‹ Précis de psychiatrieChapitre 33 sur 278 · IDÉE DÉLIRANTE ET DÉLIRE · texte numérisé non relu

IDÉE DÉLIRANTE ET DÉLIRE

1'^ Définition. — Uidée délirante est très difficile à définir. En effet si, dans certains cas, l'idée délirante est absurde et impossible, dans d'autres cas nombreux, elle n'a rien par ellemême d'absurde ou d'incompatible avec l'ordre naturel des choses ; elle est seulement contraire à l'évidence des faits réels.

TRÙL'ULliS DE L IDÉAïIOX G3

et sans raison d'être dans la bouche de celui qui parle. Un homme se croit changé en beurre, c'est une conception délirante, et en même temps une absurdité ; un autre se- croit déshonoré, ruiné, damné : c'est là une idée qui repose sur une chose possible et qui n'est délirante que par rapport à celui qui l'émet. Leuret disait avec raison : « J'ai cherché soit à Charenton, soit à Bicêtre, soit à la Salpêtrière, l'idée qui me paraîtrait la plus folle ; puis, quand je la comparais à bon nombre de celles qui ont cours dans le monde, j'étais tout surpris et presque honteux de n'y pas voir de différence. >

La conception délirante n'est pas seulement difficile à définir parce qu'elle est loin d'être toujours absurde par elle-même, mais aussi parce qu'il n'est pas aisé de la différencier de l'erreur. La différence ne consiste pas surtout, comme on l'a dit, dans ce fait que l'idée délirante ne se modifie pas malgré l'accumulation des preuves les plus péremptoires. Il est des erreurs, en effet, plus tenaces peut-être encore que le délire. La vérité est qu'il n'y a pas, à proprement parler, entre les deux de différence essentielle, et que l'idée délirante se sépare surtout de l'erreur par ses causes et ses conséquences, qui lui donnent un caractère pathologique que n'a jamais l'autre.

L'idée déhrante se présente ordinairement en chnique combinée à d'autres de même nature, de façon à former un ensemble homogène d'idées délirante?. Cet ensemble d'idées, c'est le délire.

Une idée délirante peut cependant demeurer isolée, tantôt légère et fugace, tantôt et le plus souvent, intense et durable. On l'appelle alors idée fixe, idée prévalente (Wermcke). L'idée fixe n'est pas Vidée obsédante, que nous retrouverons plus loin en parlant de l'obsession. Elle en diffère, en effet, en ce qu'elle est acceptée comme vraie et identifiée à la conscience, tandis que l'idée obsédante est reconnue fausse, étrangère et en discordance avec le wo/.

L'idée fixe n'est donc en réahté autre chose qu"un déUre rudimentaire, réduit à sa plus simple expression. Il faut savoir d'ailleurs que l'idée fixe finit, le plus souvent, par s'étendre, s'organiser et par suite tourner au délire proprement dit.

6i SYMPTOMATOLÛGIE GÉNÉRALE DES PSYCHOSES

L'idée délirante doit également être distinguée de V interprétation délirante. Tandis que la première est erronée jusque dans son fondement, la seconde a un point de départ exact ; mais le malade tire faussement de cette donnée vraie des déductions et des conséquences illogiques. L'interprétation délirante est donc en quelque sorte à l'idée délirante ce que l'illusion est à l'hallucination.

L'interprétation délirante est très fréquente dans les psychoses, car c'est elle, en somme, qui d'un fait réel amène le sujet à une conviction pathologique. Symptôme fréquent en psychiatrie (Juquelier, R. P., 1908, Dromard, J. P., 1910) et dans les déUres systématisés (Joffroy, E. 1908) elle joue dans certains d'entre eux un rôle si important qu'on a pu admettre et décrire, à titre de forme spéciale, un délire d'interprétation (Sérieux et Gapgras, p. 501).

D'une façon générale, les délires sont en rapport de nature avec le caractère de l'individu, la tendance dominante de son esprit, ses sentiments, sa profession, son miheu, ainsi qu'avec les causes provocatrices de la psychose. Dans certains cas, cependant, le délire est au contraire en opposition complète avec les idées et les sentiments du sujet et tel, par exemple, chaste et réservé au plus haut point, tombe dans un délire absolument erotique et grossier. C'est là le délire par contraste, qu'on trouve surtout dans les états anxieux.

