‹ Précis de psychiatrieChapitre 44 sur 278 · TROUBLES DU LANGAGE · texte numérisé non relu

TROUBLES DU LANGAGE

±" Troubles du langage parlé. — Les troubles du langage parlé sont divisés par Séglas, qui en a fait une étude approfondie en : dyslogies (ceux par troubles intellectuels) ; dysphasies (ceux par trouble de la fonction langage) ; dyslalies (ceux par troubles de la parole articulée.

Sans nous occuper ici des dysphasies organiques (aphasies) et fonctionnelles (amnésies verbales, hallucinations verbales, impulsions verbales) et des dyslalies (embarras de la parole dans la paralysie générale, dans l'alcoolisme, l'épilepsie, etc.), dont nous avons déjà parlé ou dont nous parlerons plus tard, nous nous bornerons à mentionner les variétés les plus intéressantes de dj'slogies d'après Séglas.

a. Dyslogies proprement dites : facilité d'élocution, langage spirituel, incisif, parfois même éloquent (excitation maniaque, paralysie générale au début) ; difficulté anormale de s'exprimer, de trouver ses mots (mélancolie, psychasthénie, confusion mentale) ; incohérence ou décousu du langage, résultant soit d'un affaibUssement des facultés (incohérence vraie des déments), soit d'une activité ou d'une mobilité d'idées excessives (fausse incohérence ou logorrhée des maniaques) ; phrases caractéristiques de chaque forme délirante (Exemple : <( Je n'ai rien à vous dire », « Vous le savez mieux que moi », « Vous l'entendez aussi, je pense »... des persécutés hallucinés); néologismes, mots nouveaux, formules inaccoutumées et singulières, parfois toujours les mêmes (stéréotypies verbales) par lesquelles les malades désignent leurs souffrances, leurs ennemis, prient, menacent, se défendent, etc., et qui sont un signe de chronicité (déhres systématisés, manie, mélancolie, confusion mentale chroniques, démence précoce).

b. Dyslogies par modification de la diction expressive : troubles d'intensité de la voix ; variation du timbre et de l'intonation (voix haute, sonore, hardie des maniaques, voix hésitante,

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timide, entrecoupée de sanglots et de gémissements des mélancoliques, susceptibles d'être observées successivement l'une et l'autre chez le même individu, dans le cas de folie à double forme ; voix emphatique, théâtrale de certains maniaques, paralytiques généraux et mégalomanes ; voix sentencieuse, prédicante des mystiques théomanes ; voix factice, artificielle, avec répétition déclamatoire de mots banals ou sans signification (verbigération des déments précoces, surtout catatoniques) ; monologues, trouble de langage fréquent et important chez les aliénés, très bien étudié par Darcanne, élève de Séglas, à la fois dans ses caractères symptomatiques extrinsèques et intrinsèques, dans son mécanisme psychologique, dans sa valeur sémiologique, enfin dans sa signification pronostique habituellement grave et indice d'une tendance à la chronicité et à Tincurabilité, sauf dans le cas de psychose généralisée, en particulier de manie ; mutisme, provenant soit d'une inhibition aboulique, soit d'hallucinations impératives, d'idées délirantes d'indignité, de culpabihté, de défiance, de négation d'organes du langage, d'opposition systématique ou négativisme, soit, enfin, de simulation.

c. Dyslogies par modificatiofi du style et de la syntaxe : langage choisi, mordant, prétentieux, ampoulé, dramatique, avec métaphores, allégories, sentences, mots à double sens, calembours, langage famiher, trivial, obscène, etc. ; langage incorrect par perte de la mémoire, trouble de l'attention (démences, psychasthénie) ; langage grammaticalement anormal par idées délirantes déterminées (malades cjui se désignent à la troisième personne, par un quahficatif, une périphrase, un nom d'autre sexe, d'animal, d'objet, tels que certains mélancoliques simples, anxieux, négateurs, certains délirants systématisés, etc.) ; langage anormal par originalité et recherche prétentieuse (démence précoce, délires systématisés, états maniaques). - C'est ici que nous croyons devoir mentionner ce qui a été récemment décrit en Allemagne sous le nom de syndrome de Ganser, du nom de l'auteur qui l'a principalement décrit.

Sous ce vocable, les Allemands désignent une sorte d'état crépusculaire, subconscient, rentrant dans la catégorie des

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phénomènes appelés par eux : Dammerzustande ^ (état d^ rêve), " Traumwachen » (éveil de rêve), '< Schlaftrunkenheit » (ivresse du sommeil), état relevant de l'hystérie et se traduisant par : 1*^ un trouble profond de la conscience, allant de la torpeur jusqu'à la stupeur complète ; 2^ un trouble également profond de la mémoire (amnésie, dysmnésie) ; S*' des signes divers d'hystérie ; 4^ le symptôme des réponses absurdes. Ce symptôme des réponses absurdes, particularité principale du syndrome de Ganser et qui lui donne sa physionomie spéciale, consiste en ce que les malades, tout en montrant qu'ils ont entendu et compris les questions qu'on leur pose, n'en font pas moins des réponses approximatives, absurdes, équivoques, en coq-à-l'âne, aux questions même les plus simples, les plus élémentaires. Il porte le nom de ■ Vorbeireden » (parler à côté), «■ Unsinnigenantworten » (répondre de façon absurde), » Nicht Wissenwollen » (vouloir ne pas savoir). Il s'agit là d'une absurdité comme cherchée des réponses, analogue à celle que l'on rencontre chez certains simulateurs (voy. p. 1097). Cette absurdité des réponses peut d'ailleurs s'accompagner d'une absurdité correspondante des actes (Vorbeihandeln). Tels le rire dit « sans motif ) ou les réactions illogiques des déments précoces.

A côté de ce syndrome de Ganser intégral, ou complet, regardé comme un état hystérique, parfois épisodique au cours d'un autre délire d'Hollander, E. 1909), on admet aussi un état plus simple, composé uniquement du symptôme des réponses absurdes et susceptible, lui, de s'observer dans des psychoses diverses, notamment dans la démence précoce, où il constitue une sorte de manifestation de négativisme.

Il existerait donc, en fin de compte, un syndrome de Ganser et un symptôme de Ganser, séparés par les différences que nous venons de signaler.

2" Troubles du langage écrit. — Les troubles du langage écrit sont aussi fréquents, sinon plus, chez les aliénés, que les troubles du langage parlé.

Séglas qui en a résumé les caractères généraux, ébauchés par Marge et quelques auteurs, les divise de la même façon

que les troubles du langage parlé, en dyslogies graphiques, dysgraphies et troubles de récriture proprement dits.

