ILLUSIONS
±' Définition. — L'illusion est un phénomène morbide assez fréquent en psychiatrie. Ce n'est plus, comme l'hallucination, une perception sans objet ; c'est une perception avec objet, mais une perception erronée ; c'est, si l'on veut une définition : la fausse perception d'une sensation réelle. Ainsi, un individu, avons-nous dit, qui entend des voix alors qu'aucun son n'a frappé son oreille, éprouve une hallucination. Un individu qui, entendant le son d'une cloche, par exemple, perçoit une injure à lui adressée, éprouve une illusion. Lasègue a parfaitement fait ressortir cette différence entre l'hallucination et l'illusion, en disant : « L'illusion est à l'hallucination ce que la médisance est à la calomnie. L'illusion s'appuie sur la réalité, mais elle la brode ; l'hallucination invente de toutes pièces, elle ne dit pas un mot de vrai. >
2*^ Caractères, division. — L'illusion vraie est un phénomène surtout sensoriel ou psycho-sensoriel et non comme on l'admettait généralement avec Descourtis, un phénomène surtout psychique, sans erreurs des sens, une forme de délire. Cela n'est exact, comme nous le dirons plus loin, que de V interprétation.
Au point de vue de sa valeur pronostique, l'illusion est un symptôme moins grave que l'hallucination. Aussi, est-elle surtout fréquente dans les psychoses curables, notamment dans la manie aiguë, la mélancolie et les délires toxiques.
Les illusions peuvent se diviser, comme les hallucinations, en illusions sensorielles, illusions internes ou cénesthésiques, illusions motrices.
Les illusions sensorielles, comme les hallucinations, se dénomment d'après la sensation qui est le point de départ du phénomène. Contrairement à ce qui a lieu pour les hallucinations, les illusions de la vue sont de toutes les plus fréquentes. Elles peuvent être, elles aussi, unilatérales.
Les illusions internes ou cénesthésiques et les illusions motrices consistent dans la fausse perception soit de sensations viscérales réelles, soit de la sensibilité, soit du mouvement. C'est ainsi que très souvent les troubles de la sensibilité et les affections du pharynx (paresthésies pharyngées. A, Bouyer 1907), de l'estomac, de l'intestin, de l'urèthre, de l'utérus, par les phénomènes réactionnels qu'ils provoquent, déterminent chez les malades l'idée qu'ils ont des animaux dans le ventre, qu'on les viole, etc., etc. Ces illusions internes sont surtout fréquentes dans les psychoses viscérales et auto-toxiques.
3" Diagnostic. — Les illusions, sensorielles ou cénesthésiques, ne se séparent pas très nettement des hallucinations, et il est tel phénomène morbide qu'il est parfois difTicile de classer dans l'un ou l'autre de ces symptômes. Mais, en cHnique, la distinction est nécessaire et doit être conservée.
L'illusion se sépare moins nettement encore de l'interprétation déhrante, à ce point qu'on les confond habituellement l'une et l'autre et nous-mème nous avions donné, au début, une définition de l'illusion qui était plutôt celle de l'interprétation morbide.
Nous pensons que, pour si rapprochés que soient ces deux symptômes, il y a lieu de les distinguer.
Dans l'illusion, le phénomène pathologique a une base sensorielle ; il consiste dans la fausse perception d'une sensation réelle. Dans l'interprétation délirante le phénomène pathologique est purement intellectuel ; il consiste dans l'appréciation erronée d'un fait réel, soit lié à une sensation, dans ce cas normalement perçue, soit étranger à toute sensation directe.
Exemple : un individu, entendant un son de cloche, perçoit, au lieu de ce son, une voix qui parle. C'est une illusion sensorielle. Un individu, entendant un son de cloche, perçoit normalement ce son, mais le commente et s'imagine qu'il est destiné à le signaler à la malignité publique ou qu'il sonne le glas de ses parents : voilà une interprétation déhrante.
En un mot, dans l'illusion le trouble psychique porte sur la sensation elle-même, qui est mal perçue ; dans l'interprétation il porte non sur la sensation, exactement perçue, mais sur les déductions qu'en tire le sujet.
Cette distinction, très nette dans les cas typiques, l'est beaucoup moins dans d'autres, notamment dans les cas mixtes, faits à la fois d'illusion et d'interprétation (illusions mentales des états maniaques et des psychoses toxiques, illusions interprétatives du délire systématisé d'interprétation).