Les délires sont primitifs ou secondaires, suivant qu'ils surviennent d'emblée ou consécutivement à d'autres délires, ou encore, ainsi que le dit Se glas, suivant qu'ils sont antérieurs ou postérieurs aux autres troubles psychiques de la maladie.

Les délires sont uniques ou multiples chez le même individu. Daas ce dernier cas, ils peuvent ne pas relever du même processus pathologique. C'est là ce que Magnan et ses élèves ont étudié sous le nom de « coexistence de plusieurs déhres d'origine différente ».

Les délires ne sont jamais que des symptômes et n'appartiennent exclusivement à aucune psychose déterminée. Toutefois, si chacun d'eux peut s'observer sous forme d'idées plus ou moins coordonnées et plus ou moins, durables dans nombre

ïlîdL'lJLES UE L IDÉATION 65

de folies, presque toujours il est une de ces folies dans laquelle ce délire se manifeste avec une organisation et une importance supérieures, sous son type le plus parfait. Dans les premières, il est représenté seulement par des idées délirantes ; dans la dernière, il est le délire. Ainsi, il peut y avoir des idées de persécution, des idées de négation, des idées d'auto-accusation, etc., dans bien des psychoses, mais dans une seule existe un délire systématique de persécution, de négation, d'auto-accusation, etc.

3" Division. — On peut diviser les délires de façons diverses.

D'après leurs caractères constitutifs, ils sont absurdes ou vraisemblables, cohérents ou incohérents, généralisés et diffus ou circonscrits et systématisés.

D'après leur évolution, ils sont aigus ou chroniques.

D'après leur mode de formation ou mécanisme pathogénique, Morselli les classe en : délires d^inférence ou par raisonnement (ex. : délires systématisés d'interprétation, de déduction logique) ; délires de perception immédiate ou par hallucinations et illusions (ex. : déhres mystiques nés de voix surnaturelles impératives) ; délires de symbolisme verbal ou par association de mots (ex. : délires d'états maniaques).

On pourrait étendre cette énumération et admettre, notamment : des délires cénesthésiques ou par sensations internes (ex. : délire hypocondriaque d'animaux dans le corps, de négation d'organes) ; des délires de subconscient ou par état second et par rêve (ex. : idées fixes inconscientes d'hystériques de P. Janet, déhre onirique d'intoxication de Régis) ; des délires d'interprétation, d'imagination, de mémoire, de jugement ; des délires de contagion ou par communication d'un sujet à un autre (délire à deux), etc., etc.

Les délires se groupent enfin d'après leur contenu même, c'est-à-dire d'après la nature des idées qui les composent.

Ball et RiTTi reconnaissent, à ce point de vue, les catégories suivantes :

10 Les idées de satisfaction, de grandeur, de richesse ;

2° Les idées d'humilité, de désespoir, de ruine, de culpabilité ; 3'' Les idées de persécution ; 40 Les idées hypocondriaques ; 5° Les idées religieuses ; 50 Les idées erotiques , 1^ Les idées de transfortnation corporelle. MoRSELLi énumère dix formes communes d'idées morbides chez les aliénés. Pour les délires, il distingue : 1° les délires concernant la conscience de soi-même ou moi, soit dans le sentiment, soit dans l'intelligence ; 2° les délires concernant la conscience des rapports entre le moi et les conditions extérieures, soit entre le moi et l'ambiant, soit entre l'ambiant et le moi. Rationnellement, il accepte la nomenclature de Mercier comme la plus complète et la meilleure ; pratiquement toutefois, il convient qu'on peut réduire les types de délires à huit, qui ne sont autres que ceux cités plus haut de Ball et Ritti, avec, en plus, les délires des actes (impulsions).

Séglas, pour sa part, énonce dix formes principales, savoir : l*' Les idées délirantes d' auto-accusation ; 2^ Les idées délirantes de persécution ; 3° Les idées délirantes de défense; 40 Les idées délirantes de grandeur ;

b^ Les idées délirantes d'hypocondrie ; '

6° Les idées délirantes de négation ; 7° Les idées délirantes d'énormité ; 8» Les idées délirantes mystiques ; 9° Les idées délirantes erotiques ; 10^ Les délires palingnostique, métabolique, de transformation corporelle.