Parmi ces derniers, dus aux différentes causes, indépendantes de l'état mental, qui peuvent agir sur l'exécution même, sur la coordination du mouvement et par suite sur le tracé des signes graphiques, il range les troubles de l'écriture par paralysies, contractions, tremblements, c'est-à-dire ceux des psychoses toxiques et de la paralysie générale, dont nous parlerons plus loin.

Dans les dysgraphies, qui résultent de troubles de la fonction langage, il distingue les dysgraphies organiques, appartenant à l'aphasie et les dysgraphies fonctionnelles tenant à l'abolition, à Tobtusion de l'intelligence (agraphie de la démence, de la stupeur) ou à l'oubli psychopathique des signes du langage écrit (dysgraphies des psychasthéniques).

Les dyslogies graphiques comprennent tous les troubles du langage écrit relevant de troubles intellectuels avec intégrité de la fonction langage. Les principales sont les suivantes : Graphomanie, graphorrée, ou manie d'écrire (états maniaques, délires systématisés, paralysie générale au début, etc.) avec son opposé le mutisme graphique (mélancolie, stupeur) ; aspect général de l'écrit, tantôt sur papier propre, soigné, ordonné, régulier (délires systématisés), tantôt sur chiffon malpropre, désordonné, irrégulier (états maniaques, démences) ; disposition des lignes et des mots tantôt enchevêtrés dans tous les sens, tantôt spécimens achevés, mais curieux, de calligraphie ; écriture énorme, large, appuyée ou fine, avec ou sans annotations, allégories, figures géométriques, signes cabalistiques toujours les mêmes (stéréotypies graphiques des psjxhoses chroniques, de la démence précoce (Axtheaume et Migxot, E. 1906) ; majuscules, soulignements, accentuation, ponctuation bizarres, lettres renversées, écriture plusieurs fois changée, signature extraordinaire ; modifications curieuses de l'orthographe, emploi de mots nouveaux, de néologismes compréhensibles ou non, suppression complète ou incomplète de certains mots, verbes, adjectifs, etc., etc.

Les écrits des aliénés sont le plus souvent des lettres adressées à différents personnages, surtout aux autorités, des tes-

taments dont tout est à observer, depuis l'en-tête jusqu'à l'enveloppe et à la suscription. Ce sont fréquemment aussi des compositions poétiques (Régis 1906, Antheaume et Dromard, vol. 1907, Marcel Réja, vol. 1908, Voivenel, Th. T., 1908), littéraires, scientifiques, religieuses, politiques, la plupart sans grande valeur, mais dont certaines cependant offrent des qualités d'imagination, d'ingéniosité, de rythme, d'éloquence même parfois, bien faites pour surprendre (excitation maniaque, paralysie générale au début, déséquilibration).

Il est toujours bon de chercher à faire écrire les aliénés. C'est en effet un excellent moyen de se rendre compte de leur état mental. Malgré lui, le délirant le plus dissimulé, et qui n'oppose oralement que mutisme ou réticence aux questions posées, laisse échapper dans ses écrits quelques signes révélateurs de son délire, surtout dans les écrits de quelque longueur. Chez beaucoup de malades, en effet, les premières hgnes et les premières phrases des écrits sont aussi parfaites que celles des individus les plus raisonnables ; au bout de quelques pages le délire, la confusion, l'incohérence apparaissent très nettement.

On lira avec fruit l'intéressant ouvrage consacré par Rogues DE FuRSAC, aux écrits des aliénés (vol. 1905).

î;3 — TROUBLES DES ACTES

Un symptôme nouveau, « l'apraxie », a été introduit dans la littérature neuro-psychiatrique. Bien que ce symptôme soit encore très imparfaitement élucidé, l'intérêt qu'il soulève est incontestable et il paraît destiné à ouvrir un chapitre encore inconnu de la pathologie de l'activité volontaire. A côté des actes délirants et impulsifs habituels, nous croyons donc devoir mentionner et résumer, dans celle-ci, les troubles des actes par altération de leur mécanisme physiologique, dont fait partie l'apraxie.

Al — TROUBLES DU MÉCANISME DES ACTES

Ces troubles sont ceux qui lèsent l'activité volontaire en tant que fonction. Ils sont par suite comparables, ainsi que

TROUHLES DE L ACTIVITE 145

nombre d'auteurs, dont E. Dupré, l'ont fait remarquer, aux troubles de la fonction langage qui, du reste, fait partie ellemême de la grande fonction de l'activité.

Les troubles du mécanisme fonctionnel des actes volontaires peuvent, dans leur ensemble, être groupés en trois catégories, suivant qu'ils tiennent : 1° à un défaut de compréhension de l'acte ou d'identification des objets utiles à son accomplissement ; 2^ à l'impossibilité d'exécuter les mouvements de cet acte, par impotence motrice ; 3^ à la perte des images-souvenirs des mouvements nécessaires à sa production ou, comme on dit, de sa formule kinétique.

1 " Apsychies. agnosies, aboulies. — Dans les troubles de la première catégorie, nous rangeons toutes les altérations des processus plus spécialement psychiques de l'activité : le défaut de conception de l'acte ou de compréhension et de souvenir de son ordre d'exécution par obtusion, obnubilation, distraction, amnésie de fixation, etc. ; le défaut de connaissance et d'identification des objets (agnosie de Freud, asymbolie de Wernicke, asymbolie sensorielle de Meynert), comprenant l'agnosie visuelle (cécité psychique), l'agnosie tactile (stéréagnosie, agnosie de palpation) ; la perte du vouloir, de la volonté d'action (aboulie, inhibition). En un mot, au seuil des troubles de l'activité volontaire, parmi ceux qui intéressent la phase d'élaboration et de préparation cérébrales de l'acte, nous trouvons : les apsychies, les agnosies, les aboulies.

'Z Akinésies. — Dans les troubles de la seconde catégorie se placent tous les troubles moteurs tels que paralysies, parésies, ataxies, tremblements, ne permettant plus les mouvements nécessaires à l'exécution de l'acte. On peut les englober sous la rubrique commune d'akinésies.

3'^ Apraxie. — Les troubles de la troisième catégorie ont seuls reçu le nom d'apraxie (de a privatif, et roar-eiv, faire, agir, exécuter, perte du pouvoir d'agir), nom qui au fond pourrait s'appUquer à Fensemble des troubles de l'activité volontaire.

