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TROUBLES DE L'IMAGINATION, DE LA MÉMOIRE ET DE L'ATTENTION

Nous pourrions nous borner, en ce qui concerne les troubles de l'idéation dans les psychoses, à ce que nous venons de dire concernant les idées délirantes. Il serait superflu, en effet, de passer en revue isolément toutes les modifications qu'y peuvent subir les différentes facultés intellectuelles. Ce serait faire plutôt de la psychologie générale que de la psychiatrie. Nous nous contenterons donc de dire un mot des principaux troubles susceptibles d'être observés, dans les psychoses, du côté de V imagination , de la mémoire et de V attention.

1*^ Troubles de rimagination. — L'imagination est, de façon générale, peu développée chez les dégénérés inférieurs et affaiblie chez les déments. Cependant, chez les déséquilibrés et les débiles d'esprit, comme chez certains délirants, elle peut se montrer maladivement active.

DupRÉ et LoGRE ont depuis 1910 (C. 1910, E. 1911) étudié spécialement ce qu'ils appellent le délire d'imagination, « variété de délire due à des processus de l'activité purement psychique sans intervention d'hallucination ou d'illusion sensorielles, ni d'interprétation. Cette activité psychique donne aux délires d'imagination des caractères particuhers : ils éclosent subitement, spontanément en quelque sorte, par improvisation ; ils ne tiennent pas à un raisonnement primordial.

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a Ce délire se rencontre à titre d'épiphénomène associé aux états confusionnels, aux états démentiels de la presbyophrénie et de la paralysie générale. A l'état isolé, on le trouve chez les débiles, sous forme de bouffées délirantes et d'idées de persécution chez les interprétateurs.

« Le délire d'imagination offre avec l'hystérie les rapports les plus étroits ; il existe des formes de transition entre le délire d'imagination et la mythomanie déhrante de l'hystérique. »

Le délire d'imagination de Dupré et Logre, qui se rattache historiquement et cliniquement à la confabulation de Kahl- BAUM et de Hecker et au délire de confabulation de Bo\- HoFFER et de Neisser, ainsi qu'à la pseudologia phantastica de certains auteurs allemands, a également les rapports les plus étroits avec la mythomanie de Dupré, c'est-à-dire avec la tendance constitutionnelle à l'altération de la vérité, au mensonge, à la fabulation et à la simulation. « Lorsque, en effet, cette tendance aboutit à des créations fictives, plus ou moins durables et systématiques, auxquelles le sujet attache sa croyance et conforme ses actes, la mythomanie devient délirante et s'identifie alors avec le délire d'imagination. » Dupré et Logre disent encore : « Le délire imaginatif, dans les cas typiques, se présente comme l'exagération morbide de la mythomanie constitutionnelle du sujet. >>

Bien que le délire d'imagination puisse s'observer, suivant Dupré et Logre, sous la forme de « délire isolé de nature constitutionnelle », il ne saurait être regardé comme une psychose autonome et représente avant tout un mode de formation particulier de déhre, susceptible d'être observé dans nombre d'états psychopathiques. « La mythomanie délirante forme, au même titre que la mythomanie physiologique de l'enfant et la mythomanie morbide non délirante de l'adulte un chapitre de la pathologie générale de l'imagination. »

Il n'est d'ailleurs pas facile et c'est un point sur lequel ont justement insisté Dupré et Logre, de distinguer, dans un délire, ce qui relève de l'imagination et ce qui appartient à l'interprétation ou à l'hallucination ; non seulement parce que ces trois éléments psychologiques peuvent intervenir simul-

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tanément et coexister dans ce délire, mais encore parce qu'ils paraissent parfois s'y confondre. Dromard fait observer avec raison que « le processus d'interprétation est plus ou moins infiltré d'imagination » (J. P. 1911) et quant à l'hallucination, DupRÉ et LoGRE ne semblent pas éloignés de penser, avec certains a teur , qu'elle est en dernière analyse un phénomène d'ordre Imaginatif, comme, par exemple, dans la rêverie. On pourrait tout aussi bien dire d'ailleurs que le processus d'imagination est souvent infiltré d'interprétation et surtout quel'imagination délirante de la rêverie est aUmentée par le déroulement d'images hallucinatoires plus ou moins vivantes.

