ALITEMENT
1*^ Alitement. — Le séjour prolongé au lit avait été préconisé à titre de traitement dans certains états psychopathiques par divers auteurs, en particulier par Guislain. On sait aussi qu'il fait partie du traitement de la neurasthénie formulé par Weir-Mitchell.
Depuis quelques années, cette méthode thérapeutique a pris dans la psychiatrie, notamment en Allemagne, en Russie, en Suisse, en Hollande, enfin en France où elle a été importée et préconisée surtout par Sérieux et par Magnan (Voy. Magnax, A. M., 1912), une importance considérable et justifiée. Dans la plupart des asiles aujourd'hui, des salles sont aménagées en vue du traitennent systématique par le lit.
L'action favorable de l'alitement s'exerce principalenient sur l'agitation et sur l'état de la nutrition. Il calm.e et repose le malade, et par suite réduit au minimum chez lui la consommation morbide des forces. Il agit en outre sur son moral en contribuant à lui suggérer l'idée qu'il est atteint d'une maladie ordinaire et traité conime à l'hôpital. Ajoutons que l'aUtement facilite beaucoup la surveillance des aliénés et leur traitenient médical, tant physique que mental.
Les inconvénients qui ont été signalés comme conséquence de l'alitement prolongé : perte de l'appétit et du somm.eil, constipation, etc., sont parfois réels ; mais il est facile en général de les atténuer et n^ême de les supprimer. Quant à l'anxaigrissement et à la diminution des forces, il est possible de les constater dans les premiers tenips du séjour au Ht ; mais plus tard il se produit au contraire une augmentation de poids.
Les règles de la cure d'alitem.ent ou clinothérapie ne sont pas encore définitivement établies, et on n'est pas tout à fait d'accord notanum.ent sur le point de savoir si l'alitement doit être pratiqué en salles communes ou en charnbres isolées, ou mênae, dans certains états aigus, enpleinair (Cornu, A. M. P. 1911); si les mialades agités et calnaes doivent être réunis ou séparés; si le séjour au lit doit être continu ou au contraire interrompu pour un temps dans la journée et coupé par des pronienades, suivant la méthode écossaise rapportée en France par Toulouse. De même en ce qui concerne la durée maxima de cette
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cure qui. pour Sérieux, ne doit pas se prelonger au delà de deux mois. En principe, toutes ces indications doivent varier nécessairement suivant les cas.
Les psychoses susceptibles de bénéficier du traitement par l'alitement sont — cela résulte des effets mêmes de cette m.éthode — les psychoses aiguës généralisées : maniaques, mélancoliques, toxiques et infectieuses. Les psychoses chroniques, où il a été étudié par Wurth et les psychoses partielles ou systématisées, dans lesquelles l'activité générale et les fonctions organiques ne sont pas troublées, ne sauraient être sérieusement influencées par lui. Tout au plus pourrait-on l'utiliser dans les épisodes aigus des psychopathies chroniques, ainsi que dans les accès déUrants de la paralysie générale.
L'alitement est donc l'élém.ent par excellence de la cure des psychoses toxiques et infectieuses, c'est-à-dire de la confusion mentale aiguë, du délire onirique hallucinatoire, de la stupidué, du délire aigu, de la démence précoce, form.es psychopathiques dans lesquelles les troubles généraux de l'organisme sont au maximum. Il convient parfaitement aussi aux étals mélancoliques, en particuher, comme l'ont indiqué depuis longtemps Belle et Lemoixe, dans les formes anxieuses et stuporeuses.
On peut l'appliquer aussi à la manie aiguë et il est certain que lorsque le malade accepte de rester au lit, son agitation s'atténue et son accès s'abrège. Mais il est souvent très difficile d'obtenir cette immobihté lectuaire de la part de maniaques violemment agités, que leur maladie pousse précisément à une action incessante et désordonnée. Il en est qui se relèvent constamment quoi qu'on fasse et l'action des sédatifs dont on peut s'aider n'est jamais chez eux que temporaire. Chez ces malades, le bain très prolongé nous paraît préférable, jusqu'au moment tout au moins où l'alitement devient possible.