PUÉCIS DE PSYCHIATRIE, 5" cdit. 9

j 40 >VMI'TOMATuLOGIE liL.NÉRALE DES PSYCHOSES

L"apraxie, mise à jour dans une série d'importants travaux par LiEPMANN' (1900-1908), étudiée ensuite par nombre d'auteurs allemands, tels que Bonhœffer (1903), Marcuse (1904). Herzog (1904), PiCK (1905), Heilbronner (1905-1906). Kleist (1906), Hartmann (1907), Kurt Goldstein (1908). etc., a récemment fait l'objet de quelques travaux et revues générales en langue française (d'Hollander 1907, Soutzo et Marbe 1907, Rose 1907, Dromard 1907-1908, Deny 1908, Dromard et Mlle Pascal 1909).

Rose, dont l'excellente revue nous fut très utile, avec celle de d'HoLLANDER, définit l'apraxie « un trouble moteur en dehors de toute agnosie, consistant dans l'impossibilité d'exécuter des actes adéquats à un but >'.

Deny, à son tour, la définit à peu près de même : « l'apraxie vraie, que Liepmann dénomme motrice pour la séparer nettement de l'ancienne apraxie agnosique ou sensorielle, qui est plutôt une pseudo-apraxie, consiste dans une incapacité plus ou moins complète à exécuter des mouvements adaptés à un but. et cela malgré la conservation de la force musculaire pf l'intégrité de l'activité sensorio-perceptive. »

L'apraxie, on le voit, telle qu'on la conçoit actuellement, est donc un trouble de l'activité volontaire résultant de la perte des images motrices nécessaires à l'exécution d'un acte. Il s'interpose, dans la série des temps successifs du processus de l'action, entre ceux des deux catégories précédentes, c'est-àdire entre les troubles purement idéatifs et les troubles purement moteurs.

L'apraxie, séparée de tous les sj-mptômes morbides qui lui ressemblent ou qui s'en rapprochent plus ou moins, est généralement limitée aujourd'hui à deux formes ou variétés principales.

1° La première forme est V apraxie motrice ou idéo-motrice (type Liepmann). Elle est habituellement partielle, localisée j sur un côté du corps ou d'intensité inégale dans les divers J membres. Elle se manifeste jusque dans les actes simples, élémentaires et les actes imités et donne lieu surtout à des mouvements amorphes, sans signification, remplaçant les mouvc-

TROUHLES DE INACTIVITÉ 147

ments réels de l'acte, plus rarement à des mouvements à côté, substitués. Cette forme d'apraxie, qui constitue tantôt un symptôme transitoire, tantôt un phénomène résiduel, résulte de l'isolement plus ou moins complet, des autres territoires corticaux, du siège des souvenirs moteurs kinesthésiques et correspond à des lésions en foyer. A côté se place Vapraxie motrice seginentaire (Liepmanx) ou innervatoire (Kleist) due à la perte ou à la difficulté d'évocation des souvenirs moteurs kinesthésiques pour tel ou tel mouvement segmentaire appris.

2'^ La seconde forme est V apraxie-idéo-motrice ou idéatoire (type Pick), dans laquelle les souvenirs moteurs kinesthésiques conservés, ayant leurs associations intactes, il y a incorrection dans la suite des actes partiels qui sont nécessaires pour atteindre le but désiré. L'apraxie idéatoire est généralisée et intéresse également tous les segments du corps. Elle se produit de préférence dans les actes compliqués et laisse possibles le plus souvent les actes simples et les actes imités. Elle se traduit par des mouvements précis, significatifs, mais interrompus, inachevés, approximatifs, substitués (parectropies de Dupré), réitérés ou persistants à l'excès (persévération), etc., ou, comme dit Dromard, par des omissions, des interversions, des substitutions, des suspensions. Elle est due à des lésions diffuses du cerveau.

L'apraxie idéatoire consiste essentiellement dans un trouble de la constitution de l'idée directrice de l'acte elle-même, tandis que, dans l'apraxie de Liepman>", l'apraxie est la conséquence d'une disjonction entre les parties constituantes psychiques conscientes de Tidée directrice d'une part et d'autre part la représentation kinesthésique motrice du mouvement adéquat au but qui est un facteur matériel, physique, inconscient jusqu'à un certain point. Dans l'apraxie motrice, les membres, pour ainsi dire, n'obéissent plus à la volonté ; dans l'apraxie idéatoire, l'obéissance passive des membres est parfaite, mais les ordres qu'ils reçoivent de la volonté ne sont pas logiques (Rose). Pour Dromard, l'apraxie idéatoire répond psychologiquement à un trouble de l'activité volontaire se produisant dans la phase qui est immédiatement consécutive

14b SYMPTOMATOLOGIE GENERALE DES l'.>VCHOSES

à la représentation de l'acte et au cours de laquelle s'effectue la préparation idéatoire du plan détaillé de l'acte. Elle se rattache toujours plus ou moins, pour lui, à une mauvaise distribution ou à un relâchement de l'attention.

L'apraxie idéatoire et l'apraxie motrice peuvent exister séparément et à peu près complètement isolées l'une de l'autre. Mais le plus fréquemment, l'apraxie idéatoire s'associe à l'apraxie idéo-motrice, à l'agnosie, à la confusion, parfois même à la paralysie, ce qui complique le tableau symptomatique et le diagnostic.

L'apraxie idéatoire ne se sépare pas toujours facilement, en particulier, de l'agnosie, non seulement parce que les deux troubles coexistent souvent, mais aussi parce qu'ils sont voisins l'un de l'autre. La non-connaissance de la nature d'un objet ne s'éloigne pas en effet fondamentalement de la perte des images motrices de son usage, de son maniement, et quant au résultat, il est à peu près analogue dans les deux cas. Cependant Tagnosique effectuera des actes subjectivement logiques, c'està-dire en rapport avec la fausse reconnaissance ; s'il prend, par exemple, un porte-plume pour un cigare, il agira dans ce sens et essaiera de le fumer. L'apraxique idéatoire et surtout l'apraxique moteur exécutent au contraire des actes inadéquats au but subjectif, au but proposé et qui était conforme à l'objet identifié ; ils reconnaîtront un porte-plume et voudront s'en servir pour écrire, mais le voulant, ils le porteront à leur bouche et non sur le papier.

On voit combien ces phénomènes sont délicats, compliqués, encore mal séparés les uns des autres. Aussi nous abstiendronsnous de les compliquer davantage, en insistant sur toutes les particularités signalées par les divers auteurs dans cette question, encore mal connue, de l'apraxie, en particulier sur l'apraxie de la main gauche et le rôle que paraît jouer le corps calleux dans sa production, ainsi que sur la localisation de l'apraxie (d'HoLLANDER, B. M. B. 1912. E. 1912).