Les rapports du- délire d'imagination avec le délire d'interprétation de Sérieux et Capgras nous sont un exemple de la difficulté de séparer dans l'analyse de la formation du délire, l'imagination de l'interprétation et plusieurs auteurs comme Dupré et Logre, Gonnet (G. H. 1911, E. 1912), Séglas et Logre (E. 1912) admettent des cas mixtes de délires, faits à la fois d'interprétation et d'imagination.

Ce n'est peut-être pas non plus à notre avis l'imagination qui joue le principal rôle dans la genèse du délire fabulatif de la presbyophrénie de Wermcke. Devaux et Logre (N. l. S. 1911), Truelle et Bessière (E. 1911) ont justement montré, dans ces derniers temps, que la rêverie, la confusion mentale, l'onirisme interviennent pour une large part dans sa production et je ferai remarquer à cet égard que déjà en 1895 j'avais mis en rehef ce mécanisme étiologique dans ma description du '< délire de rêve chez le vieillard » (C. 1895) qui n'est autre, souvent, que le déhre presbyophrénique.

Un autre élément important intervient encore dans la formation du délire de la presbyophrénie : c'est la réminiscence automatique. On pourrait il est vrai voir là, à la rigueur, un produit de ce mode d'imagination admis par les auteurs sous le nom d'imagination reproductrice (voy. Roustan : Leçons de philosophie, vol. I, Psychologie, 1911). Mais il existe une différence considérable entre cette imagination inférieure, « qui n'est qu'une forme de la mémoire, la mémoire des images >• (Roustan, Chaslin, loc. cit.) et l'imagination supérieure,

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V imagination créatrice (Ribot) ou tout au moins combinatricc (Roustan).

On ne saurait mettre sur le même pied et désigner du même nom clinique de délire d'imagination les inventions active-, si bien forgées, agencées et coordonnées parfois, du mythomane fabulant et les fragments de récits décousus, variables, incohérents, du presbyophrénique, revivant et exprimant passivement, comme des faits actuels, quelques-unes des sensations, confuses et enchevêtrées, de son passé. Il s'agit ici non d'invention, de création, non pas même de combinaison, mais d'une pure rumination démentielle, d'une '< rumination à vide », suivant l'expression si juste de Jean- Jacques Rousseau. Le délire de la presbyophrénie est donc, à ce point de vue. bien plus un délire de mémoire, de remémoration spontanée, automatique, qu'un vrai délire d'imagination.

Ce que nous disons du délire de la presbyophrénie s'apphque naturellement aux déhres fabulatifs de la démence en général et de la démence paralytique en particulier (Trénel > t Libert. S. C. M. 1910, RoGUES DE FuRSAC et Genil-Perrin, J. PI. 1912. UssE, Th. P. 1912) qui nous semble être également un déhre d'hallucinations et de réminiscences automatiques, bien plutôt qu'un déhre d'imagination proprement dit.

En résumé et en s'en tenant aux caractères indiqués par DuPRÉ et Logre, on voit combien est relativement restreint le nombre de déhres méritant réellement le nom de dé]ire> d'imagination.

Il faut en séparer, en effet, tous les déhres dans la composition desquels entrent pour une part importante d'autres éléments psychologiques, en particulier l'hallucination et l'interprétation.

Il faut encore distinguer les déhres de lïmagination supérieure et ceux de l'imagination inférieure, c'est-à-dire « les créations fictives plus ou moins durables et systématiques » et les produits spontanés de l'onirisme et de la réminiscence automatique.

Parmi les fabulations actives enfin, il convient de ne pas confondre celles qui sont voulues, que le malade invente sciem-

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ment, et celles dont il est lui-même la première dupe, « auxquelles il attache sa croyance et conforme ses actes ».

Ce sont les seules en fin de compte qui, psychologiquement et chniquement, mériteraient le nom de délires d'imagination.

2° Troubles de la mémoire. — Nous n'avons à parler ici, bien entendu, que des troubles de la mémoire des psychopathies-maladies ou psychoses. Quant à ceux des psychopathies -infirmités (dégénérescences et démences), nous les signalerons à l'occasion de la symptomatologie générale de ces dernières.

Envisagée au sens vulgaire du mot, la mémoire est souvent très bonne chez les aliénés et on en voit qui, après des années et des années, l'ont conservée à peu près intacte dans tous ses modes, en dépit de leurs apparences de déments. Aussi, convient-il de ne pas se hâter de ranger un vésanique, même chronique, dans la démence, si, comme nous le disions plus haut, l'état de la mémoire est, à ce point de vue, l'un des meilleurs signes révélateurs.

