‹ Précis de psychiatrieChapitre 213 sur 278 · A) — HOPITAL · texte numérisé non relu

A) — HOPITAL

EsQuiROL, le grand promoteur de l'isolement dans les asiles, avait déjà fait remarquer que cette mesure n'était pas applicable à tous les sujets atteints de psychopathie, notamment à ceux dont le trouble mental tenait à une maladie fébrile. « Tout individu qui a du délire, disait-il, ne doit pas être isolé, car au début, l'aliénation mentale simule souvent le délire aigu et fébrile. Il est facile de s'en laisser imposer à • et égard et Terreur n'est point indifférente ; elle compromet la santé du malade, elle expose le médecin à des regrets et au blâme. Lorsqu'on est appelé auprès d'un m.alade qui a du délire, il ne faut pas se hâter de se prononcer. Il m'est arrivé d'être appelé pour des cas semblables et de m'étre opposé à 'isolement qui paraissait très urgent, à cause de la violence du délire. )>

Ces réflexions d'EsQuiROL sont absolument justes. Malheureusement l'erreur qu'il signalait est encore possible de nos jours, ainsi que nous l'avons vu au chapitre des Infections aiguës (p. 715). Cela vient de la hâte mise le plus souvent à envoyer dans les asiles tout délirant, même aigu, et aussi il faut bien le dire, de l'absence de lieu d'observation préalable pour cette catégorie de sujets. Aussi réclame-t-on, dans tous les pays et de tous côtés, depuis vingt ans, des salles spéciales d'isolement dans les grands hôpitaux, et le Congrès des aliénistes et neurologistes français, se faisant l'interprète autorisé de ce desideratum général, a émis en 1901 le vœu suivant : •( Il est désirable qu'il soit créé dans les hôpitaux des salles d'isolement pour l'observation des malades délirants ou agités et que ces malades ne soient transférés dans les asiles qu'après ahénation mentale confirmée. » Cette lacune est déjà comblée dans un certain nombre d'hôpitaux à l'étranger.

Je ne saurais énum.érer toutes les grandes villes, surtout anglaises, écossaises, anglo-am.éricaines, aujourd'hui pourvues de cet organisme hospitalier indispensable. Qu'il me suffise d3 citer la ville d'Albany (Etats-Unis) où le D^ Mosher dirige depuis douze ans, à l'Hôpital général, un pavillon spécial pour psychopathies aiguës, légères ou en observation, qui a déjà donné les meilleurs résultats (Voy. A. M. P., juillet 1912).

En France, Bordeaux a donné l'exemple en créant dès 1902, à l'hôpital Saint-André, un service d'isolement de délirants qui, tout en pern^ettant un triage et une observation attentive de ces malades, est pour moi le plus précieux des éléments d'enseignement. Depuis, un service du même genre a été organisé à l'Hôtel-Dieu de Paris ; d'autres se sont également fondés ou sont en voie de fondation de divers côtés, dans nos hôpitaux généraux, en province aussi bien qu'à Paris.

Un autre progrès tend à se réaliser dans cette voie : c'est la création d'hôpitaux pour malades mentaux. Il ne s'agit pas ici d'hôpitaux d'ahénés pour fohes aiguës, avec internement, établissements qui auraient aussi leur utilité et que bien des psychiatres réclament, mais d'hôpitaux sans internement pour états m.entaux au début et de toutes formes, même les plus légères.

Ces hôpitaux <( ouverts » pour maladies mentales préconisés en France par Toulouse et par A. Marie (1904-1905) existent déjà dans certains pays étrangers, notamment dans les colonies anglaises, qui ont organisé sur les bases les plus nouvelles et les plus perfectionnées leur assistance psychiatrique, comme l'Austrahe. Il y a là toute une gamme d'organismes, se combinant et se complétant de la plus façon la heureuse et la plus efficace : 1» le service des délirants temporaires des hôpitaux généraux ; 2° l'hôpital pour malades mentaux « sans certification » ; S'ï l'asile d'aliénés proprement dit.

En attendant que notre assistance psychiatrique soit ainsi rajeunie et perfectionnée, dans quels cas doit-on surseoir au placement d'un délirant dans un asile d'aliénés pour l'observer et au besoin le traiter à l'hôpital, c'est-à-dire comment en principe éviter l'erreur, signalée par Esquirol et tant

d'autres, d'interner un malade au début d'une fièvre typhoïde, d'une pneumonie, d'une grippe, ou simplement atteint d'un délire toxique transitoire ?

C'est là un diagnostic que tout médecin, le médecin praticien surtout, doit être en état de faire et qui, quoi qu'on en ait dit, est relativement aisé, si l'on a présentes à l'esprit les conclusions du travail de Viallon, élève de Pierret, sur les inconvénients et les dangers de l'internement chez les délirants avec états physiques graves :

« 1° Xét^essité absolue pour le m.édecin, avant de délivrer un certificat concluant à l'internem.ent, de rechercher si le délire n'est pas provoqué par une maladie aiguë infectieuse ;

20 Différer toujours l'internem.ent si le malade a delà fièvre, de l'albumine, s'il présente de l'asystolie ou tout autre trouble organique grave, s'il est dans un état cachectique avancé '■>

30 Redoubler surtout de prudence dans les cas de confusion mentale hallucinatoire avec agitation nocturne » (et j'ajoute si le début du délire a été brusque, violent et s'est accompagné d'une diminution de l'excrétion urinaire) ;

40 « Etre très réservé quand il s'agit de l'internement des séniles qui, le plus souvent, sont atteints de lésions organiques graves et dont plusieurs ne délirent qu'à la suite de lésions pulmonaires, cardio-vasculaires et rénales ;

50 S'il nous était permis de formuler un desideratum, nous demanderions qu'il soit créé en dehors de l'asile, à l'hôpital par exemple, comme l'a demandé M. Récis au Congrès de Limoges à propos du délire aigu, un service d'adm.ission où seraient retenus tous les délirants fébriles, tous les intoxiqués, les cachectiques séniles, malades ne pouvant être gardés dans leurs familles. On éviterait ainsi à ces malheureux, curables à brève échéance ou destinés à une mort prochaine, un internement préjudiciable à eux ou à leur descendance. »

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