Le seul fait que nous voulions faire ressortir ici, parce qu'à notre avis on n'y a pas assez insisté, c'est que l'apraxie est un trouble de l'activité essentiellement volontaire, qui intéresse à

un moindre degré et peut même respecter l'activité automatique. Tel sujet, incapable d'exécuter de sa propre volonté et surtout sur ordre un acte donné, l'exécutera facilement et correctement s'il agit de façon machinale, inconsciente. Certaines des observations publiées sont curieuses à cet égard, comme celle de Deny d'un malade apraxique à la fois moteur et idéatoire qui, sans aucune lésion des organes visuels, ne pouvait volontairement porter ses yeux sur un objet qu'il voyait parfaitement lorsque sa vue se fixait automatiquement sur lui.

La fonction activité volontaire et la fonction activité automatique peuvent donc être dissociées dans l'apraxie, l'une étant abolie, l'autre étant conservée pour un même acte. En cela, l'apraxie diftere de l'aphasie, dans laquelle la lésion porte à la fois sur le langage volontaire et sur le langage automatique.

Disons pour terminer que l'apraxie motrice ou idéo-motrice (type Liepmann) s'observe surtout chez les sujets atteints d^lésions cérébrales en foyer, à la suite d'ictus et plus ou moins en voie de déclin mental, tandis que l'apraxie idéatoire (type Pick) appartient plus particulièrement aux états de confusion mentale, avec l'obtusion et l'agnosie, et qu'elle y peut représenter un trouble purement fonctionnel, curable et passager (U. Raggi, E. a. 19121.

Bi — ACTES DÉLIRANTS ET IMPULSIONS

l"" — Actes délirants.

Les actes délirants sont à peu près constants dans les psychoses. Il est difïïcile d'imaginer, en effet, une perturbation mentale sans retentissement sur la manière d'être et d'agir d^ l'individu. Le plus souvent la psychose modifie plus ou moins complètement cette manière d'être et d'agir et lui imprime un cachet tout particulier ; si bien que les actes de l'aliéné constituent par leur nature et par leurs caractères, non seulement le meilleur agent révélateur de la maladie, mais encore le meilleur élément de son diagnostic. Il est des délirants systématisés, des persécutés notamment qui. réticents au suprême degré, ne tra-

150 jymptomatologie genehale des psychoses

hissent leurs conceptions maladives que par les réactions auxquelles elles les entraînent.

Cela suffit à montrer l'importance des troubles des actes dans les psychoses.

Les actes morbides peuvent être absurdes ou logiques, conscients ou inconscients, réfléchis ou spontanés, voulus ou irrésistibles, dangereux ou non dangereux.

Ils peuvent être plus particulièrement le résultat d'un délire d'idées ou de sentiments (acte délirant), d'hallucinations (acte hallucinatoire), de lésions de la volonté (impulsion, inhibition).

Ils peuvent, suivant le classement de Spencer, adopté par Mercier, Morselli et Séglas, concerner la conservation individuelle (instinct de nutrition et instinct de conservation) ; la reproduction et la conservation de l'espèce (instinct sexuel) ; les relations matérielles de l'individu avec le milieu social Incapacité au travail, instinct de propriété, intérêts juridiques) ; les relations affectives de l'individu avec le milieu social (dans la famille, dans la vie sociale) ; les sentiments religieux et esthétiques.

Les actes que l'on observe le plus communément dans la folie sont :

1^ Les actes dHinpolitesse, de malpropreté, les exhibitions obscènes, la tendance à manger des ordures et des excréments (scatophagie), qui se rencontrent surtout dans les états de démence;

2° Les actes de violence, de destruction, de fureur aveugle et subite, plus spéciaux aux états maniaques et à Vépilepsie ;

3° Le refus de nourriture, le suicide, pathognomoniques dans la mélancolie ;

\^ h'homicide, particulièrement dans le délire de persécution , Vépilepsie, etc. ;

50 Le vol, ï incendie, dans les états de démence, de fureur imbécile, d'épilepsie, etc. ;

Nous devons nous arrêter avec quelques détails sur l'impulsion, syndrome capital parmi les troubles des actes, comme sont le déhre, l'hallucination, l'obsession parmi les troubles d(^ l'idéation, des perceptions et des émotions.

Nous empruntons encore ces détails à notre ouvrage en commun avec Pitres.

3'' — Impulsions

I " Généralités. — La tendance au réflexe est le principe même et la loi de l'action nerveuse. Le réflexe type, pur, est le réflexe simple, automatique. Au fur et à mesure qu'on s'élève dans l'échelle animale et, chez l'homme, de l'enfant à l'adulte, de l'inférieur au supérieur, de nouveaux attributs se fondent, qui ont pour effet de coordonner, d'actionner ou d'empêcher cette tendance au réflexe direct, de transformer, en un mot, une force aveugle et fatale en un processus conscient, réfléchi, jugé, déterminé : la volition.

La supériorité d'un animal sur un autre, de l'homme sur l'homme pourra donc se mesurer au degré de son pouvoir psychique sur la tendance innée au réflexe. Et l'équilibre résidera en une sorte de tonus volontaire, c'est-à-dire dans la régulation harmonique par le moi de l'instinctive réflectivité.

U impulsion est la tendance même au réflexe. Cette tendance et, par suite, l'impulsion, est donc, de sa nature, physiologique, et elle reste telle tant que, par sa subordination au moi ou, si l'on veut, aux centres corticaux, persiste intact le tonus volontaire. Mais dès que l'équilibre est rompu en sa faveur, Fimpulsion devient pathologique.

II y a des impulsions normales et des impulsions morbides, celles-ci consistant dans la rupture du tonus volontaire avec tendance au retour vers le réflexe originel.

L'impulsion sera constitutionnelle ou accidentelle suivant que la propension à l'automatisme sera elle-même innée ou acquise, suivant que le tonus volontaire n'aura pu arriver à s'organiser ou, après son développement, se sera altéré ou affaibli. De même le degré de la tendance au réflexe à s'imposer marquera le degré de l'impulsion morbide. Si bien que l'impulsion type, absolue, maxima, sera représentée par le réflexe spinal direct ou purement moteur, et l'impulsion la plus légère ou minima par l'obsession impulsive, dans laquelle la tendance au réflexe et les résistances du moi se tiennent réciproquement en. échec.

Il suit de là que le cadre de l'impulsion morbide ne doit pas être limité, ainsi que cela a lieu souvent, à Vimpulsion consciente et obsédante, mais doit être étendu à tout l'ensemble des propensions pathologiques de l'activité volontaire vers le réflexe, depuis Vimpulsion aveugle et automatique, qui en constitue la manifestation extrême, jusqu'à Vobsession impulsive qui représente sa forme la plus atténuée, en passant par la gamme, à transitions insensibles, de ses nombreux intermédiaires.

