D) — ASSISTANCE FAMILIALE
L'assistance familiale des aliénés consiste dans leur placement dans des familles. L'origine de ce mode d'assistance est la vieille colonie belge de Gheel, qui date de temps immémorial. Là, les aliénés, au nombre de près de 2.000, sont répartis dans une commune de plus de 10.000 hectares dont le cheflieu comprend à lui seul 5.000 habitants. Ces aliénés se divisent en pensionnaires qui sont reçus chez des hôtes et en indigents, reçus chez des nourriciers. Une infirmerie centrale est destinée aux malades en observation, ainsi qu'à ceux qui ont besoin d'une surveillance et de soins spéciaux. Une colonie analogue s'est fondée en 1884 à Lierneux, dans les Ardennes belges et, en peu de temps, elle est devenue très prospère. L'Allemagne, l'Ecosse, la Russie possèdent aujourd'hui de ces colonies familiales et la France en a trois : celles de Dun-3ur-Auron, de Chezal-Benoît (Cher) et de Ainay-le- Château (Allier), qui reçoivent des aliénés du département de la Seine.
A côté de ces colonies familiales organisées en véritables
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asiles et qui se suffisent à elles-mêmes pour ainsi dire, il faut citer Visolement familial individuel. Ici le placement des aliénés se fait encore dans des familles étrangères de pays agricole, généralement et de préférence à proximité et à portée d'un asile ; mais ce placement est purement individuel et il n'y a rien qui rappelle la réunion des aliénés en colonie agglomérée. Ce genre d'isolement est très pratiqué en Ecosse sous le nom de private dwelling system (système de l'habitation privée).
L'assistance familiale est, à tous les points de vue, dans la mesure et dans la forme où elle est réalisable, une excellente méthode. Non seulement en effet, comme l'observe Ch. Féré dans la 3^ édition de son ouvrage sur le " Traitement des aliénés dans les familles » (1905), elle rend possible, pour certaines catégories de malades, l'isolement sans la séquestration, mais encore elle permet d'éliminer des asiles beaucoup d'aliénés incurables qui les encombrent et leur ôtent leur véritable destination, celle d'hôpitaux de traitement, en plaçant ces aliénés incurables, de façon souvent économique, dans des conditions de vie morale et matérielle supérieures.
Au reste, sous l'impulsion surtout de A. Marie, qui en a été le véritable organisateur en France, on tend à étendre cette méthode à d'autres catégories d'infirmes que les aliénés, notamment aux vieillards. On essaie même, lorsque le cas le permet et comporte avant tout une assistance pécuniaire, délaisser l'aliéné dans sa propre famille, en allouant à celle-ci tout ou partie des frais de son entretien à l'asile. C'est le placement dit homo-familial par opposition au placement hétéro-familial ou dans une famille étrangère. Cette assistance homo-familiale, qui ne réalise pas d'ailleurs un véritable isolement, se heurte à des difficultés soit d'ordre pratique, soit d'ordre administratif, et il serait nécessaire, si elle est destinée à se répandre, d'en organiser l'application.
Nous avons surtout visé dans les lignes précédentes le placement familial des aliénés indigents. Mais il est clair que ce mode d'isolement peut rendre les mêm.es services pour les aliénés de la classe aisée, chez lesquels il est d'exécution plus
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faciîe. Depuis longtemps en Angleterre et depuis quelque temps en France, certaines familles s^offrent à recevoir chez elles des malades d'esprit dont l'état comporte l'éloignement de leur milieu sans nécessiter l'internement. Quelques médecins de la cam.pagne entrent aujourd'hui dans cette voie et prennent ainsi chez eux un ou deux pensionnaires de ce genre {mélancoliques simples, aliénés chroniques, déments, dégénérés et arriérés, etc.), lorsqu'ils sont inofïensifs. C'est là, toutes les fois qu'il est possible, un mode d'isolement excellent et que nous ne saurions trop recommander. Mais il est clair que le médecin, dans ce cas, ne doit pas se borner à être l'hôte du m.alade ; il doit aussi devenir son directeur thérapeutique et, par suite, posséder en psychiatrie des connaissances théoriques et pratiques suffisantes pour mener à bien un traitement très spécial et qui doit varier avec chaque forme de maladie et avec chaque malade. Le mieux est pour lui de s'entendre à la réception de tout pensionnaire, pour le plan à suivre, avec un spéciahste autorisé.
El — ASILES ET ÉTABLISSEMENTS SPÉCIAUX