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II. — Causes occasionnelles

A) Causes psychiques

1» Surmenage, émotions, passions, chagrins: 2" Imitation, contagion ; 3° Captivité, détention.

B) Causes p h v s i o l o (; i q u e s 1» Puberté; 2» Menstruation ;

3° Grossesse, accouchement, lactation; 4» Age critique.

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C) Causes pathologiques

1» Intoxications (exogènes, endogènes);

1^0 Infections;

o» Maladies du système nerveux ;

4° Maladies des viscères et des glandes à sécrétion internt

o« Maladifs diathésiques. de la peau et du sang;

6° Maladies chirurgicales, opérations;

7° Maladies des organes des sens.

§1— CAUSES PRÉDISPOSANTES

Les causes prédisposantes, comme il est indiqué dans le tableau ci-dessus, se divisent en générales et individuelles.

A) — CAUSES PRÉDISPOSANTES GÉNÉRALES

1° Civilisation, races. — On s'accorde à reconnaître que la civilisation, par les besoins qu'elle entraîne, les habitudes de luxe et de plaisirs qu'elle crée, enfin la lutte pour l'existence à laquelle elle condamne, favorise le développement de l'aliénation mentale (Voy. C. internat. Assi t. Berlin, 1910).

D'une façon générale, en effet, on peut dire que la fréquence des psychopathies est proportionnelle pour les pays à leur degré d'avancement dans la civilisation, pour les localités à l'importance de leur vie psychique, pour les classes sociales au développement et au fonctionnement de leur cérébrahté. C'est à une conclusion analogue qu'est arrivé William A. Write dans un travail récent. Il dit aussi que les troubles mentaux sont d'autant plus fréquents qu'on considère un point où la population est plus dense, la civilisation plus grande, la lutte plus âpre. La folie est due pour lui au peu de résistance d'esprits soumis à des préoccupations exagérées et son extension se fait suivant les mêmes voies et dans le même sens que la civilisation.

Les statistiques sur la fohe publiées depuis un siècle con-

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firment ces faits, sans fournir toutefois de précision absolue, bien des causes, en particulier les progrès des recensements et surtout ceux de l'hospitalisation, influant de façon notable sur les résultats.

S'il est impossible de traduire en chiffres exacts l'influence de la civilisation sur la fréquence des psychopathies, en revanche son action sur la forme de ces psychopathies est beaucoup plus facilement constatable. On sait, en effet, que les folies pures ou vésaniques ont existé de tout temps et très probablement sans s'accroître d'une façon considérable. Parmi elles, les fohes généralisées, manie et mélancolie, sont restées absolument identiques à ce qu'elles étaient autrefois, ainsi qu'on peut s'en convaincre en comparant les descriptions des auteurs de l'antiquité aux cas observés aujourd'hui. Quant aux fohes partielles ou sj^stématisées, tout en restant les mêmes au fond, elles varient comme expression suivant les époques et les milieux. L'alcoolisme, la fohe alcoolique et d'une façon générale toutes les psychoses toxiques augmentent très notablement, en particulier dans certains pays comme la France, et dans les grands centres. Enfin la paralysie générale, absolument inconnue avant le xix^ siècle, qu'elle existât ou non, devient de plus en plus fréquente, surtout chez la femme et l'adolescent. Mon éminent ami le regretté professeur Krafft-Ebing, qui fut l'un des plus grands psychiatres du siècle écoulé, a pu dire au Congrès international de Moscou, en 1897, dans une formule saisissante : « L'étiologie de la paralysie générale se résume en deux mots : « Civilisation. Syphilisation. »

Il serait intéressant, à côté des effets de la civilisation en général, d'indiquer l'aptitude comparative des diverses races à l'ahénation mentale et à chacune de ses formes. Malheureusement des documents d'ensemble manquent à cet égard, et on ne possède guère quelques données précises que sur la fréquence des névroses, des psychoses et de la paralysie générale chez les juifs (Charcot, Minor, Kretzmer, Pilcz, Scherb, etc.), sur la paralysie générale chez les Arabes (Meilhon, Scherb, Warnock), chez les nègres (Babcock, Cullerre, Mays, da RocHA, Battarel), et chez les Chinois (Jeanselme,

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Matignon). Il existe cependant un important relevé fait en 1888 par Bannister et Lidwig Kektoen, de l'IUlnois, sur un nombre considérable d'aliénés traités dans leur asile, duquel il résulte que la race juive tiendrait la tête, notamment pour la paralysie générale, la manie et la mélancolie. La race africaine, la race anglo-saxonne et anglo-américaine, la race latine, la race teutonique, la race celtique et la race Scandinave viendraient après, avec des chiffres plus ou moins variables. Plus récemment, Buschan (1897), Kr.«pelin (1904), A. Marie (1912) Cazanove (1912) ont repris, en des travaux importants. ces intéressantes études de psychiatrie comparée qui demanderaient à être poursuivies.