Les troubles de la mémoire, mieux connus aujourd'hui depuis les importants travaux de Ribot, de Sollier et d'autres auteurs, peuvent consister, dans les psychoses, en hypermnésie, dysmnésie, amnésie, paramnésie, c'esi-k-dire en exaltation, obtusion, inhibition, perversion des fonctions mnémoniques.

Chacun de ces troubles est susceptible d'intéresser l'un des éléments constituants de la mémoire : fixation, conservation, évocation ou reproduction, localisation.

Chacun d'eux aussi peut être total ou partiel, c'est-à-dire affecter l'ensemble des souvenirs ou une partie plus ou moins considérable et plus ou moins systématique.

a. Hypermnésie. — L'hypermnésie est la suractivité fonctionnelle morbide de la mémoire. Cette suractivité, dès longtemps signalée dans certaines psychoses, n"eit pas illusoire, elle est réelle.

Elle est totale dans les états psychopathiques essentiellement caractérisés par de l'excitation intellectuelle, à savoir dans cette forme de manie dite excitation ou exaltation maniaque,

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que l'on trouve surtout dans les psychoses intermittentes et circulaires, dans la paralysie générale au début, Vhystérie, les intoxications légères. Il y a là une résurrection, un réveil de souvenirs d'une étendue, d'une richesse, d'une précision souvent inouïes. Particularité à remarquer, c'est la mémoire involontaire qui fait les principaux frais de cette hypermnésie. Le sujet subit la poussée éruptive de ses réminiscences bien plus qu'il ne la provoque et ces réminiscences, à y regarder de près, s'opèrent surtout par le jeu automatique des associations, très surexcité dans les cas de ce genre.

L'hypermnésie peut également être partielle. Cela a lieu chez beaucoup d'individus atteints de délire systématisé de persécution ou de grandeur, qui, pour bâtir et édifier leur construction déhrante, vont chercher souvent des matériaux jusque dans les infiniment petits de leur vie passée, de celle de leur famille ou même de l'histoire. Ici, ce n'est plus la mémoire automatique, c'est la mémoire volontaire qui est en cause.

b. Dysmnésie. — La dysmnésie, diminution ou obtusion de la mémoire, est également totale ou partielle et porte alors plus ou moins spécialement sur les noms, les chiffres, les langues, les faits récents ou anciens.

Lorsqu'elle n'est pas l'indice d'un commencement d'affaiblissement mental, de démence, et par suite le début d'une amnésie progressive, elle caractérise plus spécialement la psychasthénie ou la confusion mentale.

La dépression de la mémoire, dans la psychasthénie, est très fréquente et caractéristique. Les malades se plaignent d'oublier le passé, de n'avoir plus d'idées, de ne pouvoir rien retenir. Au fond, leurs craintes sont excessives, mais il n'en est pas moins vrai que c'est cette préoccupation, devenue chez eux obsédante, qui les pousse surtout à la phobie si commune de la folie, de la démence.

C'est là, à la fois, une dysmnésie d' évocation et une dysmnésie de fixation, qui n'est pas sans comphquer le problème déjà difficile du diagnostic de la psychasthénie et de la paralysie générale au début.

Dans la confusion mentale, en même temps qu'une amnésie,

dont nous parlerons tout à l'heure, il y a dysmnésie d'évocation et de fixation, comme dans la psychasthénie, mais à un degré plus marqué.

c. Amnésie. — L'amnésie est la perte ou plutôt la disparition des souvenirs.

Ses variétés, très nombreuses, se retrouvent toutes dans les psychoses.

Elle y est, exceptionnellement, totale et générale. Nous avons observé. Pitres et moi, deux individus qui avaient absolument tout oublié de leur vie, jusqu'à leur nom. Il est vrai que l'un de ces individus était un simulateur et que pareille supposition a pu être faite pour l'autre. Mais si l'amnésie dans les psychoses, n'est guère totale pour l'existence entière, en revanche, elle est souvent totale pour une période temporaire. Cela s'observe dans les psychoses épileptiques, hystériques, toxiques, infectieuses, notamment dans la psychose éclamptique, la psychose d'insolation, etc. Le plus souvent l'amnésie est partielle (psychose hystérique, toxique).

L'amnésie est continue (confusion mentale, intoxications) ou périodique (épilepsie, hystérie) ; subite (shocks moraux, shocks traumatiques) ou lente (intoxications chroniques) ; définitive (épilepsie) ou temporaire (hystérie, confusion mentale); immédiate (cas ordinaires) ou retardée, c'est-à-dire ne se produisant qu'après coup, ainsi que l'a bien montré J. Maxwell (épilepsie).

