‹ Précis de psychiatrieChapitre 257 sur 278 · L. La.nde. — A. Pitres. — ]L. Régis · texte numérisé non relu

L. La.nde. — A. Pitres. — ]L. Régis

Bordeaux, le 2C mai 1894.

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Exhibitionnisme. — Outrages publics à la pudeur. — Dégénérescence avec tics et actes impulsifs. — Responsabilité atténuée. — Condamnation avec bénéfice de la loi Bérenger.

Louis B... est un jeune lionime de vingt ans, de bonne famille et bien élevé II a été arrêté sur la plainte des domestiques d'une maison située en face de celle qu'il habitait, pour s'être livré maintes fois, depuis un certain temps, à des exhibitions indécentes et à des actes de masturbation dans des moments où des bonnes apparaissaient à sa vue.

Sur la demande des parents, qui ont déclaré le jeune homme faible d'esprit, nous avons été commis pour éclairer ce point par le magistrat chargé de linstruction.

L'inculpé a dans sa famille certains précédents psycho et surtout névropathiques. Quant à lui, avec toutes les apparences d'une constitution des plus saines et des plus robustes, ce n'en est pas moins un sujet déjà touché par la dégénérescence, un déséquilibré.

Physiquement, nous relevons chez lui une conformation crânienne anormale, avec exagération de la partie frontale et avancement prognathique du menton, une profondeur excessive de la voûte palatine, des stries dentaires.

rs'ous relevons aussi l'existence au cou, de paquets ganglionnaires surtout du côté droit, pour lesquels un traitement régulier aux eaux de Salies a été suivi.

Notons enfin, qu'il y a quatre ans, Louis B... a fait une chute de bicyclette, accompagnée de perte de connaissance, qui a notablement accentué des maux de tête déjà existants et qui se révèle encore sous la forme d'une cicatrice frontale apparente.

Au point de vue mental, les symptômes dégénératifs sont plus manifestes.

L'intelligence est très médiocre, le jugement mal formé, la mémoire vague, la volonté des plus débiles.

Il en résulte une insuffisance et une instabilité d'esprit qui n'ont pas permis jusqu'ici et qui ne permettront sans doute jamais à l'inculpé de rien faire de sérieux et de bien.

Mais il y a plus : les sujets de la catégorie du jeune Louis B... sont le plus souvent des impulsifs, c est-à-dire des individus poussés malgré eux à des actes quelconques.

Or, Louis B... est sujet depuis l'enfance, mais surtout depuis l'époque de la puberté, à des manifestations impulsives, qu'il appelle des manies. Tout d'un coup, il se sent porté à exécuter tel ou tel

acte, le plus souvent banal et vulgaire : tourner sur lui-même, porter la main à son nez, tirer sa chaussette, marcher sur tel endroit des pavi'S. toucher un mur, tapoter son paletot, etc.. Kt cela souvent un nombre de fois déterminé coup sur coup, trois fois, six fois, neuf fois, par exemple. Il a comme une sorte d'idée que s'il n'obéissait pas. il lui arriverait quelque malheur. S'il est seul, il réalise habituellement lacte-tic sans essayer de s'y soustraire. S'il est en compagnie il tente parfois de résister et si l'obligation est trop impérieuse, il se laisse aller en se dissimulant.

Il résulte de cela que, comme la plupart de ses congénère-. Louis B... est un impulsif et qu'il se trouve placé à ce point de vue entre iobsédé simple, dont la volonté est encore suffisamment active et qui ne succombe que rarement, et le dégénéré inférieur, chez lequel il n'existe plus ni volonté ni résistance.

Cette déséquilibralion manileste doit nécessairement se retrouver dans le domaine de la sexualité de linculpé et en particulier dan> les actes délictueux qui lui sont reprochés. Masturbateur invétéré, incorrigible, il est souvent pris de l'envie de montrer ses organes génitaux, de se masturber devant les bonnes de la maison d'en face. Ces envies, ces sollicitations, sont, dit-il. comparables à celles qui le poussent à accomplir les actes dont nous avons parlé. Parfois, suivant le moment, il sexécute aussitôt ; d'autres fois, il essaie de se dominer, il marche dans la chambre et en sort même, mais dans cei-tains cas, il est pour ainsi dire obligé de revenir.

11 ajoute que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas contestables bien qu'exagérés, mais que « c'était plus fort que lui, qu'il faisait ca comme ça, inconsciemment ».

Il dit encore que dans ces moments, il n'éprouvait ni honte ni remords, qu'il ne comprenait pas la portée de ses actes; mais qu'aujourd'hui il s'en rend bien compte, qu'il est désespéré. Nous remarquons cependant que tout c«la est dit avec une sorte de tranquillité et d'indifférence, et qu'au fond il n'a pas une notion bien exacte étant donnés son nom et le rang de sa famille, de la déplorabi situation dans laquelle il s'est mis. Ses doléances et ses regrets poi tent bien plus sur le côté matériel que sur le côté moral de cett.' situation et il se plaint davantage des petites privations d'hygiène r' de confort qu'entraîne son emprisonnement que de la gi*ax ' déconsidération qui peut en résulter pour lui et les siens.

Kn dehors de ces particularités, nous n'avons trouvé chez l'incul]» ni délire, ni liallucinations. ni aucun des symptômes constitutifs île l'aliénation mentale proprement dite.

Nous concluons donc, ainsi qu'il suit :

1" Louis B...- n'est pas atteint de folie, mais c'est manifestemeiif un déséquilibré, à intelligence et à volonté faibles et sujet à deimpulsions:

-*' Dans ces conditions, sa responsabilité en général et en particu-

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lier vis-à-vis des faits qui lui sont reprochés, doit être considérée comme atténuée.

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