La question des races soulève aussi d'autres problèmes psychiatriques, liOtamment celui des rapports de Yémigration et de la folie, actuellement étudiés par les auteurs italiens (Fronda, Tolone (E. a. 1909), Lener de Xocera (E. a. 1910) et celui des aliénés refoulés d'Amérique, sur lesquels Hamel et Lallemant (C. 1910) et Latapie (E. 1910) ont justement attiré l'attention.

2' Événements politiques, révolutions, guerres. —

On a exagéré de tout temps rinipurtance des commotions politiques et des révolutions, comme cause d'aliénation mentaltr-. Les statistiques d'EsQiiROL. de Belhomme, de Brierre de BoiSMONT, de Lunier ont même montré ce fait paradoxal que le nombre des admissions dans les asiles a été au total moindre en 1789, en 1848 et en 1870-1871, que dans les années précédentes, ce qui s'explique d'ailleurs par une infinité de causes. Morel a été jusqu'à dire que les révolutions, en fin de compte, guérissaient plus de nerveux et de déséquilibrés qu'elles n'en produisaient. La vérité est que ces grands événements ont surtout pour effet de faire surgir et de mettre en évidence un certain nombre de psychopathes qui, en des temps non troublés, fussent passés inaperçus, et aussi de communiquer aux idées délirantes du moment une couleur spéciale (déhre anxieux, délire obsidional ou des assiégés, exaltation patriotique, folie des foules).

PUÉC16 DE PSVOHIATIUE, '■'/ cdit. 2,

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C'est l'opinion plus récemment formulée à nouveau par Bernstein (R. p. a. 1907) et par Pavlovskaja {R. N. a. 1908), qui signale chez des sujets à hérédité pathologique chargée, parmi ceux prenant une part active à la révolution, des troubles psychiques de psychose hystérique ou de paranoia hallucinatoires, à pronostic d'ailleurs favorable.

Nous aurons tout dit sur le compte des périodes politiques agitées dont nous parlons quand nous aurons ajouté, avec MoREL, que les enfants conçus pendant ces périodes peuvent subir le contre-coup des émotions violentes éprouvées par leurs parents et devenir ainsi des candidats aux névroses et aux psychopathies (« enfants du siècle », « enfants du siège », etc.).

Même en dehors des grandes commotions, la politique, comme la religion, a ses mystiques et ses exaltés, attirés vers elle par leur déséquilibration même et susceptibles d'y jouer un rôle aussi actif que dangereux. Les sectes politiques outrées comptent dans leurs rangs nombre de ces impondérés et quant aux Régicides et Magnicides, ces types de fanatiques meurtriers, ils se réclament tous, on le sait, d'une des idées ou théories du moment, dont ils croient être les héros et les martyrs (p. 515).

L'influence des guerres sur l'aUénation mentale a commencé d'être sérieusement étudiée dans les dernières campagnes hispano-américaine, transvalienne et russo-japonaise. Contrairement à l'opinion de Savage, pour qui la guerre abaisse pbitôt qu'elle n'élève les cas de folie, en fournissant une dérivation à l'esprit, Clay Shaw, Richardson, Jacoby, Jacoubovitch (1907), Ermakow (1911) estiment que c'est là un facteur important de psychopathies, agissant soit par voie directe, soit en renforçant d'autres causes telles que hérédité, dégénérescence, alcoolisme, paludisme, insolation, maladies incidentes diverses, masturbation, syphilis, etc. Jacoby montre que certaines grandes hécatombes et tueries des batailles modernes, navales et terrestres, sont comparables, au point de vue de l'effet psychique, à des catastrophes cosmiques, tremblement de terre, éruption ■ volcanique, etc., et déterminent comme

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elles, des troubles cérébraux collectifs, à forme aiguë et contagieuse (voy. p. 1116).

