sous le jour nouveau, il y a une hystérie, et que cette hystérie, comme l'épilepsie, comnie la neurasthénie et la psychasthénie, s'accompagne fréquemment de troubles psychiques qu'il est intéressant et important de connaître.
Ces troubles psychiques, nous ne ferons que les résumer très succinctement, en y distinguant : l» les troubles psychiques élémentaires ; 2° les psychoses hystériques.
1° Troubles psychiques élémentaires. — Les troubles psychiques élémentaires comprennent ici : !« ïétat mental dans Vhystérie; 2° les idées fixes subconscientes ; 3° les hallucinations oniriques. Nous laisserons de côté les troubles psychiques élémentaires hés aux attaques, en particulier les troubles psychiques de la phase prodromique, qui sont connus de tous.
.4. Etat mental dans l'hystérie. — Il est des hystériques qui, tout en ayant des stigmates mentaux, ne présentent pas d'accidents mentaux (P. Janet), c'est-à-dire de troubles psy-
chiques proprement dits. Il en est de même chez qui l'impressionnabilité extrême de l'intelligence et de la sensibilité, résultat de la névrose, se traduit par des qualités supérieures d'esprit et de cœur, admirablement employées.
Ces déclarations préalables sont de nature à donner satisfaction à ceux qui, comme l'a fait récemment encore Colin dans son intéressant article du Traité de pathologie mentale de Ballet, protestent avec raison contre la tableau trop noirci et surtout trop généralisé qu'on fait habituellement de l'état mental des hystériques.
Il n'en est pas moins vrai que beaucoup d'hystériques ont un état mental à part, facilement reconnaissable, et qu'il convient, par suite, de le conserver dans les descriptions.
Dès le jeune âge, les futures hystériques — car nous parlons surtout ici des hystériques du sexe féminin — se font remarquer par des caractères particuhers. Ce sont, pour la plupart, des jeunes filles d'une grande vivacité intellectuelle, précoces à l'excès, impressionnables, coquettes, cherchant à fixer sur elles l'attention, habiles à feindre et à m.entir, sujettes en outre aux terreurs nocturnes, aux rêves, aux cauchemars. L'hystérie une fois établie, l'état mental et moral de ses tributaires se caractérise principalement, du côté de V intelligence, par une mobilité excessive qui fait que les malades n'ont aucun esprit de suite, aucune idée arrêtée, et que, tout en étant capables de déployer, à l'occasion, une intelligence cultivée, brillante, souvent caustique, elles sont absolument hors d'état de mener à bien une chose sérieuse. Avec cela une tendance très manifeste à la contradiction, à la controverse, aux idées paradoxales, à toutes les opinions et théories qui peuvent les distinguer et les mettre en évidence, comme aussi à V imitation, à la suggestibilité, à V auto-suggestion. Moralement, l'état est le mêm.e. Caractère bizarre, capricieux, fantasque, m.obile à l'excès ; sensibihté très vive et hors de proportion avec les événements ; changenients perpétuels et subits dans les sentiments, les affections ; enthousiasmes irréfléchis ; duplicité, mensonge, habileté à simuler, à tromper, à inventer, fourberie (mythomanie) ; propension brusque et intempestive aux actes les plus perver?
934 PSYCHOPATHIES DES MALADIES DU SYSTÈME NERVEL'X
et les plus criminels, comme aux actions d'humanité, de bravoure et d'éclat les plus méritoires ; besoin constant de mouvement, de se donner en spectacle, d'occuper l'entourage, le public, la presse, et par conséquent de provoquer des coups de théâtre ou de tisser les fils d'un roman inextricable ; rêves habituels, imagés, vivants, à type mystique, erotique, professionnel, zoopsique, très analogues à ceux des alcooliques et retentissant fréquemment sur la vie éveillée (Pitres, Escande DE Messières, Tissié, etc.), tels sont les caractères principaux de l'état mental des hystériques, et qui peuvent se résumer dans ce fait que tout, chez elles, est mobilité et contraste : idées, sentiments, affections, instincts et actes.
Quant à l'excitation sexuelle, considérée pendant longtemps comme le signe pathognomonique de l'hystérie, il faut reconnaître que son existence est loin d'être constante et qu'il y a souvent au contraire frigidité, avec ou sans pratiques anormales et perversions.