L'amnésie est rétrograde ou relative au passé, et dans ce cas soit lacunaire, soit diffuse, suivant qu'elle forme un trou très net dans les souvenirs, ou une période mal découpée avec un début et une fin plus ou moins nuageux, dénommés pour ce motif phases crépusculaires. Lorsque l'amnésie rétrograde a pour effet de reporter et de faire revivre le sujet à une époque déterminée de son existence antérieure, elle constitue Vecmnésie de Pitres (hystérie) susceptible de se présenter, mais sous une forme différente, dans les tumeurs cérébrales (Dupré).

L'amnésie est encore antérograde ou actuelle (Régis), c'est-à- •lire spéciale aux souvenirs du présent.

L'amnésie rétrograde est surtout une amnésie d'évocation et

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r amnésie antéro grade une amnésie de fixation. Elles peuvent du reste coexister, de façon à former Vamnésie dite rétro-antérograde.

Ces amnésies, mises en lumière dans ïhystérie, Vépilepsie, les traumatismes , appartiennent aussi aux psychoses toxiques.

C'est dans ces formes d'amnésies et de dysmnésies diffuses de la confusion mentale névrosique, traumatique, infectieuse et toxique que les sujets perdent plus ou moins, comme dans les démences, mais d'une façon qui peut n'être que temporaire, la notion du temps et du lieu, et deviennent plus ou moins incapables de s'orienter dans le passé comme dans l'ambiant du présent (désorientation dans le temps, désorientation dans V espace ou mieux dans le lieu).

Pour en finir avec l'amnésie proprement dite, nous devons mentionner que, dans les vésanies, les malades gardent généralement le souvenir complet de leur accès, tandis que dans les psychoses d'intoxication, c'est d'habitude sur le temps de cet accès que porte surtout l'amnésie.

d. Paramnésie. — La paramnésie est la perversion de la mémoire.

Elle se traduit communément par des troubles de localisation des souvenirs dans le temps (psychasthénie, confusion mentale).

A côté de ces faits se place un phénomène particulier désigné sous les noms de fausse réminiscence, illusion du déjà vu, paramnésie. « Il consiste à croire qu'un état nouveau a en réalité été antérieurement éprouvé en sorte que, lorsqu'il se produit pour la première fois, il paraît être une sorte de répétition )) (Ribot).

Ce phénomène est en réalité plus qu'un trouble de la mémoire; c'est un état complexe, à la fois cénesthésique et intellectuel, qui atteint la conscience et parfois même la personnàUté entière.

Beaucoup de théories ont été émises pour l'expliquer. Je me rattacherais volontiers, l'ayant éprouvé, à l'idée qui voit là, au moins dans certains cas, un fait d'identification entre deux états affectifs plus ou moins similaires, l'un actuel, conscient, éveillé, l'autre antérieur, subconscient : identification due à ce que l'état affectif actuel réveille vivement l'élément émotion-

nel ou cénesthésique de l'état antérieur sans réveiller au même degré son élément intellectuel, ses souvenirs, faiblement associés. A diverses reprises, j'ai pu retrouver ainsi, au prix d'un effort, dans le passé de la vie, le fait initial, et saisir ses analogies et ses différences avec le fait du présent. Mon élève Thibault fTh. B., 1899) a soutenu cette explication du « déjà vu » par la fusion erronée d'un état subconscient et d'un état conscient et Grasset l'a développée à son tour, on le sait, d'une façon analogue.

Quoi qu'il en soit, la paramnésie, fausse réminiscence ou déjà vu, qui peut s'observer à l'état de santé, s'observe aussi dans la psychasthénie, la confusion mentale, etc. Elle n'est là, généralement, qu'un phénomène partiel, passager, intermittent. Toutefois, elle peut exceptionnellement, dans les psychoses, être totale, continue et durable. Les sujets se trouvent, dès lors, en présence des événements de la vie qui se succèdent, comme devant des événements déjà tous vécus. Arnaud a cité un exemple remarquable de cet état particulier chez un malade atteint de psychasthénie profonde qui prétendait que tous les faits dont il était témoin s'étaient produits un an auparavant, jour pour jour.

A côté des sujets de ce genre, il faut mentionner ceux qui, par un phénomène inverse, considèrent ce qu'ils voient, entendent ou ressentent comme toujours nouveau.