3" Idées religieuses, superstitions. — Linfluence des idées religieuses sur la production do la folie varie suivant les époques, les pays et les milieux. Très active en France au moyen âge, au moment des guerres de religion, des réformes et des polémiques ardentes, elle est devenue beaucoup moindre aujourd'hui, sans cesser cependant d'être manifeste. Par contre, elle joue encore un rôle considérable dans les pays oii les sentiments religieux occupent une des premières places. Rien n'est plus communicable que les idées de religion et de mysticisme ; c'est pourquoi les délires qu'elles engendrent revêtent le plus souvent, comme le montre l'histoire, même contemporaine, la forme épidémique.

Les idées religieuses déterminent surtout la folie chez les individus qui leur offrent le plus de prise, c'est-à-dire, d'une façon générale, chez les esprits faibles, les enfants, les femmes, les personnes nerveuses, mais surtout chez les religieux et les religieuses, et parmi ceux-ci, de préférence, chez ceux qui sont voués aux ordres mystiques et contemplatifs.

Elles ont également une action plus manifeste à certaines périodes de l'existence, surtout aux grandes époques de la vie génitale : la puberté et la ménopause. On sait, d'ailleurs, qu'il existe un lien étroit entre les idées mystiques et les idées erotiques et que, le plus souvent, ces deux ordres de conceptioas se trouvent associés chez les aliénés.

Toutes les religions peuvent conduire à la folie. Le fanatisme religieux est surtout fréquent, cependant, dans certaines d'entre elles telles que le bouddhisme, le brahmanisme, l'Islamisme. Quoi qu'en ait dit Ellis, le protestantisme ne semble pas provoquer plus de psychoses religieuses que le catholicisme. Ce qui est vrai, c'est que l'un favorise de préférence les déhres de controverse religieuse, et l'autre les délires de culpabilité, de mauvaise confession, de damnation.

Les mystiques sont loin, d'ailleurs, de délirer toujours dans esens des religions existantes. Souvent, ils en créent de nou-

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velles et c'est un sujet d'étonneinent bien légitime que de voir leurs préceptes et leurs pratiques, pour si extravagants qu'ils soient, recruter aussitôt des adeptes et des fervents.

Le rôle des superstitions dans l'étiologie des psychopathies est à rapprocher de celui de la religiosité outrée. Bien des esprits ignorants, grossiers ou déjà débiles, ne résistent pas à la peur ou au contact de la sorcellerie, du somnambulisme extralucide, du spiritisme, voire même de l'hypnotisme. Les victimes mentales de certains charlatans, qui spéculent sur la crédulité du public, ne se comptent pas et nous avons observé, avec mon élève de Perry (Th. B. 1898), nombre de sujets que la fréquentation de somnambules professionnelles a conduits à la névrose, à la psychose et jusqu'à l'impulsion homicide.

Dans ces derniers temps les troubles psychiques dus aux pratiques du spiritisme et de l'occultisme ont fait l'objet de nombreuses études résumées dans la thèse de Duhem (Th. P. 1904), dans l'ouvrage de A. Marie (vol, 1907), dans celui de VioLLET (vol. 1908) et dans les travaux plus récents de P. Janet (S. P. 1909), de Lévy-Valensi (E. 1910), de Bonnet (S. C. M. 1910).

B) — CAUSES PRÉDISPOSANTES INDIVIDUELLES

1^ Hérédité. — L'hérédité, qui est sans contredit la plus importante de toutes les causes de folie, « la cause des causes », comme on l'a appelée, mérite de nous arrêter un instant.

a. Définition. — Par hérédité il faut entendre, en pathologie mentale, une prédisposition originelle aux psychopathies, transmise aux enfants par les parents.

b. Nature, fréquence. — La source de cette prédisposition peut être non seulement l'aliénation mentale elle-même, chez les ascendants, mais une foule d'autres facteurs tek que : l'excentricité, les névroses, l'alcoolisme, certaines diathèses, la mauvaise consanguinité, l'âge avancé, l'ivresse au moment de la conception, les shocks de tout ordre durant la grossesse, etc. C'est faute d'avoir ainsi compris l'hérédité dans son accep-