Tous ces troubles, qu'ils soient réunis au complet, ou, ce qui est plus fréquent, en partie seulement, révèlent en somme chez l'hystérique un m.anque absolu d'équihbre. Ils s'exagèrent presque toujours à l'occasion des divers événements de l'existence, surtout des grands processus de la vie génitale, comme grossesse, menstruation, ménopause.
Chez l'homme ils s'associent ordinairement à des symptômes de neurasthénie (Ch argot, Colin).
B. Idées fixes subco.nscientes. — L'influence des idées fixes subconscientes dans l'hystérie est des plus considérables à la fois sur la mentahté, sur les sentiments, sur le caractère et sur les actes. Leur rôle a surtout été mis en lumière par P. Janet qui leur a consacré quelques-uns de ses remarquables travaux de psychologie pathologique. Ces idées fixes, nées dans le subconscient nocturne ou diurne du sujet et non agrégées à sa personnahté principale, d'origine « polygonale », comme dit Grasset, constituent des personnahtés accessoires ou secondaires et déterminent des manifestations diverses, somatiques ou psychiques : anesthésies, hyperesthésies, para-
lysies, contractures, hémorragies, anorexie, insomnie, tics, obsessions, impulsions, hallucinations, délires.
Il convient d'être très averti en qc qui concerne ces idées fixes subconscientes, et y songer chez les hystériques toutes les fois qu'on se trouve en présence d'un tic, d'une obsession, d'une impulsion, d'une hallucination, d'un accès de déhre. Ces phénomènes, en effet, sont tellement variables de forme et d'allure qu'ils peuvent parfaitement être méconnus dans leur mécanisme pathogénique.
En général, cependant, ils ont un début brusque; ils ressemblent, par leur apparence consciente, aux déhres vésaniques, mais ils en diffèrent complètement par rimpossibihté où se trouvent les malades d'expliquer et de s'exphquer à eux-mêmes le point de départ et le mobile, demeurés subconscients, de leurs actes pathologiques ; ils peuvent enfin s'éclairer complètement, au point de vue de leur genèse pathologique, dans l'état de somnambulisme ou d'hypnose susceptibles aussi de les influencer favorablement.
C. Hallucinations oniriques. — ^ Les hystériques sont très sujettes à des hallucinations^ en dehors même de tout déhre proprement dit.
Ces hallucinations sont essentiellement oniriques, c'est-à-dire qu'elles se produisent soit la nuit dans l'état intermédiaire entre la veille et le sommeil, ou l'état de rêve, soit le jour dans un état analogue. Elles consistent surtout en visions, en apparitions colorées, mobiles, mais peuvent aussi affecter isolément ou simultanément plusieurs sens, en particulier le sens génital. Les m.alades ont souvent, à un degré variable, la notion du caractère pathologique de leurs halliicinations,- et certaines peuvent les provoquer à volonté, en fermant les yeux ou en se plongeant dans le recueillement, la méditation, l'extase. Il n'en est pas toujours ainsi cependant, et j'ai connu, entre autres, une hystérique qui, dans la journée, suivait de chambre en chambre, jusqu'à ce qu'elles disparussent à travers une porte, les apparitions fantastiques qui sur^saient à ses yeux, croyant que c'étaient des âmes.
Le type le plus fréquent de ces hallucinations isolées dos hystériques est celui que j'ai décrit sous le nom d'hallucinations oniriques ou du somj^ieil chez les mystiques. J'en rappelle les principaux traits :
« Le sujet est endormi, à demi éveillé ou plongé dans la méditation. Une apparition surgit à ses yeux, clos ou non, le plus souvent animée, et céleste, mais toujours environnée d'un^ clarté plus ou moins brillante. Quelle qu'elle soit d'ailleurs, limage ici n'est autre que le reflet fantastique d'une réahté déjà vue ou conçue et les personnages surnaturels qui apparaissent, toujours à peu près les niêmes, répondent habituellement au type conventionnel des descriptions ou des effigies qui les représentent.
" Il est rare que la scène se termine là. Même lorsqu'elle est muette, en effet, il se manifeste des signes sensibles : mots tracés, gestes, attitudes, changements à vue des éléments de la vision, comme dans les tableaux vivants, traduisant sous forme d'énigmes plus ou moins claires la volonté d'en haut. Mais presque toujours une voix s'élève et cette voix, après s'être fait connaître, dicte au malade, dans la langue mystique et sybilline des révélations, ce que le ciel attend de lui à travers mille obstacles et au péril même de sa vie, soit pour sa conversion, soit pour l'évangélisation des foules, soit pour le bien de la rehgion et de la patrie : en un mot, elle lui révèle, suivant sa constante et propre expression, la mission à la fois de souffrance et de gloire qu'il a désormais à remplir.