En soniiîie, les indications de l'alitement se résument dans la formule schématique suivante, de Sérieux : « Que le cerveau >oit surmené i ar le fonctionnement exagéré des zones motrices état maniaque), sensitives (mélancohe), sensorielles (états hallucinatoires), ou que son activité soit suspendue par l'action
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d'un toxique (confusion, catatonie), dans tous ces cas il est urgent de laisser reposer l'organe intoxiqué ou surmené afm de permettre le retour à l'état normal des mutations nuti'itives du neurone. »
2° Balnéothérapie. — Les bains ont été de tout temps en honneur dans la thérapeutique psychiatrique et ils en sont l'un des élénients principaux. On les a surtout employés à titre de sédatif dans les états d'agitation.
Certains auteurs français tels que Bhier^e de Bois- MO-NT (1847), EoNNEPous (1869), avaient même préconisé les bains longuem.ent prolongés dans les formes aiguës de la folie et en particuher dans la manie. Mais cette pratique ne s'était point généralisée et n'avait point été érigée en méthode spéciale de traitement, convme elle tend à l'être aujourd'hui en Allemagne où elle a été reprise et expérimentée, dans ces dernières années, sous l'impulsion de Beyer (1893), de Kraepe- LiN (1902), de WûRTH (1902).
Le bain prolongé, suivant le système actuel, doit être très long. Les uns donnent des bains de six heures ou mieux de douze heures, répétés tous les jours ou toutes les nuits. D'autres font vivre le malade au bain pendant plusieurs journées, plusieurs semaines de suite. 11 va de soi que cette cure par le bain permanent nécessite des dispositions et une surveillance appropriées, destinées à permettre le renouvellement régulier de l'eau, l'alùnentatiou ou le sommeil de Taliéné dans son bain, enfin une intervention immédiate en cas de nialaise, et en particulier de syncope.
Les malades, même agités, acceptent généralem.ent assez volontiers ce séjour prolongé au bain. Ils en sortent parfois, mais si l'on a soin de laisser aux hommes comme aux femmes une chemise longue à plis flottants qui les gêne et les refroidit aussitôt debout, ils s'y remettent d'eux-mêmes, dans certains cas.
D'autre part, ces l)ains seraient très bien supportés par eux et sauf une macération des mains et des pieds sans iniportance» minime d'ailleurs si l'on prend la précaution d'enduire le corps
d'huile (G. Campbell), ils n'en éprouvent rien de fâcheux. En revanche, ils en retirent de bons effets, en particulier du calme et du sommeil.
Toutefois WûRTH aurait observé au bout d'un certain temps de l'accoutum.ance aux bains de douze heures, comme cela existe pour les narcotiques.
La température optima du bain prolongé n'est pas la même pour tous les auteurs ni pour tous les cas. Il résulte cependant de diverses expériences, en particulier de celles de Schuler concernant l'action du bain sur la circulation cérébrale, que le bain chaud excite comme le bain froid. La température des bains prolongés ou permanents doit donc osciller suivant les cas, l'état du malade et la durée mênie du bain, entre 28*' et 36°.
Le bain prolongé ou permanent s'adresse surtout à Vagitation de la manie. Son effet serait plus incertain, d'après Beyer, dans V agitation hébéphrénique et catatonique et d'après Kraepelin, chez les mélancoliques anxieux, comme chez les déments précoces avec négativisme.
A côté des hains tièdes dont nous venons de parler, il convient de dire un mot des bains froids.
Les bains froids à 10 ou 12° ont été employés contre V excitation de la manie par quelques auteurs et Guislain les préférait aux bains tièdes. Ils sont plus indiqués et d'un usage plus général dans les formes mélancoliques et Albers (1894) en aurait obtenu de bons effets contre l'insomnie des mélancoliques anxieux chez lesquels il les donnait sous forme assez prolongée.
Les bains froids sont préconisés également dans Valcoolisme, notamment dans le delirium tremens, par Fereol, Rousseau (1880), Letulle (1896), Antheaume et Sainton (1899), Molinié (1899), Salvant (1901). Letulle (1896, 1899), emploie le bain à 18^, dans lequel le malade reste jusqu'à l'apaisement qui survient au bout d'un temps variable, de six à douze minutes habituellement. Certains sujets passent brusquement à ce moment de l'état violent de délire à celui de lucidité complète. Mais il faut surveiller l'abaissement de température qui, lorsque le bain froid se prolonge, peut devenir inquiétant. Aussi convient-il de ne pas dépasser quinze mi-