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PREFACE III

condenser en un volume, même sommairement, les notions psychiatriques indispensables désormais à tant de personnes : aliénistes, futurs médecins des asiles, médecins des prisons, médecins experts et médecins légistes, médecins-inspecteurs départementaux des aliénés, médecins de, Tarmée, de la marine et des colonies, médecins praticiens, étudiants en médecine, magistrats, avocats, étudiants en droit, psychologues, etc., etc.

Les psychoses d'auto-intoxications et d'infections occupent ici une place importante et j'ai passé en revue, en autant d'articles distincts, les principales d'entre elles.

J'avais, pour ce faire, deux raisons majeures. La première c'est que les auto-intoxications et les infections jouent, cela est nettement établi aujourd'hui, un rôle très considérable en psychiatrie. La seconde, c'est que les psychoses des auto-intoxications et des infections représentent la presque totalité de ces innombrables psychoses symptomatiques auxquelles le praticien a particulièrement affaire et qu'il rencontre sur sa route pour ainsi dire à chaque pas.

Un des grands défauts de l'enseignement psychiatrique et des traités de psychiatrie, tels qu'ils ont existé jusqu'à ce jour, c'est, comme je l'ai dit ailleurs, d'avoir pris à peu près exclusivement pour thème les grandes folies des asiles cV aliénés, en laissant à l'arrière-plan les psychoses symptomatiques, celles que j'appeile, en raison du milieu où on les observe surtout, les délires des hôpitaux.

Or, il suffit de réfléchir pour comprendre que si le praticien a besoin de connaître les folies des asiles, c'est-à-

IV PREFACE

dire les types classiques de vésanies, il a encore plus besoin de connaître les délires des hôpitaux, c'est-à-dire les psychoses symptomatiques, notamment les psychoses d'auto-intoxications et d'infections. Celles-ci en effet sont au premier chef de son domaine professionnel ; c'est à lui qu'incombera non seulement le soin de les observer, mais aussi de les traiter, du début jusqu'à leur terminaison.

Il est donc de toute évidence que si on enseigne à l'étudiant ce qu'est la lypémanie, ce qu'est la folie systématisée progressive, ce qu'est le délire des persécutés-persécuteurs, etc., on doit lui enseigner aussi ce qu'est le délire de la pneumonie, de la fièvre typhoïde, de la grippe, de la variole, du paludisme, du shock traumatique et opératoire, de l'insolation, etc.

C'est cette lacune que j'ai voulu tenter de combler en orientant depuis longtemps mes travaux, ceux de mes élèves et mes leçons cliniques dans cette voie et en faisant aux psychoses symptomatiques, dans ce Précis, une part qui ne leur avait jamais été attribuée dans un ouvrage de ce genre.

On a dit avec juste raison que l'application des grandes théories modernes de l'infection et de l'auto-intoxication avait régénéré la psychiatrie et l'avait, plus que tous les efforts antérieurs, rapprochée enfin de la pathologie médicale, à laquelle elle appartient.

L'importance donnée dans ce livre aux psychoses d'auto-intoxications et d'infections a dès lors nécessairerement aussi pour résultai de le rapprocher des livres courants de pathologie médicale.

PREFACE V

C'est là le principal caractère de ce Précis qui constitue une tentative vers l'entrée définitive de la psychiatrie dans la médecine ordinaire par la voie des grandes doctrines de la pathologie générale actuelle, personnifiées par mon illustre maître, le professeur Gh. BoucHAno.

Je n'ai plus maintenant qu'un mot à dire. La psychiatrie française, depuis quelques années, fait de larges emprunts à la psychiatrie étrangère, particulièrement à la psychiatrie allemande. Cela est logique, car la science vit de libre-échange et il est naturel que nous utilisions les progrès réalisés ailleurs, comme on peut utiliser ailleurs les progrès réalisés dans notre pays.

Mais il y a un écueil à cela. C'est que la mode s'en mêle souvent, surtout en France et que par une sorte d'entraînement progressif, par engouement, par snobisme, on en arrive à dépasser la mesure, à ne trouver rien de bien que ce qui nous vient du dehors, et à laisser s'efi'acer peu à peu sans le vouloir et sans le savoir, dans cet emprunt de théories, d'idées, de formules et de mots, les caractères de la personnalité nationale.

Or, il serait vraiment dommage qu'il en fût ainsi en psychiatrie, car là plus qu'ailleurs, la science française à apporté de tout temps ses incomparables qualités de fine observation, d'ordre, de méthode et de clarté.

Tout en faisant aux travaux étrangers, dans cet ouvrage, la large et légitime part qui leur est due, il m'a donc paru qu'il n'était pas nécessaire de tout leur emprunter, théories, idées et langage, et j'ai pensé que ce Précis pouvait donner un aperçu général de nos connaissances,

PREFACE

théoriques et pratiques, en médecine mentale, bien que restant par ses traditions, par ses affinités, par sa terminologie, par son caractère, en un mot par ce quelque chose qui se dégage d'un livre aussi bien que d'un être vivant, un spécimen bon ou mauvais, réussi ou non, de la psychiatrie française.

E. Régis.

Bordeaux, le 27 juillet ]90o.

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