« D'habitude, le m.ys tique, humblement muet, recueille avec ferveur ces paroles qui lui serviront désormais de mot d'ordre et de but dans la vie. Parfois cependant il s'enhardit jusqu'à entrer en conversation avec l'apparition, et c'est alors, entr.^' elle et lui, une série de questions et de réponses exphcatives.
« Dans certains cas, surtout chez les hystériques, le rapprochement entre la créature et l'être surnaturel devient plus étroit ; il y a possession, avec sensation sexuelle désagréable s'il s'agit du diable, incarnation, avec sensation exquise s'il s'agit de Dieu. Enfin, surtout dans l'état extatique, le sujet n'est pas censé rester toujours immobile devant une scène
qui se déroule à ses yeux ; souvent, il croit lui-même se déplacer et être transporté dans les sphères aériennes, où il est admis à voir de près la majesté de Dieu, les puissances du ciel ou des morts qu'il a connus. C'est le ravissement de l'extase.
« Dès que la voix s'est éteinte et que la communication est terminée, la vision disparaît et avec elle la clarté qui l'accompagnait. La fm de la vision peut d'ailleurs coïncider avec des phénomènes harmonieux d'un timbre céleste ou, lorsqu'il s'agit de dém.ons, avec des bouffées de fumée et d'odeurs mauvaises trahissant les hôtes de l'enfer.
« Lorsque les hallucinations ont heu pendant le sommeil, elles se dissipent plus ou moins brusquement au réveil ; lorsqu'elles ont lieu pendant le jour, l'occlusion et l'ouverture des paupières, provoquées ou volontaires, ont une influence sur elles. »
D. Etats crépusculaires. — Les Allemands accordent une grande importance aux états crépusculaires parmi les troubles psychiques hystériques, et Laruelle, dans son remarquable rapport (C. B., 1908) les résume très clairement.
Ces états crépusculaires ou Dànunerzustànde, sont essentiellement caractérisés par une obnubilation de la conscience à début et à terminaison brusques, à durée restreinte, accompagnée fréquemment d'hallucinations et de perceptions fausses, et suivie d'amnésie plus ou moins totale. Ces Dâmmerzustânde peuvent apparaître au milieu du sommeil et se rapprochent alors, d'après Ziehen, des Traumwachen, états crépusculaires provoqués par un réveil brusque au cours d'un rêve et dans lesquels non seulement subsistent les représentations du rêve, mais apparaissent de nouvelles hallucinations, illusions ou perceptions fausses ; ils se rapprochent aussi des Schlaftrunkenheit, états psychiques précédant le som.meil complet ou suivant immédiatement le réveil et qui peuvent présenter les caractéristiques d'un Dâmmerzustânde.
Le syndrome de Ganser, que nous avons décrit plus haut (p. 141), n'est pas autre chose qu'un Dâmmerzustânde isolé par Ganser et rattaché par lui à l'hystérie.
PRÉCIS DE PSYCHIATRIE, 5« édit. 53
Ce n'est point là toutefois l'opinion d'autres auteurs allemands, tels que Nissl, qui en fait un signe de négativisme rentrant dans la catatonie, Ziehen, qui le considère comme une espèce de simulation pathologique, Kraepelin et Hey pour qui le " Vorbeireden » du syndrome de Ganser n'est pathognomonique ni de l'hystérie ni de la démence précoce, bien que plus spécial, accompagné ou non d'autres manifestations morbides, à l'hystérie et aux ahénés en prévention judiciaire.
2° Psychoses hystériques. — Les psychoses hystériques peuvent être divisées en trois catégories : 1^ les délires liés aux attaques ; 2^ les délires en dehors des attaques ; 3*^ les vésanies dans rhystérie.
A. Délires liés aux attaques. — Nous ne reproduirons pas ici la description, connue de tous, du délire qui accompagne les attaques d'hystérie. Il nous suffira de rappeler qu'il s'agit essentiellement d'un délire de rêve, à caractère nettement hallucinatoire ou à caractère de souvenirs ou de récits nionologués, d'où les noms de délire sensoriel et de délire de mémoire qu'on donne communément à l'un et à l'autre pour les distinguer. Au fond, il s'agit d'un même délire, mais répondant à des degrés différents de profondeur de rêve. Un des déhres les plus fréquents au sortir de l'attaque est le délire ecmnésique (Pitres), revêtant très souvent la forme du puérilisme mental de E. Dupré (Soullard, 1905). Inutile d'ajouter que ces délires ont un retentissement plus ou moins marqué sur la vie consciente du sujet et qu'ils sont plus ou moins complètement amnésiques.