Malgré l'opinion de certains auteurs, nous pensons que le mot impulsion, en nosologie, doit s'appliquer à la sollicitation motrice involontaire vers un acte et non à cet acte lui-même, dont l'exécution peut manquer.

Pour nous, en effet, l'impulsion n'en est pas moins une impulsion, qu'elle soit ou non suivie d'effet. Si nous en revenons à la comparaison qui nous a servi de base, nous voyons que le réflexe, processus nerveux, peut exister sans production du mouvement terminal. Lorsque, par exemple, nous percutons le tendon rotulien d'un individu, il se produit un courant centripète, excitateur, suivi d'un courant centrifuge, moteur. Mais par une intervention volontaire et au moyen d'une attitude spéciale, le sujet peut annihiler la brusque extension de la janibe, c'est-à-dire le mouvement. Le phénomène du réflexe, bien qu'arrêté dans sa manifestation ultime, n'en a pas moins eu lieu. Il en est exactement de même dans beaucoup d'obsessions impulsives où, au prix d'une lutte et d'un effort plus ou moins intenses, l'acte final peut être évité : il n'y en a pas moins eu processus d'impulsion.

En. résumé et pour fixer dans ses divers éléments la terminologie du sujet, nous dirons que :

L'impulsion morbide est, dans le domaine de l'activité volontaire, la tendance impérieuse et souvent même irrésistible au retour vers le pur réflexe ;

Uimpulse ou acte impulsif, Vaboutissant, non fatal et non constant, de Vimpulsion ;

L'impulsif, le malade sujet aux impulsions ;

U impulsivité, enfin, la disposition plus ou moins accentuée aux impulsions.

TR0UI5Lt:> DE L ACTIVITÉ 153

2"" Caractères généraux. — Les impulsions se distinguent, d'après Morselli, parles caractères généraux suivants : 1° elles sont endogènes, c'est-à-dire dérivées de motifs exclusivement internes ; 2° elles sont fortes, impérieuses, d'où leur immission violente et subite dans la voie de la décharge motrice ; 3° elles sont aberrantes, c'est-à-dire contrastant avec le caractère de l'individu et avec les exigences de la vie sociale en commun ; 4» elles sont le plus souvent conscientes et involontaires, en d'autres termes, représentées à la conscience avec plus ou moins de précision, mais impossibles à inhiber : elles peuvent même être entièrement inconscientes et naturellement involontaires.

Quand, dit Morselli, un acte est accompli avec cette séméiologie caractéristique, qu'il existe ou non une folie confirmée, c'est un acte impulsif morbide.

Ces divers attributs, pris dans leur ensemble, caractérisent en effet l'impulsion et les actes impulsifs. Et ils nous paraissent à peu près complets, à condition d'insister davantage sur la rapidité habituelle du processus impulsif, parfois presque foudroyant ; sur la répétition fréquente de l'impulsion sous la même forme, par paroxysmes ou par accès ; enfin sur le manque de parallélisme pouvant exister entre le degré d'inconscience et le degré d'amnésie dans une impulsion.

Dans les états seconds, par exemple, au moment où un acte impulsif s'exécute, le sujet peut en avoir parfaitement conscience et peut même, dans une certaine mesure, résister. Cependant, revenu à lui, il ne conserve aucun souvenir, le plus souvent, de ce qui s'est passé.

3" Types ou degrés principaux. — Les nombreux cara< tères généraux des impulsions sont loin d'avoir la même valeur. Celui qui les domine tous, à n'en pas douter, car il constitue l'essence même de lïmpulsion, c'est le caractère involontaire ou de contrainte, c'est-à-dire celui qui tend à soustraire la sollicitation initiale aux processus cérébraux d'inhibition pour l'actualiser sous forme de pur réflexe.

C'est pourquoi nous pensons que le meilleur moyen de divi-

i:S4 SVMPTOMATOLOGIE GENERALE DES PSYCHOSES

ser les impulsions et de les classer à leur rang dans l'échelle psycho-pathologique, entre la décharge motrice spontanée et la volition normale, c'est de prendre pour base cet élément fondamental et non, comme on l'a surtout fait jusqu'ici, leur degré de conscience ou d'inconscience, ou leur prépondérance dans l'une des sphères intellectuelle, émotive, automatique ou instinctive.

Nous admettons donc trois types ou catégories d'impulsions :

1^ Les impulsions motrices pures ou à réflexe direct, dans lesquelles l'acte suit fatalement et immédiatement la stimulation sans aucune action inhibitoire intermédiaire ; 2^ les impulsions psycho-motrices ou à réflexe retardé, dans lesquelles l'acte suit fatalement mais non toujours immédiatement la stimulation, avec intermédiaire émotif ou idéo-émotif, mais sans action sérieuse d'inhibition ; 3° les impulsions psychiques ou à réflexe interrompu, dans lesquelles entre la stimulation et l'acte, qui n'est ni immédiat ni même fatal, s'interpose un intermédiaire idéo-émotif long, compliqué, douloureux, accompagné d'une lutte d'inhibition souvent victorieuse.

1*^ U impulsion purement motrice est un réflexe réduit à sa plus simple expression.» C'est une vraie convulsion qui ne diffère de la convulsion ordinaire que parce qu'elle consiste en mouvements associés et combinés en vue d'un résultat déterminé étranger à la vie du malade. » (A. Fo ville.)

Le type de ce genre d'impulsion est celle de Vidiot, de Vimbécile, de V épileptique qui, sous l'influence d'une sollicitation soit interne, soit externe, sensorielle, hallucinatoire, délirante, émotive ou instinctive, exécutent aussitôt, comme mus par un ressort qui se détend ou dans une sorte de déclanchement automatique, l'acte en rapport avec cette soUicitation, sans qu'interviennent ni réflexion, ni jugement, ni compréhension, souvent même sans émotion, conscience, ni souvenir.

2^ Les impulsions psycho-motrices diffèrent des précédentes en ce qu'elles répondent à un circuit moins simple, moins direct, moins rapide, empruntant des voies déjà plus longues et s'uccompagnant d'un processus idéo-émotif (Dalle magne).

Ici, en effet, la sollicitation à l'acte, si elle aboutit toujours à

TROUBLES DE l' ACTIVITÉ lo5

son exécution, n'en comporte pas moins, à un degré plus ou moins marqué, en même temps que la conscience et le souvenir. Vidée et Vémotion de cet acte ainsi que la notion de ses conséquences possibles. Seules font défaut les opérations conatives, efficientes, celles qui se résument, en fin de compte, dans le pouvoir d'inhibition. Ce pouvoir n'existant pas ou n'existant plus, il n'y a même pas essai de lutte, et l'acte, bien qu'apprécié, est fatalement accepté et exécuté.

