‹ Précis de psychiatrieChapitre 221 sur 278 · PSYCHOTHÉRAPIE · texte numérisé non relu

PSYCHOTHÉRAPIE

défaut de ce lit, on peut placer dans un lit ordinaire, au lieu d'un grand n^atelas, trois petits matelas rangés côte à côte. Celui du milieu fait en varech, paille, balle d'avoine ou zostère, est destiné à être souillé et est remplacé tous les jours. Audessous, on peut disposer, sur le som.mi?r ou sur la paillasse en paille de blé ou de maïs, une toile imperméable en caoutchouc. On peut également employer les matelas à air ou à eau. Mais le meilleur moyen, quand on n'a pas de véritable lit de gâteux à sa disposition, consiste à placer sous le drap une large et épaisse toile de caoutchouc munie, dans son milieu, d'un tuyau en forme d'entonnoir qui, s'enfonçant au centre du matelas et du sommier, conduit directement l'urine dans un récipient. On peut, grâce à ce procédé pratiqué convenablement, utiliser tous les lits quels qu'ils soient et c'est à lui que j'ai constamment recours pour les aliénés gâteux que j'ai à traiter dans une maison particulière.

On arrive de la sorte à faire coucher le malade sur un ht toujours sec et sain et à prévenir dans une large mesure, avec les adjuvants de propreté habituels, les plaies et les escarres.

Bi — AGENTS PSYCHIQUES PSYCHOTHÉRAPIE

Le traitement moral et la suggestion représentent les deux principaux agents de la thérapeutique psychique ou psychothérapie chez les aliénés.

1*^ Traitement moral. — Le traitement m.oral se confond avec la direction morale. La direction morale est, avec l'isolement, un des agents les plus importants de la cure en psychiatrie. Elle ne doit appartenir qu'au médecin, seul en mesure par sa situation, sa profession, son autorité et son caractère, de la mener à bien. La direction morale consiste donc, en fin de compte, dans l'action psychique que le médecin exerce ou. fait exercer sur le malade dans le but d'arriver à la guérison. Toutes les affections mentales ne comportent pas, à cet égard, les mêmes indications, et il en est qui sont plus particulière-

980 THERAPEDTIÔCfi PSYCfllATRIQCE

ment susceptibles d'être influencées par ce mode de traitement. Telles la mélancolie, la confusion nientale, la dégénéresce»ce, etc.

L'action médicale s'exerce de façon bien différente suivant Jes cas et elle demande un tact, une habileté, un savoir-faire qui fie s'acquièrent qu'au prix d'une longue habitude.

On peut dire sans exagération que le médecin, par sa seule présence et l'influence dont il dispose vis-à-vis de ses malades, peut beaucoup sur leur guérison.

En règle générale, il doit leur témoigner la plus grande politesse et la plus grande sympathie. Pour si absorbés qu'ils soient, en effet, par leur délire, les aliénés sont toujours sensibles aux prévenances et aux marques <i'intérèt qu'on leur prodigue, et c'est là un des meilleurs moyens de gagner leur bieflveillânce et <ie pénétrer dans leur esprit. Il faut les écouter, les traiter avec autorité quoique avec douceur ; leur faire sentir qu'ils ont dans leur médecin un conseiller, un appui moral ; fie pas se moquer ouvertement de leurs conceptions, même les pJits déraisonnables, ni les lieurter trop carrément de front ; se garder cependant de les approuver et de considérer leur délire comme l'expression de la réalité ; diriger et réglementer avec opportunité et sagacité les eatrevnes avec les parents ou les amis, la correspondance, les occupations, les distractions (travail manuel et intellectuel, promenades, peinture., dessin, musique, chant, spectacles, exercices religieux, etc., etc.) ; les encourager lorsqu'ils commencent à douter et faire pénétrer, peu à peu, la vérité dans leur esprit ; dans certains cas, lorsque leur obstination, leur indocilité, leur persistance dans une idée fixe ou l'accom.plissen^ent d'un acte morbide Texigent, chaii^er d'attitude, faire acte d'autorité, se montrer sévère et parler haut, sans toutefois en venir jamais aux procédés violents. Tous ces moyens sont excellents et ont une grande valeur entre les mains de praticiens expérimentés ; mais ce sont des armes à deux tranchants, qu'il ne faut employer qu'avec prudence et à bon escient. On sait que Le uret avait fait du raisonnement et de l'intimidation la base d'un traitement systématique qu'il appelait traitement moral. Ce traitement cousis-