Ce phénomène, qui tient surtout à une amnésie de fixation, c'est-à-dire à l'impossibilité de graver les sensations du présent, peut être partiel et temporaire, comme aussi général et persistant. Tel ce malade de Mabille qui depuis huit ans croyait être arrivé de la veille dans l'asile et voir ceux qui l'entouraient pour la première fois.

Par opposition « au déjà vu », on pourrait donner à cette particularité, qui mérite comme lui d'être étudiée et qui s'observe, comme lui, dans les états de confusion mentale et de psychasthénie, le nom de jamais vu.

3^ Troubles de Tattention. — V attention n'est pas à proprement parler une faculté. C'est, suivant l'opinion de Ribot,

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une forme de volonté, la volonté intellectuelle. C'est '< le moteur de la vie de l'esprit » (J.-P. Nayra, vol. 1906).

Si nous en disons un mot ici, c'est que ses troubles nous paraissent exercer une action importante dans la genèse de certains délires (Vaschide et Meunier, vol. 1908 et 1910).

Le rôle principal de l'attention consiste à fixer l'esprit sur des objets déterminés et à lutter ainsi contre l'envahissement de la conscience par des pensées involontaires qui se manifestent aussitôt que l'attention faiblit.

Or, ce pouvoir fixateur de l'attention est généralement très altéré dans les infirmités psychiques, où nous le retrouverons, et dans les psychoses, d'où la porte ouverte à l'instabilité, à la distraction, à l'automatisme mental.

Et c'est pourquoi de nombreux aliénistes ont pu dire, avec Baillarger, que le délire avait sa source dans l'exercice involontaire des facultés.

Il serait excessif cependant de généraliser et surtout de considérer tous les délires comme le résultat d'un même automatisme, sans distinction.

On pourrait, nous semble-t-il, admettre à cet égard trois catégories de faits : 1° les faits dans lesquels il y a conflit entre l'automatisme et l'attention volontaire, le premier faisant surgir des pensées que la seconde cherche à repousser (idées obsédantes, idées parasites) ; 2° les faits dans lesquels il y a pour ainsi dire entente, collaboration entre l'automatisme et l'attention volontaire, le premier fournissant à celle-ci des faits qu'elle accepte et s'incorpore (délires maniaques, délires systématisés) ; 30 les faits dans lesquels il y a suppression de l'attention volontaire au profit de l'automatisme qui, devenu libre, crée de toutes pièces le délire (psychoses des états seconds, psychoses de rêve ou oniriques, confusion mentale, démence précoce).

Franchini (E. a. 1909) a fait quelques essais sur le graphique psychométrique de l'attention dans les maladies mentales et Revault d'AuLONNEs (S. PI. 1910), étudiant à son tour les troubles de l'attention chez les aliénés, a proposé de les classer en six degrés.

82 SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE DIÎS PSYCHOSES

Toulouse et Mignard ont récemment décrit (R. P. 1911) dans les maladies mentales les troubles de V auto-conduction, c'est-à-dire de cette fonction supérieure d'application adaptant tous les mécanismes intellec uels (perception, mémoire, association d'idées, fonctions logiques) en une activité psychique, les dirigeant vers un but, les maintenant dans cette direction, choisissant les éléments utiles, inhibant et réduisant les autres.

L'auto-conduction est donc en quelque sorte l'attention, mais l'attention élargie devenant un processus supérieur de coordination et d'action.

Toulouse et Mignard distinguent dans les maladies mentales : les états déficitaires (par faiblesse mentale) et les états vésaniques (par trouble de l'application ou d'auto-conduction des fonctions mentales). Ils voient là une conception nouvelle en ce qui concerne la pathogénie et les synthèses cliniques des psychoses.

Nous avons renoncé dans cette édition comme dans les précédentes, à signaler ici la confusion, parce que la confusion n'est pas un sj-mptôme, un trouble simple de l'idéation, mais un état morbide complexe, un syndrome, formé en partie par les troubles de la mémoire et de l'attention dont nous venons de parler, en partie par d'autres troubles tels que l'hébétude, l'automatisme mental, la torpeur générale, etc. La confusion continuera donc d'être décrite par nous à titre de syndrome, dans un paragraphe spécial.

ARTICLE II

TROUBLES DKS PERCEPTIONS

Les troubles des perceptions, deuxième groupe des troubles psychiques des psychopathies-maladies, comprennent : 1° les hallucinations ; 2^ les illusions.

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