Cette variété d'impulsion est représentée par les réactions excentriques, violentes, destructives de certains dégénérés, surtout psychasthéniques, des hystériques, des épileptiques en dehors des accès, des maniaques agités.

30 Les impulsions psychiques représentent le degré le plus atténué de l'impulsivité, celui où la tendance au réflexe est combattue, souvent victorieusement, par le pouvoir d'inhibition. Ball les appelait déjà fort judicieusement des > impulsions intellectuelles ».

Ce qui caractérise donc cette impulsion, ce qui en fait l'intérêt psychologique et chnique, c'est ce conflit de forces opposées dont le champ cérébral est le théâtre, c'est la lutte anxieuse, indécise entre le pouvoir d'inhibition, plus ou moins affaibli, et la sollicitation anormale vers le réflexe.

Ici les caractères constitutifs de l'impulsion existent encore, mais ils se rapprochent déjà de ceux de la volition physiologique, notamment au point de vue de la durée, quelquefois fort longue, du processus, qui contraste avec l'instantanéité de la décharge motrice automatique.

Ces impulsions ont pour type Vobsession impulsive, car l'obsession proprement dite ne devient une impulsion que lorsqu'elle passe de l'état statique à l'état dynamique, c'est-à-dire lorsqu'elle se manifeste par une tendance à un acte.

Les caractères de l'obsession impulsive se résument en : conscience lucide, lutte angoissante, irrésistibilité, émotivité, soulagement consécutif à l'accomplissement de l'acte (Magnam et Legrain). Mais il est bien entendu une fois pour toutes, que, pour nous, cet accomplissement de l'acte n'est ni constant, ni fatal.

lo6 SVMHÏOMATOLOGIE GÉNÉRALE DES PSYCHOSES

LiNAS (Art. Monoînanie du Dict. Dechambre) avait déjà décrit d'une façon saisissante la crise d'obsession impulsive :

« Ces accès éclatent rarement d'une manière brusque et soudaine. Ils sont ordinairement préparés par une période d'incubation plus ou moins longue, pendant laquelle l'idée fixe, qui deviendra plus tard impulsive, se présente à l'esprit d'une manière fugitive et vague, chassée par la raison, mais revenant par intervalle, avec une obstination toujours croissante qui commence à jeter le trouble et l'anxiété dans l'âme des malades. Ce trouble et cette anxiété augmentent et se traduisent par une impression de malaise et d'angoisse, des inquiétudes vagues, des appréhensions non motivées, des insomnies, un besoin naissant de se mouvoir, une sorte d'impuissance à fixer l'attention et à assembler les idées. Puis viennent les symptômes précurseurs de l'accès : une céphalalgie intense, un sentiment de vacuité, de pression ou de chaleur dans la tête, des bruits dans les oreilles, une anxiété précordiale extrême, une sensation de feu dévorant à l'épigastre ou dans la poitrine, des spasmes douloureux dans différentes parties du corps. C'est alors que la raison se trouble et que l'idée impulsive prend possession de l'esprit des malades et s'impose à eux sous forme d'une obsession incessante. Ceux-là ont conscience de leur état et comprennent leur triste situation ; ils ont horreur des mauvaises suggestions qui les assaillent, ils en sentent toute l'atrocité, ils en saisissent les affreuses conséquences, ils luttent énergiquement contre elles, ils font des efforts désespérés pour les conjurer ; ils fuient les lieux où elles semblent s'accroître ; ils évitent toutes les occasions qui pourraient les faire succomber ; ils éloignent d'eux les objets, les instruments ou les armes dont ils pourraient se servir pour mal faire. Sentant leur impuissance contre les horribles suggestions auxquelles ils sont en butte, quelques-uns demandent avec insistance qu'on les garrotte ou qu'on les enferme, afin de les mettre dans l'impossibiHté de nuire. La résistance est plus ou moins vive et plus ou moins prolongée, suivant la violence ou l'opiniâtreté de l'impulsion. Quelques malades arrivent à repousser ces terribles assauts ; mais chez la plupart, la raison

TROUBLES DE L ACTIVITE io7

impuissante ou affaiblie succombe dans cette lutte inégale et acharnée. Cet ensemble de phénomènes, avec l'acte impulsif auquel ils aboutissent, ne peut être considéré que comme la crise d'un trouble mental particulier qui durait depuis plus ou moins longtemps. Et ce qui vient corroborer cette manière de voir, c'est qu'une fois l'acte consommé, il s'opère, dans l'état de ces malheureux, une sorte de détente et de soulagement, comme si l'accomplissement de l'impulsion était le moyen pour eux de se débarrasser de tourments intolérables. ■'>

Nous n'avons rien à ajouter à cette description, très exacte. Disons simplement que la crise d'impulsion obsédante peut avoir pour origine non pas seulement une obsession idéative, une idée, mais, comme l'a bien montré Arsimoles (E. 1909), une hallucination.

4° Formes cliniques. — Les impulsions, envisagées au point de vue des manifestations par lesquelles elles se traduisent, sont innombrables, car elles peuvent avoir pour objet toute tendance à un acte, quel qu'il soit.

Il serait donc impossible d'en donner ici une énumération et une description complètes. Nous nous contenterons d'indiquer celles qui se présentent le plus communément et de résumer sommairement les principales d'entre elles.

A l'exemple de Morselli, nous pouvons grouper les impulsions d'après la nature des actes auxquels elles poussent et reconnaître :

1° Des impulsions à des tics, gestes, paroles, etc. ;

2^ Des impulsions à des actes ridicules et bouffons ;

S^ Des impulsions à des actes stupides et extravagants ;

4° Des impulsions à des actes grossiers, répugnants ;

5° Des impulsions à des actes ambulatoires ;

6'^ Des impulsions à des actes d'appropriation et de vol;

7^ Des impulsions à des actes erotiques ;

^^ Des impulsions à des actes de destruction ;

9° Des impulsions à des actes d'incendie ; 10"^ Des impulsions à des actes de violence contre soi-même;

158 SYMPTOMÂTOLOGIE GExXERALE DES PSYCHOSES

11" Des impulsions à des actes de violence contre les autres ;

12° Des impulsions à s'intoxiquer.

Les plus importantes de ces impulsions, en clinique et en médecine légale, sont celles qui se traduisent par les tendances au suicide, à V homicide, au vol, à V incendie, à la boisson, à la fugue, aux actes sexuels. Nous allons résumer les traits essentiels de chacune d'elles, après avoir dit un mot de l'impulsion aux tics.