Ces classements, on le voit, sont à peu de chose près les mêmes. Ils n'ont d'ailleurs d'autre intérêt, dans un ouvrage comme celui-ci, que de présenter en une vue d'ensemble les grandes modahtés délirantes des psychoses. C'est pourquoi nous nous bornerons, devant y revenir plus tard, à dire quelques mots de généralités sur les plus importantes, réunies en quelques groupes compréhensifs.

a. Idées délirantes de satisfaction, de grandeur, de richesse.

TROUBLES DE l'iDKATION 67

d'invention. — Ces idées délirantes correspondent à une exaltation du moi et, en général, à un sentiment de force, de puissance, de bien-être, de supériorité.

Elles varient depuis la simple idée de contentement personnel, jusqu'aux conceptions vaniteuses les plus fantastiques et les plus outrées.

On peut les rencontrer à Fétat de simples idées morbides dans un grand nombre de psychoses, particulièrement dans les états maniaques, intermittents et circulaires.

A l'état de délire, on les observe surtout dans la paralysie générale où elles sont, comme l'a dit J. Falret, absurdes, mobiles, incohérentes, contradictoires et dans la jolie systématisée ambitieuse, longtemps dénommée, pour ce motif, mégalomanie.

b. Idées d'humilité, de désespoir, d'incapacité.^ de ruine, d'indignité, d auto -accusation. — Ces idées délirantes constituent essentiellement les délires tristes. Elles correspondent à un sentiment de dépression, d'amoindrissement de l'individu.

Elles se traduisent sous mille formes, ayant pour caractère commun de tout rapporter à soi en mal, et non en bien comme dans les délires vaniteux. C'est l'humilité, l'indignité, la confession de fautes imaginaires, l'attente de châtiments humains et divins inéluctables.

Ces conceptions sont à peu près spéciales aux états mélancoliques. Cependant, les idées d'auto-accusation peuvent s'observer ailleurs, notamment dans les psychoses des alcoohques, des dégénérés, des hystériques, surtout sous la forme appelée autodénonciation (Régis), c'est-à-dire d'aveux faits aux autorités, avec sa variante V auto-hétéro-dénonciation, signalée par Dupré chez les hystériques.

c. Idées hypocondriaques , de négation, de transformation corporelle, dénormité. — Les idées hypocondriaques sont les idées d'inquiétude déhrante du sujet par rapport à son organisme soit corporel (hypocondrie physique), soit mental (hypocondrie morale), soit à la fois corporel et mental, ainsi que cela est pour ainsi dire la règle dans la nosophohie des psychasthéniques.

68 sy.mptomatul(m;ie (;kxerale des psychoses

L'idée hypocondriaque peut, on le comprend, revêtir mille formes et viser telle ou telle partie de l'individu. Tous les appareils et toutes les fonctions lui servent de matière. Cependant, l'appareil digestif est celui sur lequel les idées hypocondriaques se portent de préférence.

Le plus souvent, à la base de l'idée hypocondriaque, existe un trouble réel de l'organe, de l'appareil ou de la fonction, que j'ai pu, dans un cas, déceler à l'aide de la radiographie (S. M. P. 1906). Le délire hypocondriaque n'est alors, comme nous le disions plus haut, qu'un déhre d'interprétation. Tel est le délire de possession corporelle par des animaux (délire de zoopathie interne), des êtres vivants, des démons, ayant souvent pour point de départ des tumeurs abdominales, de la dilatation d'estomac avec zones douloureuses de Head, des contractions intestinales ou de simples borborygmes bruyants.

Les idées hypocondriaques s'observent dans une foule de psychoses, en particulier dans celles des mélancoliques, des psychasthéniques, des hystériques, des dégénérés, des intoxiqués, des paralytiques généraux.