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tion la plus large et la plus vraie, et pour l'avoir plus ou moins restreinte aux cas de transmission de la folie elle-même, qu'on n'a pu se mettre d'accord sur la fréquence exacte de cette cause en aliénation mentale. En réalité, on peut admettre, avec Marge, que dans les neuf dixièmes des cas, on trouve un antécédent quelconque.

c. Caractères, formes, variétés. — L'hérédité provient le plus souvent des parents eux-mêmes, c'est à-dire qu'elle est immédiate. Elle peut venir à la fois du père et de la mère, et, dans ce cas, elle est dite double ou à facteurs convergents. Ou bien, elle est isolément le fait du père ou de la mère, constituant ainsi l'hérédité simple, paternelle ou maternelle. Suivant Esqui- ROL, cette dernière est la plus grave. Elle est aussi trois fois plus fréquente que l'hérédité paternelle, d'après Baillarger. D'autres auteurs, comme Orghansky, considèrent au contraire l'hérédité paternelle comme de beaucoup la plus commune, la mère tendant, lorsqu'elle est normale, suivant l'opinion de Le Gendre, à contrebalancer les effets de la constitution pathologique du père. Au fond, on ne sait rien de précis à cet égard, pas plus qu'on ne sait si la tare d'un ascendant se transmet indifféremment aux enfants des deux sexes ou de préférence à ceux de l'un d'eux, le similaire ou l'opposé.

L'hérédité peut provenir non plus des parents, mais des grands-parents, sans avoir passé par les ascendants immédiats. Elle est alors médiate ou atavique. Elle peut aussi provenir à la fois de plusieurs générations antérieures, et, dans ce cas, elle est dite accumulée.

L'hérédité est directe ou collatérale, suivant qu'elle tire son origine des parents ou grands-parents, ou des branches collatérales de la famille.

L'hérédité peut survenir chez les enfants au même âge que chez les parents : dans ce cas, elle est dite homochrone. Elle peut aussi éclater chez les enfants plus ou moins longtemps avant de se manifester chez les parents. Elle doit être considérée alors comme anticipée par rapport à la folie des ascendants, restée jusqu'alors latente.

L'hérédité peut se traduire, chez les enfants, par une afîec-

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tion mentale identique à celle des parents. C'est le cas pour le suicide, les obsessions, les folies cycliques, etc. L'hérédité est alors similaire ou homologue. Elle est au contraire dissemblable ou transformée lorsqu'elle se modifie en passant d'une génération à une autre. C'est là le cas le plus fréquent, et alors elle peut : soit s'accentuer de plus en plus pour aboutir à la dégénérescence de la race, c'est-à-dire être progressive ; soit s'atténuer au contraire par une série de croisements heureux pour en arriver à disparaître, c'est-à-dire être régressive.

L'hérédité ne frappe pas indistinctement tous les membres d'une même famille. Un certain nombre d'entre eux peuvent échapper à cette influence. Il est même de règle, d'après MoREL, d'observer dans les familles d'ahénés des types disparates. Cette disparité peut quelquefois être poussée à ce point qu'à côté de dégénérés ou d'aliénés, on trouve dans ces familles, suivant la juste remarque de Moreau, de Tours, des hommes de talent et même de génie (parenté du génie et de la folie). Dans certains cas, l'hérédité frappe les enfants du même sexe et épargne les autres. Parfois enfin, deux ou plusieurs frères ou sœurs, réunis ou séparés, sont atteints simultanément et d'une façon identique. C'est la folie à deux et la folie géinellaire, expression, dans certains cas, d'une véritable maladie famihale, qui peut se traduire sous forme plus grave encore et dans plusieurs générations (psychose familiale).

D'une façon générale, les enfants les plus exposés à l'hérédité sont ceux dont la naissance se rapproche le plus des accès d'ahénation des parents. C'est surtout le cas des enfants nés d'une mère en accès de folie gravidique ou conçus par un père en état d'ivresse.

L'hérédité, en psychiatrie, paraît affecter plusieurs types dont les principaux sont : Vhérédité vésanique, ou hérédité de la folie pure, des vésanies ; 2° Vhérédité cérébrale ou congestive, c'est-à-dire l'hérédité des affections cérébrales et de la paralysie générale ; 3^ Vhérédité névrosique ou névropathique, qui est celle des névroses ; 4° Vhérédité infectieuse, représentée, comme type, par l'hérédo-syphilis ; 5° Vhérédité toxique, repré-

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sentée surtout par l'hérédo-alcoolisme. Jusqu'ici, ces divers types d'hérédité ont été à peu près confondus, et on ne tient guère compte des différences qui peuvent exister, dans l'ascendance comme dans la descendance, entre un vésanique, un alcoolique, un paralytique général.