A. Impulsion aux tics. — Le tic, tel que les belles études de Bbissaud, Meige et Feindel, Pitres et les travaux importants de GuiNON, J. Noir, Gilles de la Tourette, Grasset, Gruchet, Noguès, etc., l'ont établi, est une véritable impulsion motrice se traduisant par un mouvement, un geste, un acte brusque, coordonnés ou systématiques, exécutés en dehors de la volonté et souvent malgré elle.

Les tics ont les rapports les plus fréquents et les plus étroits avec les névroses et avec les psychoses. On les rencontre le plus souvent avec les obsessions, la neurasthénie, Vhystérie, Vépilepsie ; on les observe aussi dans la démence précoce, dans certaines folies chroniques, généralisées ou systématisées et chez un grand nombre de dégénérés, supérieurs ou inférieurs, particulièrement chez les imbéciles et les idiots.

Les trois types psycho-pathologiques que nous avons admis dans l'impulsion se retrouvent dans ces combinaisons cliniques du tic sous forme de : l^* tic, impulsion psychique ; 2^ tic, impulsion psycho- motrice ; 3" tic, impulsion motrice pure.

a. Tic impulsion psychique. — Le tic impulsion pschique est celui des nerveux, des déséquilibrés, des obsédés. C'est une vraie obsession du mouvement, susceptible de se traduire par un tic quelconque d'acte ou de parole.

Cette assimilation du tic et de l'obsession, déjà esquissée par Charcot, a été nettement mise en lumière depuis, notamment par Meige et Feixdel,Guinon,Noguès, etc. On retrouve en effet, dans cette forme de tic, tous les caractères de l'obsession impulsive : conscience lucide, lutte angoissante, irrésistibilité, émotivité, soulagement consécutif à l'exécution du tic.

TROUBLES DE L ACTIVITÉ lo9

souffrance extrême, au contraire, lorsque, au prix d'un effort, cette exécution se trouve refrénée.

C'est dans l'obsession tic que se placent la plupart des cas de ce que l'on appelle la maladie des grands tics ou maladie de Gilles de la Tourette, dans lesquels à de brusques décharges de mouvements coordonnés plus ou moins étendus correspond une émission explosive de mots grossiers, orduriers (coprolalie). Ici encore, comme dans toutes les obsessions impulsives, la propension aux mouvements et aux obscénités est d'autant plus forte que le malade voudrait s'en empêcher davantage, en vertu de cette tendance au contraire, au contraste que nous avons indiquée plus haut.

b. Tic impulsion psycho-motrice. — Le tic impulsion psychomotrice ressemble au précédent en ce qu'il se relie à un état mental et qu'il est conscient ; il en diffère en ce qu'il n'est pas obsédant et ne s'accompagne ni de lutte, ni d'anxiété.

C'est ce tic que l'on rencontre le plus fréquemment dans les psychoses, en particulier dans celles des dégénérés, de certains paralytiques généraux, chez les déments précoces et chez les déhrants systématiques chroniques. Chez les déments précoces, les tics et grimaces paraissent se rapprocher, comme mécanisme, des tics et grimaces des névropathes et sont dus souvent, semble-t-il, à une nervosité extrême et à des troubles abouliques ; chez les délirants chroniques, le type est représenté par des gestes, des paroles, des actes, qui d'abord volontaires et répondant à un but de libération, le plus souvent contre une idée morbide et surtout contre une hallucination, finissent, à la façon des tics d'habitude, par se produire automatiquement et régulièrement à tout instant, comme un mécanisme à répétition. Ce sont les mouvements systématisés de Brugia, MarzoccHi, les mouvement?, stéréotypés de Kraepelin, Wernicke, Ricci, les stéréotypies de Séglas et Cahen et de Dromard. A côté des mouvements systématisés des délirants, se placent les mouvements également systématisés que nous avons rangés. Pitres et moi, parmi les moyens de défense des obsédés. Ces mouvements peuvent être en rapport direct de nature avec l'obsession. Il en est ainsi principalement chez les obsé-

i60 SVMPTOMATOLOaiE GÉXÉRALE DES PSi'CHOSES

dés du sacrilège ou du scrupule chez qui, à chaque tentation obsédante, s'oppose un brusque mouvement antagoniste de piété (signe de croix, génuflexion, oraison mentale ou verbale, etc.). D'autres fois, le tic est un mouvement de défense générale, indistinctement applicable à toutes les obsessions : ainsi, par exemple, un signe énergique de dénégation, un froncement des sourcils, un clignement d'yeux, une grimace des lèvres, un soufïlement, un crachotement, un claquement des doigts, un tapement du pied, la répétition d'un mot ou d'un chiffre, le tout exécuté dans un but libérateur. Ces mouvements ne sont pas absolument involontaires et à ce titre ne seraient pas tous des tics, si l'on s'en tenait rigoureusement à la définition du mot. Mais, outre que la plupart sont spontanés et automatiques, les autres, volontaires peut-être au début, cessent de l'être par leur répétition même au bout d'un temps plus ou moins long.

c. Tic impulsion motrice. — Les tics impulsions motrices sont les tics purement moteurs sans accompagnement d'obsession, d'émotion, ni même d'idée concomitante. Ils s'observent, comme toutes les impulsions de cette catégorie, chez les épileptiques et certains maniaques, mais surtout chez les dégénérés inférieurs, imbéciles et idiots qui, par leurs grimaces, leurs manœuvres masturbatoires automatiques, leurs balancements rythmés, leurs brusques mouvements du poing vers les dents accompagnés de mordillements et de cris, etc., etc., en un mot par la nature et la forme de leurs tics, bien étudiés par J. Noir. présentent un aspect simiesque caractéristique.

A côté des tics dont nous venons de parler, se placent d'autres propensions motrices à des gestes, à des cris, à des paroles, à des mouvements plus ou moins bizarres et extravagants, ressemblant aux tics par leur caractère involontaire, impulsif, en différant par toute absence de systématisation et de coordination.

Ces mouvements impulsifs se rencontrent surtout dans les états psychopathiques, où ils sont bien plus fréquents que les tias vrais, et il n'est pour ainsi dire pas de psychose, généralisée ou systématisée, simple ou associée, surtout dans ses phases

TROUBLES DE l'aCTIVITÉ 461

chroniques, qui n"ait ses réactions mimiques impulsives. Dans certains cas même, on ne les distingue pas facilement des impulsions-tics : c'est ce qui a lieu, en particulier, pour les stéréotypies dont nous avons fait mention plus haut.

