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CHORÉE

B. Psychoses choréiql es. — On a, jusqu'ici, parlé de -< folie choréique », distinguée en <( manie » et « mélancolie ». J'estime qu'il faut aujourd'hui parler de confusion mentale, car c'est la confusion mentale, avec ses diverses variétés, qui constitue la psychose ordinaire de la chorée.

a. Confusion mentale agitée aiguë, délire aigu. — En dehors de l'état mental et des hallucinations ci-dessus indiquées, Marge a décrit, chez les choréiques, un état à: agitation aiguë. Cet état d'agitation aiguë n'est autre chose qu'une cojifusion mentale aiguë hallucinatoire allant parfois jusqu'au délire aigu. Tantôt, remarque Marge, il apparaît dès le début de la chorée avec une violence telle qu'il peut masquer les convulsions choréiques ; tantôt, et le plus souvent, il vient compHquer une chorée déjà existante.

Au point de vue de la forme, c'est, dans certains cas, l'agitation qui domine : le délire est incohérent, d'une violence effrayante, accompagné de cris rauques et inarticulés, de paroles sans suite, d'actes absolument désordonnés. D'autres fois, le délire se rattache d'une manière plus intime et plus visible aux hallucinations terrifiantes, dont l'exagération même lui donne naissance. L'état général est des plus graves ; le pouls dépasse 120 pulsations, la peau est brûlante, la langue sèche ; il y a du mâchonnement, de la sputation, une agitation terrible, des convulsions, du décubi'us aigu. A ce degré, la guérison peut avoir lieu, mais elle est rare et on observe alors soit un reliquat d'idées déhrantes, soit, comme après les infections graves, une hébétude profonde avec amnésie. Le plus souvent, les malades succombent au milieu de formidables accidents ataxiques qui se terminent en général par un coma profond. A l'autopsie, on trouve des lésions de méningite aiguë.

Il est impossible de ne pas être frappé de l'identité de ces caractères de la manie choréique, indiqués par Marge, avec ceux du délire infectieux. Toutefois, comme à cette époque l'hypothèse de la nature infectieuse de la chorée n'avait pas encore été émise, Marge rattachait ces troubles psychiques aigus et leurs lésions à des accidents cérébraux de rhumatism.e articulaire aigu.

Hes.nard a récemment publié un cas typique de ce genre (E. 1910) dans lequel il met bien en relief la nature infectieuse des troubles psychiques et des symptômes concomitants. Rémond et VoivENEL viennent également de publier un cas de délire aigu avec syndrome choréique et mort subite, à propos duquel ils tentent de différencier les troubles psychiques infectieux de la chorée, à forme confusionnelle, et les troubles psychiques dans la chorée, à forme vésanique.

b. Confusion mentale avec stupeur. — La psychose choréique peut se manifester non seulement sous forme de confusion mentale hallucinatoire agitée, de délire aigu, mais encore sous ceUe de confusion mentale avec torpeur plus ou moins prononcée ou même stupeur.

Cette confusion mentale avec stupeur est. je crois, assez fréquente. Le cas que j'ai pubhé en 1890 (A. M. P.) en est un exemple typique. Il y a heu d'étudier de plus près cette forme et de rechercher si elle n'est pas susceptible, en raison de ses caractèrts et de l'âge habituel des sujets atteints, de se terminer parfois par la démence précoce. Ce qu'il y a d'important, c'est que, dans cette forme stupide comme dans les formes agitées, les hallucinations sont dominantes et offrent le même caractère terrifiant. Le malade de mon observation en a fait lui-même une description des plus précises et des plus curieuses.

On consultera avec fruit, sur les troubles mentaux de la chorée, la récente revue générale de Marchand et Petit (E. 1912).

2° Pathogénie. — Les indications qui précèdent, bien que résumées, ne permettent plus de considérer les troubles psychiques des choréiques comme relevant de leur tempérament nerveux (Séglas, 1887), de la dégénérescence (Joffroy, 1885, 1891, 1892, 1893, et Breton, 1893), de la puberté, produisant, par son action sur deux régions différentes du système nerveux, une folie musculaire (chorée) et une folie psychique (manie) Mairet, 1889).

Il est de toute évidence que, depuis l'asthénie et l'hébétude des malades légèrement troublés dans leur état mental jusqu'à

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la confusion hallucinatoire aiguë, le délire aigu, la stupeur, en passant par les hallucinations oniriques, il s'agit là de troubles psychiques nettement toxiques.

Il y a là, ainsi que Fa fort bien vu Mobius, un argum?nt de plus à l'appui de la théorie infectieuse de la chorée. Et si, suivant l'idée de Mairet, les troubles psychiques de la chorée sont dus, de même que ses troubles moteurs, à la puberté, il est permis de supposer que ce processus chmatérique agit ainsi, comm.e on le suppose pour la démence précoce, par la voie de l'auto-intoxication.

3° État mental dans la chorée chronique ou de Hiintington. — Les descriptions ci-dessus s'appliquent spécialement à la chorée vulgaire ou chorée de Sydenham. Mais les autres formes de chorée peuvent s'accompagner aussi de troubles psychiques.

La plus intéressante à ce point de vue est la chorée chronique ou chorée de Huntington. Les troubles psychiques y sont en effet pour ainsi dire constants, prédomdnants, héréditairement primaires, comm.e dit Rossi (1904), les mouvements choréiques n'étant que secondaires. Ces troubles consistent essentiellement dans un affaiblissement progressif de l'intelligence, aboutissant parfois à une démence absolue.

Leur début est lent : ils s'ouvrent par de la tristesse, des préoccupations hypocondriaques. Puis un afïaibJdssement croissant des facultés se manifeste, auquel il se joint, dans certains cas, de la mélancolie, des idées de suicide, de V irritabilité, de la tendance à la violence, plus rarement des idées de persécution, de grandeur, des hallucinations.

Parfois l'état représente plus ou moins exactement le tableau du syndrome paralytique.

On ne saurait mieux caractériser l'état mental de la chorée chronique par rapport à celui de la chorée de Sydenham, qii'en le comparant à ce qu'est l'état mental de l'alcoolisme chronique vis-à-vis de l'alcoolisme aigu.

Les plus récentes études sur la chorée de Humi^gton, tettes que celles de Léri et 'Vtjbpas, de Saixton, de Chatelin,

confirment et mettent en relief la fréquence, l'importance et les caractères des troubles psychiques qui l'accompagnent.

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