Les idées hypocondriaques revêtent parfois une forme particuHère qui se traduit par la croyance à l'obstruction, au nonfonctionnement, à l'inexistence même de certains organes. Les malades disent, par exemple, qu'ils n'ont plus d'oesophage, d'intestin, d'anus, qu'ils n'ont plus de pouls, de cœur, parfois même qu'ils sont morts. C'est ce qu'on appelle, depuis CoTARD, le délire de négation, susceptible de se présenter, sous forme d'idées simples, dans les psychoses des dégénérés, de la paralysie générale, etc., et, sous forme d'un délire systématique, auquel j'ai donné, en souvenir de son auteur, le nom de syndrome de Cotard, dans une variété de mélancolie anxieuse.

Les idées de négation corporelle, comme les idées hypocondriaques dont elles font partie, paraissent en rapport avec des troubles organiques, particulièrement avec des altérations de la sensibilité interne ou cénesthésie. On comprend très bien, en principe, qu'un individu qui, sous l'influence d'une anesthésie cénesthésique ne sent plus son estomac, soit porté, si sa raison n'intervient pas, à s'en croire privé, comme l'individu qui ne

TROUBLES DE L IDEATION 69

sent plus son bras croirait ne plus l'avoir si sa vue ne corrigeait pas cette absence d'impression.

DuPRÉ et Camus (C. 1907) distinguent du délire hypocondriaque les Cénesthopathies, caractérisées par des troubles cénesthésiques primitifs, fixes, persistants, préoccupants, mais ne produisant pas d'interprétations délirantes. Cette distinction est légitime, sans qu'il y ait lieu de faire des cénesthopathies un syndrome particulier.

Le délire de négation, de même encore que le délire hypocondriaque, peut être intellectuel et se traduire par l'idée d'absence de pensée, de cerveau, etc.

A côté de l'idée de négation, il faut faire une part à l'idée de transformation soit corporelle, soit totale, consistant à se dire changé, dans le premier cas, en verre, en bois, en pierre, etc., dans le second en chien, en loup, en démon, en femme, etc. C'est le délire dit métabolique de la personnalité.

Enfin le malade peut ne plus percevoir les êtres et les choses du dehors sous leur aspect réel. Ou il les voit mal, ou il ne les voit plus. Cette disposition psychique due, pensait Cotard, à une perte de la vision mentale, constitue le délire métabolique proprement dit. Elle existe surtout dans les psychoses avec anxiété.

Quant aux idées d'énormité, ce sont les idées délirantes mélancoliques poussées jusqu'à la grandeur. Les sujets déclarent devoir des millions et des milliards, être la cause de tous les malheurs de l'humanité, passés, présents et futurs, etc. L'une des idées d'énormité les plus fréquentes est l'idée d'immortalité malheureuse, c'est-à-dire la condamnation à ne mourir jamais, comme le Juif-Errant. C'est cette idée d'immortalité pénible qui termine souvent le délire de négation de Cotard, et on voit par là comment cette idée, avec son apparence ambitieuse, n'est en réaUté qu'une idée grandement triste, une sorte de mégalo -mélancolie (Régis).

d. Idées de persécution^ de jalousie, idées de défense. — Les idées délirantes de persécution sont celles qui font croire aux malades qu'ils sont tracassés, calomniés, poursuivis, frustrés, dépouillés, en un mot attaqués dans leur bonheur, leurs inté-

rets, leur personne, leur santé, leur existence. Elles vont de la simple idée de défiance, de suspicion vague, jusqu'au thème délirant le plus net, le mieux organisé et le plus précis.

Les idées de jalousie sont les idées de persécution affective. Elles comprennent les délires jaloux des persécutés, des alcooliques, visant le conjoint, la maîtresse ou l'amant, les obsessions jalouses des dégénérés, des hystériques et jusqu'à la jalousie enfantine s'objectivant sur un individu quelconque.

Les idées de persécution diffèrent suivant les auteurs, la nature et les moyens de persécution : êtres réels ou imaginaires, isolés ou réunis, imputations fausses, injures directes ou indirectes, allusions par des sourires et des gestes significatifs, trous dans les murs, électricité, téléphone, phonographe, sorcellerie, diablerie, empoisonnement, etc.