B. Délires en dehors des attaques. — Les délires hystériques qui se manifestent en dehors des attaques sont, pour nous, les plus intéressants et ceux qui méritent le plus d'attirer notre attention.
De ce qu'ils se produisent en dehors des attaques, cela ne veut pas dire qu'ils n'aient aucune relation avec elles ; au contraire, Charcot a montré et ses élèves ont confirmé que ces
délires étaient presque toujours des délires d'attaques dans lesquelles les manifestations motrices étaient réduites au minimum ou faisaient même entièrement défaut, en un mot de véritables équivalents psychiques de l'attaque.
Nous pouvons reconnaître, parmi ces délires symptomatiques, plusieurs variétés, en particulier : le délire somnambulique, dont la manifestation la plus caractéristique est V automatisme ambulatoire ou fugue hystérique ; le délire d'extase, le délire prophétique, le délire d'auto et d' hétéro- accusation.
Nous nous bornerons, pour ne pas allonger indéfiniment cet article, qui est presque un hors-d'œuvre ici, à dire un mot des deux derniers. Nous avons d'ailleurs résumé plus haut, au paragraphe consacré à la sémiologie des Impulsions, les caractères distinctifs de la fugue somnambulique hystérique (p. 176). Quant au déhre de l'extase, il demanderait, pour être décrit, même succinctement, une longue étude spéciale.
a. Délire prophétique. — Le délire prophétique, bien que s'observant dans la folie, est surtout fréquent dans l'hystérie. En voici les principaux caractères, empruntés à la description que j'en ai tracée avec mon élève Prouvost (Th. B., 1896) :
« Le délire prophétique hystérique se présente à l'état isolé ou à l'état épidémique et naît soit spontanément, soit plus souvent par contagion. La crise, plus ou moins aiguë, débute absolument comme une crise d'hystérie, avec des prodromes identiques. Tantôt elle s'accompagne de phénomènes convulsifs et peut être considérée alors comme une véritable attaque d'hystérie dans laquelle la phase délirante et hallucinatoire occuperait une place prépondérante et presque exclusive; tantôt elle a lieu dans un véritable état d'hypnose. Cet état d'hypnose est provoqué dans certains cas par une personne étrangère ou par le barnum ; dans d'autres cas par le sujet lui-même qui, à sa volonté, peut entrer en crise par un moyen quelconque, soit en fixant simplement son regard, comme Berguille, soit en le convulsant en haut, comme M^i^ Couesdox. C'est ainsi qu'au bout d'un certain temps d'accoutumance et d'entraînement, les prophètes peuvent prophétiser, à la demande de chacun, un nombre infini de fois par jour, au besoin.
« Dans tous les cas, la phase prophétique est essentiellement constituée par un état de délire hallucinatoire, toujours le même chez les mêmes sujets. Il consiste dans une communication des malades avec le personnage divin qui les inspire. Cette communication peut s'opérer de deux façons différentes :
« Dans Tune, le sujet sert uniquement d'intermédiaire entre le pubhc et la divinité, entre l'interrogeant et l'interrogé. Souvent il i>oit la puissance avec laquelle il est en rapport, et cette apparition a les caractères des hallucinations visuelles des hystériques extatiques. Il peut avoir aussi des hallucinations des autres sens, mais ce sont les hallucinations auditives psychosensorielles qui dominent alors. Le prophète interroge la divinité qui l'inspire ; celle-ci, quand elle est bien disposée toutefois, lui intime sa réponse qu'il entend dans les deux oreilles ou dans une seule (hallucination unilatérale), comme une voix normale, et cette réponse il la communique à son tour aux intéressés dans le langage courant, parlant en son propre nom, ne faisant qu'interpréter la pensée d'en haut. Aussi sa formule habituelle est : « Dieu fait savoir, Dieu ordonne, Dieu dit... »
(' Dans l'autre mode de communication, la situation est toute différente. Ici, en effet, le sujet n'est plus un simple intermédiaire entre le public et la divinité ; celle-ci s'empare de lui, le pénètre et parle par sa propre bouche : c'est une incarnation, une possession véritables. Dans ce cas, le sujet n'a pas d'hallucinations visuelles. En revanche, il peut avoir d'autres hallucinations, notamment des hallucinations de la sensibilité générale ou cénesthésiques, qui lui font éprouver, du fait de sa possession délirante, les sensations internes les plus diverses, quelquefois les plus voluptueuses. Ce qui domine, ce sont des hallucinations parlées, qui revêtent le type psycho-moteur verbal et non plus le type psycho-sensoriel.
