‹ Précis de psychiatrieChapitre 21 sur 278 · QUATRIÈME EPOQUE : ÉPOQUE MODERNE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME EPOQUE : ÉPOQUE MODERNE

. En France, Esquirol, né à Toulouse en 1772, avait succédé à Pin EL, et Timportance de son action fut aussi grande sur la médecine mentale proprement dite que celle de Pinel l'avait été sur la condition morale et le traitement des aliénés.

Gomme philanthrope et comme réformateur, il continua l'œuvre de Pixel, contribua à la construction et à l'organisation de nombreux asiles, dont il dressa lui-même les plans, améliora de plus en plus le sort des aliénés, enfin, prépara de longue main, par ses voyages et ses écrits, le mouvement qui aboutit à la fameuse loi de 1838, qui a rendu de si grands services et à laquelle collaborèrent activement Falret père et Ferrus.

Gomme savant, Esquirol quitta le domaine de la spéculation pure pour s'attacher surtout à l'observation et à la clinique, traça d'admirables tableaux des principales formes de folie auxquelles il ajouta la monomanie, enfin soupçonna l'existence de la paralysie générale.

Gomme maître, il forma ou dirigea une magnifique pléiade d'élèves, qui s'illustrèrent à leur tour.

- A Gharenton, c'est Bayle, Délaye, Georget, Foville père et Galmeil, qui découvrent et décrivent les symptômes et les lésions de la paralysie générale.

A la Salpètrière, c'est Trélat, qui trace l'histoire de la jolie lucide ; Félix Voisin, qui fait une étude approfondie de Vidiotie ; Falret père, qui combat la doctrine des monomanies et, saisissant toute l'importance de l'évolution dans les maladies mentales, met au jour sa folie circulaire à peu près au même moment où Baillarger produisait sa folie à double forme ; c'est Leuret, le promoteur, trop attaqué peut-être, du traitement moral ; c'est Baillarger, dont les découvertes cliniques, dans le domaine des vésanies comme dans celui de la paralysie générale, ne se comptent plus.

G'est encore Marc et Fodéré, les rénovateurs de la médecine légale des aliénés ; Ferrus, Parchappe, Renaudin, savants doublés d'administrateurs habiles, qui réorganisent les asiles d'aliénés ; c'est, à l'étranger, Gonolly, Guislain, Rush, Gasper, Griesinger, etc., dont l'action sur l'étude et le traitement de l'aUénation mentale en Angleterre, en Bel-

20 IXTRODUCÏIOX HISTORIQUE

gique, en Amérique, en Allemagne, a été plus ou moins comparable à celle de Pinel et d'EsQuiROL.

Sous une telle impulsion, la Psychiatrie a vu et voit de plus en plus s'accumuler, en tous pays, les recherches et les progrès.

Parmi les grandes questions sur lesquelles se sont particuhèrement portés les efforts, durant ce laps de temps, nous rappellerons : celles relatives à Vhérédité, aux états dégénératifs, au myxœdème ; aux délires systématisés, à la confusion mentale, à la démence précoce ; à l'étiologie, à la pathogénie, à l'anatomie pathologique, à la forme juvénile de la paralysie générale ; aux délires des névroses, aux idées fix^s, aux obsessions, aux impulsions, aux perversions sexuelles; aux psychoses d^ intoxications, exogènes et endogènes et aux psychoses d' infections ; à la psychopathologie judiciaire ; au traitement législatif, hospitaher, famihal, hygiénique, moral, médical et chirurgical des aliénés ; enfin à renseignement des maladies mentales.

L'étude de ces difïérents problèmes, qui embrassent, comme on le voit, la presque totalité du champ psychiatrique, est due en grande partie à ceux qui furent ou sont encore nos maîtres, et parmi lesquels nous citerons, pour ne parler que des morts : Brierre de Boismomt, Lucas, Moreau de Tours, Marge, MoREL, Ch. Lasègue, Legrand du Saulle, Delasiauve, Jules Falret, Lixas, Lumer, Billod, Ach. Foville, Co- TARD, LuYs, Ball, Charcot, Joffroy, Motet, Raymond, etc., pour la France ; Magnus Huss, Westphal, Krafft-Bbing, Hack Tuke, Biffi, Verga, Seguin, Korsakoff, Ingels, etc., pour l'étranger.

S'il était permis de dégager d'un mot la caractéristique de cet immense labeur d'hier et du mouvement actuel qui en résulte, nous dirions qu'elle consiste en une tendance croissante à appliquer à la psychiatrie les données et les méthodes scientifiques de la pathologie générale contemporaine.

La psychiatrie a cessé d'être un pur chapitre de la philosophie. Elle est maintenant et elle sera de plus en plus une branche à la fois psychologique, clinique, anatomique et sociologique de la science médicale, ou, pour mieux dire, de la biologie.

Page 1