Elles diffèrent encore suivant que les malades subissent leurs persécutions ou cherchent à s'en préserver, c'est-à-dire qu'ils sont passifs ou actifs. Parfois, ils se croient, en même temps qu'attaqués, défendus par des protecteurs, vivants ou non, qui luttent en leur faveur. Ou bien, ils luttent eux-mêmes et prononcent des mots, exécutent des gestes, accomplissent des actes auxquels ils attribuent un pouvoir de préservation. C'est là ce que Séglas, qui en a fait une étude spéciale, appelle les idées de défense.

Les idées de persécution sont fréquentes dans les psychoses. A l'état de délire organisé, elles se présentent sous deux formes principales : \^ le délire de persécution typique et classique, syndrome de la folie systématisée progressive, avec ses hallucinations et son évolution caractéristiques ; 2° le délire de persécution raisonnant ou des dégénérés, sans hallucinations, sans évolution progressive, limité à un thème circonscrit. Le type de ce dernier est le délire processif ou Querulanten Wahnsinn des Allemands, le délire des persécutés-persécuteurs de J. Fal- RET, reposant, comme l'a fait remarquer Krafft-Ebing, sur un sentiment du droit et de la justice faussement appliqué et donnant lieu à des revendications de toute sorte.

e. Idées religieuses ou mystiques. — Ainsi que l'observe Mor- SELLi, les idées religieuses ou mystiques rentrent le plus souvent

TROUBLES UK ï. IDlixTION 71

dans Tune des catégories de délires que nous venoiLs d'énumérer. en particulier dans les délires mélancoliques (culpabilité religieuse, sacrilèges commis, damnation), dans les délires hypocondriaques et métaboliques (possession corporelle par le diable, transformation en démon, en Antéchrist) (démonomanie), dans les délires de persécution (attaques par les puissances infernales, défense par les puissances célestes), dans les délires de grandeur (prophète, élu de Dieu, pape, Jeanne d'Arc, Jésus- Christ, fondateurs de religion, Dieu lui-même).

Comme les autres idées délirantes, les idées religieuses revêtent cependant, dans certains cas, une sorte d'autonomie qui permet de les conserver à titre indépendant. A ce point de vue, on peut distinguer deux formes principales de délire religieux : 1° le délire religieux de persécution, celui dans lequel le malade se croit poursuivi, possédé, soit par des esprits, soit par Satan, extérieurement ou intérieurement (démonopathie externe et démonopathie interne) ; 2» le délire religieux d'orgueil, celui dans lequel il se considère, dans le domaine religieux, comme un personnage important (théomanie).

Ces formes correspondent aux délires de persécution et de grandeur hallucinatoires, typiques et classiques, syndromes df la folie systématisée progressive. A côté, il y a des mystiques raisonnants ou dégénérés, comme il y a des persécutés et des mégalomanes raisonnants ou dégénérés, qui ont un délire circonscrit, fixe, sans hallucinations, avec tendance aux revendications. Parmi eux, se placent ces mystiques raisonnants, politiques ou religieux, qui tuent un roi, un grand de l'Etat ou de l'Eglise au nom de Dieu ou d'un principe, c'est-à-dire les régicides ou magnicides (Régis).

f. Idées erotiques. — Les idées erotiques ou idées relatives au sens génital pourraient, comme les idées rehgieuses, se répartir à la rigueur dans les délires précédents. Elles méritent cependant quelques observations spéciales.

A l'exemple de Séglas, nous pouvons distinguer : 1° celles qui sont en relation avec un état d'excitation générale de l'organisme, comme le stade de dynamie fonctionnelle de la paralysie générale, où elles sont la conséquence de l'éréthisme génital

et se traduisent à la fois par des conceptions et des actions libidineuses (onanisme, exhibitionnisme, priapisme, bestialité, etc.) ; 2° celles qui font partie d'un délire organisé quelconque, tel que le délire de persécution (persécutés génitaux), le délire hypocojidriaque (hypocondrie génitale, le délire hystérique ou religieux (possession sexuelle onirique par des humains ou des êtres surnaturels), etc. ; 3° celles qui constituent un délire spécial ou une perversion caractérisée (délire erotique proprement dit ou érotomanie, chaste ou non, perversions sexuelles).

Page 1