" Les malades n'entendent pas la divinité, personnage extérieur, parler à leur oreille ; ils la sentent en eux formuler intérieurement une réponse qui s'exhale par leur bouche. La conséquence, c'est que leur personnalité disparaît plus ou moins complètement dans cette incarnation. On comprend dès lors comment la divinité, parlant elle-même, s'exprime à la première
personne, et parfois tutoie les interlocuteurs (c'est le cas de Mil® CouESDON), interdisant à ceux-ci la réciproque; comment, obligée de parler un langage céleste et non le langage vulgairo des humains, elle emploie ces formules sybillines, récitatifs plus ou moins étrangement cadencés, rimes et psalmodiés, faits de conseils, de menaces et de prédictions, élevés ou vulgaires, qui sont le langage favori des prophètes de tous les ten^ps et de tous les Heux. On comprend enfin com,m.ent les sujets, dans cet étrange état psychique où leur moi est si profondément dissocié, peuvent parler en tant que divinité sans s'en rendre compte, niême au moment où les paroles prophétiques s'échappent de leur bouche. »
Deux symptômes accompagnent et suivent habituellement la crise de déhre prophétique : V insensibilité et V amnésie. Celleci seule est constante et plus ou moins absolue.
Il est inutile, pensons-nous, de discuter ici la valeur des prophéties des déhrants que nous étudions. La réalisation des événements annoncés a lieu ou n'a pas lieu, ce qui est le cas le plus fréquent, suivant le pur hasard. Ainsi que le disait justement BouRDiN à ce sujet, en parlant de Berguille : '< Les prophètes d'occasion mettent la main dans un sac qui contient beaucoup plus de mauvais numéros que de bons. »
Ajoutons que c'est le public qui fait et défait pour ainsi dire les prophètes et que le meilleur moj^en, par conséquent, de ne pas laisser s'aggraver et se propager les cas morbides de ce genre, c'est de séparer le sujet du public et le public du sujet, en un mot de faire autant que possible le silence autour de celui-ci. C'est juste le contraire de ce qui a lieu habituellement. De même, lorsque le délire prophétique a pris un caractère épidémique, le premier devoir des autorités et des médecins est d'isoler les uns des autres les co-déhrants, de les disperser avec la prudence nécessaire, au besoin d'interner monaentanément les plus m.alades. L'histoire montre que toutes les fois qu'on a agi ainsi, l'épidémie, attaquée dans son foyer, n'a pas tardé à s'éteindre.
b. Délire cC hétéro et d' auto-accusation. — • Un des délires les plus fréquents dans l'hystérie est le délire à' hétéro- accusation,
c'est-à-dire le délire consistant à accuser d'autres personnes de méfaits, de délits, de crimes soit imaginaires, soit réels, mais qu'elles n'ont pas commis.
Toutes les dénonciations calomnieuses des hystériques ne sont pas, il s'en faut, délirantes, et il en est qui ont pour motif de leur part la malignité, la haine et comme une sorte de besoin de nuire, parfois. L'hystérique excelle dans ces machinations et elle y apporte une habileté, une astuce, un machiavélisn^e dangereux et redoutables. Souvent cependant l'hystérique est de bonne foi et si elle accuse, c'est qu'elle est dupe de son délire ou de ses hallucinations. Charcot, Pitres, Cullerre et bien d'autres ont très justement attiré l'attention sur cette genèse de la dénonciation calomnieuse chez l'hystérique et il convient, par conséquent, de toujours l'avoir à l'esprit lorsqu'on se trouve en présence, dans la pratique, d'un fait de ce genre.
Ce qui prouve bien, du reste, que l'hystérique est parfois sincère en agissant ainsi, c'est que, dans certains cas, c'est ellemême qu'elle dénonce, malgré les risques qu'elle peut courir (délire d'auto-accusation). Il suffit de se rappeler les sorcières du moyen âge qui, tout en sachant le sort qui les attendait, n'hésitaient pas cependant à avouer leur présence à un sabbat purement hallucinatoire.
