ARTICLE 111 TROUBLES DE LAFFECÏ1\ ITÉ
Ces divers troubles sont, en psychiatrie, ainsi que nous l'avons déjà vu, d'une fréquence et d'une importance très grandes, par leur rôle dans la production de certains délires et de certaines hallucinations. Ils mériteraient donc, dans un grand ouvrage de psychologie morbide, une étude détaillée et approfondie. Ici, sans toucher à la question, toute d'actualité en ce moment, du mécanisme des émotions, nous devons nous borner à signaler les troubles généraux de l'affectivité, en insistant seulement sur l'un de ses troubles spéciaux les plus importants : V Obsession.
1° Affections. — Les troubles des affections, dans les états psychopathiques, peuvent être ramenés à deux catégories :
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1° U exaltation des affections amicales, amoureuses, familiales, philanthropiques, animales même, très marquée dans certains cas de lypémanie, d'érotomanie, de paralysie générale au début ;
2° Uabolition et la perversion des affections, plus spéciales à certains délires systématisés et dégénératifs.
2" Sentiments. — Quant aux sentiments morbides les plus communs, nous pouvons citer :
1» Uégoîsme, qui constitue le fond du caractère de beaucoup d'aliénés ;
2» L'orgueil, que l'on observe surtout dans le délire ambitieux ;
3° La méchanceté, la fourberie, le mensonge, Vamoralité, dans la folie dite morale des hystériques et des dégénérés ;
4° La révolte, la haine, la vengeance, dans le déhre de persécution ;
h^ La générosité, la prodigalité, dans la paralysie générale expans ive ;
6*^ Le découragement, l'impuissance, dans l'hypocondrie intellectuelle et morale ;
70 Uhumilité, la contrition, dans la mélancolie et ses diverses variétés, etc., etc.
Rappelons enfin que les sentiments intellectuels les plus élevés, les sentiments éthiques, par exemple, peuvent être altérés, pervertis ou abolis dans les psychoses.
3'' Passions. — Les passions ont été longtemps considérées comme jouant un rôle capital dans la production de la folie, et dans la première partie du xix® siècle d'intéressants et nombreux ouvrages ont été consacrés à l'influence des passions sur les maladies (Tissot 1798, Debreuze 1809, Alibert 1825, et à la médecine des passions ( Descure t 1841).
Aujourd'hui une réaction s'est produite et c'est à peine s"il est fait mention des passions dans l'étiologie des maladies mentales.
La vérité, c'est que si les passions sont parfois cause de psy-
chopathies, il est bien plus fréquent qu'elles en soient la conséquence. La passion amoureuse et jalouse, la passion du jeu, la passion des achats, la passion de Vavarice, « anomalie de l'instinct d'épargne » (Rogues de Fursac. vol. 1911), etc., s'observent surtout en effet soit comme symptôme de V excitation maniaque, des psychoses toxiques et génitales, de la déséquilibration et de la dégénérescence avec ou sans névrose, soit comme signe précurseur ou de début d'un état démentiel [paralysie générale progressive, cérébro-sclérose, etc.).
4" Emotions. — Nous avons signalé l'importance de la constitution émotive et de l'émotion-choc dans l'étiologe des états psychopathiques. Au point de vue symptomatologique, les émotions morbides que l'on rencontre le plus souvent dans ces états sont :
1° La joie, relativement rare, mais dominante dans les états maniaques expansifs, les délires extatiques, etc., et, sous forme de joie passive (Mignard, vol. 1909), dans les démences ;
2° La colère, concentrée ou impulsive, passagère ou durable, très commune dans la manie, le délire de persécution et bien d'autres psychoses, où elle va parfois jusqu'à la fureur (épilepsie, alcoolisme).
3° La tristesse, passive ou active (Dumas), qui fait le fond de la mélancolie ;
40 La crainte, la terreur, poussées au plus haut point dans les délires panophohiques ou terrifiants ;
D^ Uanxiété, dont nous allons dire un mot à part, en raison de son importance.
50 Anxiété. — h' anxiété est un état d'incertitude, de trouble et d'agitation, avec sensation de gêne et de resserrement à la région précordiale, comprenant trois degrés : l'inquiétude, l'anxiété et l'angoisse (Littré).
C'est ainsi que l'envisage également G. Lalanne (G. 1902). Pour Brissaud, il y a lieu de distinguer Vangoisse, phénomène physique, de Vanxiété, phénomène psychique, l'un pouvant exister sans l'autre, ce qui est exact.
TROUBLES DE L KMOTIVITE lOo
Quoi qu'il en soit, l'anxiété est un état émotif complexe, dont la symptomatologie, bien étudiée par Lalanne, comprend à la fois : des troubles moteurs (asthénie motrice, tremblement, incoordination, altérations de la parole, vertige) ; des troubles circulatoires (angoisse précordiale, spasmes, hypertension, modifications vaso-motrices) ; des troubles respiratoires (oppression, dyspnée, altération de rythme et d'amplitude) ; des troubles digestifs (spasme gastriqu ■ (Tastevin, R. N. 1912), crampes, douleurs, diarrhées subites) ; des troubles sécrétoires (polyurie, sialorrhée ou sécheresse de la bouche, hyperhydroses locales ou générales) ; des troubles affectifs et intellectuels (inquiétude, ennui, défaut d'attention et de mémoire, obnubilation de l'inteUigence, intensité de la représentation mentale pouvant aller jusqu'aux pseudo-hallucinations, désagrégation de la conscience et de la personnalité, mais par-dessus tout, attente anxieuse, avec phobies et obsessions).
L'anxiété, symptôme fréquent et parfois caractéristique dans certaines psycho-névroses et psychoses, constitue le fondement d'un syndrome dont la place est marquée ici : Vobsession. Je résumerai ce qui a trait à ce trouble psychopathique d'après le volume que nous lui avons consacré, Pitres et moi.