Or, ces différences sont, croyons-nous, suffisantes pour nécessiter une distinction. Qu'on étudie, par exemple, la descendance des paralytiques généraux. On n'y retrouvera ni les caractères de la descendance des vésaniques, ni ceux de la descendance des alcooliques ; en revanche, on y constatera nettement ceux de la descendance des syphilitiques (Régis 1900, Ricard, Th. B., 1900) : ce qui prouverait une fois de plus, s'il en était besoin, que la paralysie générale provient avant tout de la syphilis et produit de l'hérédo-syphilis.

Il y a donc plusieurs genres d'hérédité et par suite plusieurs genres de dégénérescence héréditaire, se traduisant par des stigmates différents (Fonquernie, Th. B. 1906).

La prédisposition aux psychopathies peut être due aussi à l'influence de tares ou de maladies exerçant leur action dans la vie fœtale ou la première enfance. Avec certains auteuis modernes, comme Bolchereau, Cotard, Ch. Féré, il faut donc faire la part à cette hérédité. Nous pensons toutefois qu'elle doit être limitée aux accidents intra-utérins et infantiles, sous peine d'y comprendre peu à peu toutes les maladies susceptibles de frapper l'individu jusqu'à son âge mùr.

Il n'y a pas là d'ailleurs, pathogéniquement, une hérédité spéciale, les théories modernes de l'hérédité pathologique tendant de plus en plus à la considérer comme le résultat de troubles de nutrition ou d'intoxication survenant pendant la phase de formation et intéressant les principaux organes, jusqu'aux glandes à sécrétion interne (Ch. Féré, Paul Raymond, Rabaud, Le Dantec, Lundorg, etc.).

d. Eugénétique. — Sous l'influence des théories de Grégor I. Mendel (1865-1904) et de celles de Galton (1874-1905), les questions d'hérédité dans les maladies mentales sont actuellement l'objet de nouvelles études de la part de nombreux auteurs surtout allemands, anglais, américains tels que Rudin

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(1905), E. Shuster (1907), W. Mott (L, 1910), Cannon et RosANOFF (E. a. 1911), Cotton (A. J. 1912) et un Congrès eugénique vient même de se tenir à Londres en juillet 1912.

h'eugénique ou eugénétique, comme l'indique son nom, a essentiellement pour but, par la connaissance et la suppression des causes morbigènes, l'amélioration individuelle et sociale de la descendance. Quant aux théories mendéliennes, qui codifient en un certain nombre de formules mathématiques les lois de proportion de transmission des caractères normaux et pathologiques suivant les croisements, les générations et les sexes (proportions mendéliennes) elles nous paraissent à la fois trop théoriques et trop absolues.

Avant d'accepter définitivement ces formules ou tout au moins leur application à la psychiatrie (Rosanoff et Orr, A. J. 1911). ainsi que les formules similaires, comme celles de E. Apert sur les maladies famihales et l'hérédité matriarcale (vol. 1907), il est nécessaire d'accumuler un grand nombre de faits et de documents. C'est à cette tâche que s'emploie le merveilleux effort du « Sir Francis Galton's Eugenic's'Laboratory )>. Rappelons qu'il y a 30 ans, nous avons, avec le professeur Ball, esquissé quelques recherches sur « Les familles des aliénés au point de vue biologique » (E. 1883).

2^ Age. — La fréquence de l'aliénation mentale est surtout marquée dans la période moyenne de la vie ; au-dessus et au-dessous, cette fréquence diminue et s'abaisse de plus en plus à mesure qu'on s'approche des hmites extrêmes de l'existence. Au point de vue de la forme, les psychoses impulsives et dégénératives prédominent chez l'enfant, la démence précoce chez l'adolescent, les psychoses démentielles, simples ou organiques, chez le vieillard. Chez l'adulte, toutes les formes peuvent s'observer. C'est l'âge de choix, néanmoins, pour la paralysie générale.