PSYCHOTHERAPIE 981

tait» en fin de compte, à convaincre 4e gré -ou de force l'aliéné de ses erreurs. Erigé en principe unique, ce système n'est évidemment pas acceptable et, d'ailleurs, il n'est guère susceptible de produire des résultats bien satisfaisants. On rebute ainsi les malades, on les humilie, on les aigrit, on les oblige à se reconnaître délirants sans les convainore. Car il ne faut pas connaître les aliénés pour ne pas savoir que leurs erreurs ne sont pas de celles qu'on arrache de vive force et qu'il faut les laisser s'user elles-mêmes et disparaître spontanément.

2'' Suggestion. — La suggestion thérapeutique peut se pratiquer comme on sait de deux manières ; soit pendant la veille^ soit pendant Vétat hypnotique. La première est aussi ancienne que la médecine elle-même et beaucoup de remèdes lui doivent, en tout ou partie, comme Font bien montré Hack TuKE et Parant, leur efficacité. Ainsi d'ailleurs que le fait remarquer Doutrebente, l'action morale du médecin sur les aliénés n'est pas autre chose qu'une action suggestive, une suggestion à l'état de veille. Quant à la suggestion pendant l'hypnose, son action eh psychiatrie est contestable. A priori il est logique de penser qu'un moyen de ce genre qui est susceptible de modifier les idées, les sentiments et jusqu'à la personnalité d'un individu, peut refaire ce qu'il défait, c'est-à-dire ramener à l'état normal les idées, les sentiments et la personnalité de celui qui les a perdus. Malheureusement, l'expérience paraît avoir jusqu'ici répondu négativement, au moins dau'S la plupart des cas.

C'est Auguste Voisin qui a tenté le premier l'application de la suggestion hypnotique au traitement des maladies mentales. Depuis, un grand nombre d'auteurs, français et étrangers, ont fait connaître les résultats de leur propre expérience à cet égard. 11 résulte de l'ensemble de ces travaux que — comme l'avait fait entrevoir Bernheim et comme je l'avais nettement indiqué déjà en 1884 en réponse à^ Auguste Voisin — les aliénés sont le plus souvent réfractaires à l'hypnotisme et que seuls les hystériques, les dipsomanes et certains obsédés et

impulsifs paraissent susceptibles d'entrer en hypnose et de bénéficier de la suggestion. Voici du reste les conclusions, fort judicieuses, du travail de Seppili :

10 La suggestion hypnotique ne peut pas être instituée conime un moyen de traitement des maladies mentales, à cause de la difficulté d'hypnotiser l'aliéné ;

20 Les résultats les plus certains de la suggestion hypnotique thérapeutique ont été, jusqu'à présent, obtenus dans les psychoses dépendant de l'hystérie ou de la dipsomanie ;

30 La suggestion hypnotique peut être employée lorsque l'ahéné s'y soumet bénévolement et en retire du profit. Le praticien s'en servira avec une grande prudence et tiendra com.pte des effets nuisibles qui, dans certains cas, peuvent se produire ;

40 La suggestion thérapeutique faite pendant l'état de veille est le moyen le plus utile et le plus efficace de traiter les maladies mentales et c'est presque à elle seule que sont dus les effets salutaires de l'asile, qui présentent un caractère réellement suggestif ;

50 Dans les cas de mélancolie sans délire, d'idées fixes, d'alcoolisme et de forines légères de stupeur, la suggestion répétée avec méthode pendant l'état de veille, dans le but de combattre les phénomènes morbides, peut être efficace ;

60 Dans les formes chroniques et de paralysie, la suggestion n'a jamais donné de résultats favorables.

Les conclusions de Seppili restent toujours vraies. Notons simplement que dans ces dernières années la suggestion hypnotique a été appMquée de façon plus générale et plus fructueuse aux psychoses alcooliques et qu'elle a été également employée avec succès, comme je l'ai montré, dans la cure des délires oniriques d'auto-intoxication et d'infection et des idées fixes postoniriques.

Page 1