Il s'agit là d'hallucinations ou de déhres oniriques, s'imposant aux malades comme une réalité.
E. DupRÉ et son élève Manet (1903) ont attiré l'attention sur un état psychopathique plus complexe encore chez rhy.4érique, état dans lequel la malade accuse à la fois une personne étrangère et elle-même de la perpétration d'un déht ou d'un crime, le plus souvent d'ordre génital. C'est ce qu'ils appellent le délire d'auto-hétéro- accusation.
C. Vésanies dans l'hystérie. — De même que nous l'avons fait pour tous les autres états morbides précédents, nous n'avons parlé ici que des psychoses ou délires hystériques, laissant de côté les vésanies chez les hystériques.
Il va de soi, naturellement, que les hystériques ne sont pas à l'abri des vésanies ordinaires et qu'on observe chez ces malades
la ?nanie, la mélancolie, les délires systématisés, notamment le délire de persécution hypnophobique, la dégénérescence et la démence. On peut même ajouter que, ici comme ailleurs, le terrain n'est pas sans influer sur la psychopathie et lui imprime des caractères rappelant le fond hystérique sur lequel elle s'est grelïée.
Mais il ne s'agit pas là de folie ou de dégénérescence hystériques, à proprement parler. Il y a des hystériques aliénés, il y a des hystériques dégénérés ; niais l'hystérie n'est pas plus une folie qu'elle n'est une dégénérescence mentale, au sens où nous entendons ce mot.
3° Diagnostic. — IJ'état mental des hystériques, tel qu'il est résumé plus haut, a quelque chose de spécial.
Assurément, les particularités qui le constituent, prises Tune après l'autre, se retrouvent dans d'autres états pathologiques. Il en est ainsi, notamment, des anomalies du caractère, de l'humeur, des perversions instinctives et en particulier de la mythomanie et de la simulation, qui sont fréquentes chez les déséqui- Hbrés. Mais ce n'est pas une raison pour attribuer les troubles du caractère et de l'humeur des hystériques à un état concomitant de déséquilibration, de dégénérescence. D'autant que, sans conteste, l'hystérie imprime à ces anomaUes son enipreinte à elle. L'hystérique, dégénéré ou non, ne ment pas, ne simule pas, n'invente pas comme le dégénéré simple ; il a sa marque de fabrique, bien reconnaissable aux yeux de l'observateur attentif.
Les troubles psychiques plus marqués et les délires hystériques ont des caractères tout aussi spéciaux.
Ces troubles psychiques et ces délires, ordinairement consécutifs à une émotion, à un rappel d'émotion, ou, suivant les vues nouvelles de Babinski et Dagnax-Bouveret, à une idée suggérée avec coefficient cénesthésique ou affectif, débutent brusquement, se composent de scènes hallucinatoires aninaées et vivantes, durent peu, cessent rapidernent et sont suivis de dysmnésie ou d'amnésie. Par-dessus tout, ils ont des rapports étroits avec le subconscient, diurne ou nocturne, et notamment
avec les rêves, l'onirisme, l'état second, dont ils représentent de véritables manifestations, sous des formes diverses, entraînant nécessairement, comme le remarque récemment encore C. JuARROS (R. F. 1909), des modifications plus ou moins grandes de la personnalité.
Les délires hystériques ne peuvent guère être confondus, dans ces conditions, qu'avec les divers délires transitoires (délires épileptiques, délires toxiques, etc.), qui sont eux aussi, essentiellement, des délires oniriques hallucinatoires, subconscients et submnésiques. La distinction, parfois difficile, peut se faire néanmoins, par la constatation des antécédents, du substratum morbide en cause et aussi par certaines particularités symptomatiques soit de l'accès déhrant et de ses hallucinations, d'une physionomie souvent spéciale, soit des phénomènes névropathiques qui l'accompagnent.
Nous avons déjà vu {p. 386) que le début de la démence précoce est marqué parfois par des manifestations hystériques ou hystérif ormes, tant psychiques que somatiques. Il y a là un diagnostic des plus délicats et qui oblige à une grande réserve toutes les fois qu'on se trouve en présence de manifestations de ce genre, apparaissant sans motif apparent et sans grand éclat chez les adolescents.
Il faut se garder cependant d'aller trop loin dans cette voie et de mettre tous les accidents d'hystérie mentale des jeunes gens sur le compte soit de la dégénérescence, soit de la démence précoce.