3'^ Sexe. — Si l'on fait une statistique générale de l'aliénation mentale, le sexe mascuHn y figure pour un chiffre plus élevé que le sexe féminin : la proportion est de 114 à 129 hom-

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mes pour. 100 femmes. Si l'on exclut de la statistique les cas d'idiotie et de crétinisme, plus fréquents chez les hommes, l'équilibre se trouve rétabli dans une certaine mesure, et si on sépare encore de l'ensemble les cas de paralysie générale et d'alcoolisme, on constate que la folie pure est, en résumé, plus fréquente chez la femme que chez l'homme. Il faut ajouter que certaines affections mentales, comme celles de la grossesse, sont spéciales à la femme et que certaines autres, communes aux deux sexes, se présentent chez elle avec des caractères particuliers.

4 Climats, saisons, phases de la lune, chaleur, froid, cataclysmes terrestres, grands accidents. — Il n'est guère possible d'établir l'influence comparative des différents climats sur la production de la folie, en raison de la multiplicité et surtout de la diversité des causes qui se surajoutent à elle. Ce qui paraît plus certain, c'est la recrudescence des cas d'aliénation dans certaines saisons et notamment dans le semestre de mars à septembre. En examinant à ce point de vue 32.000 malades passés à l'infirmerie du Dépôt, à Paris, Planés a trouvé que le nombre des aliénés va toujours croi-ssant de janvier à juin. A partir de juin, la décroissance se fait de même régulièrement ou à peu près, avec une augmentation considérable en octobre. Legoyt et Ogle sont arrivés à des résultats analogues. Ce dernier, sur 42.630 suicides survenus en Angleterre et dans le pays de Galles, a trouvé le minimum en décembre et le maximum en juin. L'ordre d'importance des trimestres serait, d'après Planés : le deuxième, le troisième, le premier, le quatrième. Le maximum correspondrait non aux fortes chaleurs de l'été, comme on le croit généralement, mais à l'effervescence du printemps.

Les anciens, et plus près de nous, Esquirol, attachaient une certaine importance à l'influence des saisons sur le développement et sur le cours de la folie ; tels ou tels accès devaient, pour lui, guérir à telle époque ; passé ce temps, si la guérison ne survenait pas, le pronostic devenait plus grave.

Quant à l'influence des phases de la lune, regardée autrefois

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comme si profonde que, dans certains pays, elle a même donné son nom aux aliénés (lunatic), elle n'est plus guère admise aujourd'hui. Il paraîtrait cependant qu'elle aurait une certaine action sur le retour des accès dans la folie intermittente, et notamment dans la folie à double forme.

Ce ne sont point là les seules révolutions cycliques de notre vie planétaire qui agiraient sur le système nerveux humain. La succession des jours et des nuits aurait aussi son influence et Pailhas (d'Albi) a bien étudié, dans plusieurs travaux, les effets du nyctémère dans les psycho-névroses.

L'action des conditions météorologiques, des orages, du coup de chaleur, de Vinsolatioji, des grands froids, de l'excès de lumière, de Vohscurité peut être rapprochée de celle des facteurs précédents. Sans parler des cas isolés de délire qui leur sont attribuables et que certains drames coloniaux récents ont mis en lumière, on sait que les chaleurs tropicales et caniculaires peuvent produire de véritables épidémies de psychoses aiguës et il est impossible d'oublier, en ce qui concerne le froid rigoureux, combien de victimes firent, au point de vue mental, les neiges de la Russie parmi les soldats de la Grande Armée. Quant à l'insolation, elle comporte un paragraphe spécial, que nous lui consacrerons plus tard.

Signalons enfin, à côté de ces causes cosmiques, les grands cataclysmes terrestres, par exemple les tremblements de terre, étudiés par Phleps (1904) et, plus récemment par Néri, Ferrari, Lombrc so, d'Abundo, Hartenberg,Babinski (1909), à l'occasion du tremblement de terre de Messine. Ces cataclysmes donnent lieu à des cas plus ou moins nombreux de folie, ordinairement aiguë. Ce sont de véritables psychoses et psycho-névroses traumatiques , au même titre que celles produites par tous les désastres et grands accidents, en particulier par les accidents de chemin de fer. On trouvera des détails intéressants sur les effets psychiqnes des catastrophes dans notre article avec Laurès sur un cas de confusion mentale aiguë transitoire à la suite de l'explosion du « léna » (L. C. 1907), dans celui d-- Lassignardie sur les hallucinations chez les rescapés de Courrières (P. M. 1906) et surtout dans l'on-

ETIÛLOGIE 3b

vrage de Stierlin (Berlin, 1000). De ces faits, on peut rapprocher les troubles neuro-psychiques survenant à l'occasion de la production d'une éclipse solaire ou de l'apparition d'une comète (Blondel, S. P. 1912, Trepsat, I. A. N. 1910, Briand et Brissot, s. C. M. 1910).

5" État civil. — Toutes les statistiques s'accordent à reconnaître que la folie est plus fréquente chez les célibataires que chez les gens mariés. On explique ce fait en disant que la condition du célibat favorise la vie irréguhère et prive les individus d'appui moral. Il serait peut-être plus vrai de dire que la même cause qui porte certains individus à la folie, les porte également au célibat. Il semble, en effet, que les prédisposés, en raison même de leur tempérament spécial, sont souvent portés à s'éloigner du mariage et à rechercher la vie égoïste et solitaire. On a remarqué également que, par une sorte d'attraction souvent inconsciente, les prédisposés avaient une tendance à s'allier entre eux. Enfin, on s'accorde à dire que le veuvage a une influence positive sur le développement de la folie. Quant au mariage lui-même, il serait capable pour certains auteurs (Esquirol, Savage, Schule, Skae, Ziehen, Kr.epelin, Obersteiner, Dost, de déterminer une véritable psychose, dite nuptiale. Cette psychose, bien étudiée en dernier lieu par Margaria (E. a. 1911) consiste essentiellement dans un état de confusion mentale aigu, transitoire, dû surtout à l'hérédité, à l'énervement de la période des fiançailles, aux excès du jour des noces, enfin, chez les femmes, à l'acte sexuel brutalement consommé, surtout chez celles qui ont de l'atrésie du vagin. Nous croyons que ce qui domine l'étiologie de cette forme de psychose nuptiale c'est, d'une part, la prédisposition névropathique, d'autre part le choc émotif.

6'^ Professions. — Dans tous les pays du monde, mais principalement en Angleterre, ce sont les militaires de terre et de mer qui occupent la première place, pour le nombre, dans la statistique de l'aliénation mentale. La paralysie générale est surtout fréquente chez les officiers. Il n'est pas rare non plus

36 GIÎXIÎRALITKS UliLATlVES AUX PSYCHOPATHIES

d'observer dans les rangs de l'armée certaines formes de folie épidémique, telles que la nostalgie et le suicide.

Dans les professions libérales, ce sont les hommes de loi, les ecclésiastiques, les médecins, les écrivains, les artistes qui para issent payer le plus large tribut à la folie. Suivant une croyance généralement répandue, les aliénistes et en général toutes les personnes qui vivent au contact des aliénés, auraient une tendance à devenir fous, sous l'influence de ce contact. C'est là, nous n'avons pas besoin de le dire, une erreur populaire, car le contact des aliénés ne peut agir que sur des esprits déjà prédisposés.

Dans les professions manuelles, les gens les plus exposés aux psychoses sont les ouvriers qui travaillent dans les substances toxiques ou dangereuses, surtout dans l'alcool ; ceux qui sont exposés à de fortes chaleurs, comme les chauffeurs, les mécaniciens, les cuisiniers, les ouvriers des usines, etc.

On a signalé, dans ces derniers temps, la tendance des gouvernantes à faire du délire systématisé chronique d'interprétation (Ch. Blondel et P. Camus, 1909) et celle des servantes à devenir fréquemment et spécialement criminelles {criminalité ancillaire de de Ryckère).

7*^ Éducation. — Une éducation vicieuse, trop rigide ou trop débonnaire, comme aussi trop hâtive ou trop précoce, peut faire naître chez l'enfant certaines tendances à Valiénation, ou, ce qui est plus fréquent, développer certains germes déjà existants. Aussi l'éducation des prédisposés et des enfants d'aliénés offre-t-elle des indications spéciales et des règles à part, qui consistent avant tout, le plus souvent, à soustraire Tenfant au milieu familial et à le soumettre, dans les conditions les meilleures, à une prophylaxie médico-pédagogique appropriée.

;i2— CAUSES OCCASIONNELLES

Nous diviserons les causes occasionnelles des psyclit»])athi«'s en trois groupes :

ETIOUXÎIE 37

I" Causes psychiques ; 2^ causes physiologiques ; 3'^ causes pathologiques.

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