Les propensions impulsives ne se manifestent pas toujours par des mouvements, des actes. Parfois, au contraire, elles ont pour effet d'empêcher un mouvement, un acte de se produire. Les faits de cet ordre, bien que consistant en des impulsions négatives, n'en sont pas moins proches voisins des impulsions positives. Ce sont des impulsions -inhibitions, contraires quant à l'effet, mais semblables quant au mécanisme aux impulsions dynamo géîiique s. Assez fréquentes chez les déments précoces, on les observe principalement chez les obsédés sous forme (V inhibitions urinaires, génitales, verbales, graphiques, ou d'actes quelconques de la vie usuelle. Une obsession-inhibition peut même coexister chez le même individu avec l'obsession-impulsion correspondante : la pollakiurie, par exemple, avec l'impossibilité émotive d'uriner. Il en était ainsi chez le grand neurasthénique J.-J. Rousseau.

B. Impulsion au suicide. — Avant de parler du suicide proprement dit, il convient de mentionner les coups, blessures, mutilations auxquels se livrent irré^fstiblement, parfois, les aliénés contre eux-mêmes. Tantôt il s'agit de violences inconscientes, exécutées dans un état complet d'égarement, tantôt de violences parfaitement appréciées, mais impossibles à réprimer. Parmi les premières sont celles des épileptiques, des hystériques, des maniaques en état de crise aiguë ; aux secondes appartiennent les auto-vulnérations des mélancoliques et des mystiques. On a remarqué depuis longtemps l'anesthésie physique et morale dont faisaient preuve la plupart des malades dans ces conditions et on en a vu se lacérer, se blesser de la façon la plus horrible sans paraître en souffrir. La mutilation des organes génitaux et celle de la langue sont les plus fréquentes en pareil cas, avec celle des yeux (œdipisme) et la crémation de la main (scévolisme). Ces automutilations ont été bien étudiées par Blondel (Th. P. 1907), par Lafon

162 SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE DES r'>YCHOSES

et Bellion (Th. B. 1908), R. Charpentier et Dupouy (S. P. 1910),ViGOUROux et Prince (S. C. M. 1912). Enselivranl à de tels actes, les aliénés obéissent soit à l'idée de se punir, de se purifier, d'être agréables à Dieu, soit à un besoin instinctif de se faire du mal, de décharger sur eux-mêmes la violence de leur agitation ou de leur fureur. Parfois ces auto-mutilations résultent d'hallucinations impératives, soit divines (ordre de Dieu), soit humaines. Je viens d'observer un prisonnier alcoolique qui, assistant dans son rêve hallucinatoire à une scène de cambriolage, reçut, des apaches imaginaires qu'il croyait voir et entendre, l'ordre formel, s'il voulait avoir la vie sauve, de se couper la langue pour se mettre dans l'impossibilité de parler et de les dénoncer. Sans hésiter, il s'amputa la langue en la sciant, sur l'appui de la fenêtre, avec un morceau de verre. - h' impulsion au suicide se manifeste dans les conditions et sous les formes les plus diverses. Parfois eUe est subite, instantanée, aveugle, et le sujet exécute son acte en un instant, sans même l'avoir conçu et dans un état d'inconscience plus ou moins complet. Cela a lieu dans Vépilepsie, dans la manie aiguë désordonnée, dans les délires toxiques et infectieux, dans les raptus paroxystiques de la hjpémanie. D'autres fois, l'impulsion au suicide consiste en un entraînement lent, progressif et plus ou moins combattu par le malade, qui se rend un compte parfaitement exact de ce qui se passe en lui. C'est le fait des dégénérés à tous les degrés, et particulièrement des dégénérés supérieurs, des déséquilibrés.

L'impulsion consciente au suicide, rapide ou lente, peut survenir non seulement dans les états avérés de psychcpathie, ■ mais encore sous l'influence des perturbations légères et passagères de l'équilibre mental produites par les processus physiologiques de la vie génitale (puberté, menstruation, grossesse, jl. accouchement, âge critique), par les états passionnels, ou par " les grandes émotions. Chez certains sujets particulièrement impressionnables, comme les femmes hystériques et les enfants nerveux, le moindre chagrin, la moindre contrariété suffisent parfois pour déterminer presque aussitôt une impulsion au meurtre de soi-même. Il en est de même de l'entraînement

TKOUHLES DE l'aCïIVITÉ 163

mutuel et de l'imitation, qui peuvent provoquer de véritables épidémies de suicide (suicide à deux, suicide collectif).

La catégorie la plus intéressante parmi les sujets atteints d'impulsion consciente au suicide est celle des héréditaires. On a remarqué en effet depuis longtemps que, dans certaines familles, le suicide se manifestait dans plusieurs générations successives et chez plusieurs de leurs membres, parfois exactement au même âge et dans les mêmes conditions. Dans quelquesuns de ces cas, à l'action prépondérante de l'hérédité s'ajoute l'obsession qui hante les sujets qu'une fatalité inéluctable pèse sur eux et que, quoi qu'ils fassent, ils doivent finir par le suicide, exactement comme leur ascendant ; c'est là, évidemment, ce qui achève de les entraîner.

C. Impulsion a l'homicide. — L'impulsion aux violences sur les autres et à Vhomicide se présente avec les mêmes caractères et, comme l'impulsion au suicide, comme toutes les formes d'impulsion, pourrait-on dire, elle répond à l'un des trois types psycho-pathologiques que nous avons adoptés : moteur, psycho-moteur et psychique.

Dans le premier, les actes de violence et d'homicide sont perpétrés dans des conditions d'inconscience et d'amnésie absolues. Ils se distinguent par les caractères cliniques suivants : explosion instantanée, rapidité automatique, violence extrême, exécution sur des personnes inofîensives ou inconnues, emploi d'instruments ou de moyens de mort quelconques, multiplicité inutile des coups, nombre excessif des victimes, invectives et acharnement contre les cadavres, etc., etc. Le plus souvent ces actes sont sans motif, ou bien en rapport avec des hallucinations auditives impératives, des hallucinations visuelles terrifiantes, ou avec des souvenirs du passé réveillés par l'accès (épilepsie convulsive ou larvée, alcoolisme aigu).

Les impulsions psycho-motrices aux violences et^à l'homicide ressemblent aux précédentes en ce que, comme elles, elles sont accomplies sans lutte aucune ; mais elles en diffèrent par l'existence habituelle d'une cause ou d'un semblant de cause, par la présence de la conscience et du souvenir de l'action à un

164 SYMPTOMATOLOfilE GÉNÉRALE DES PSYCHOSES

degré plus ou moins grand, enfin par une rapidité et une sauvagerie moindres dans l'exécution. On les rencontre dans les états d'excitation grave, où elles relèvent des tendances destructives et pantoclastiques qui y sont ri marquées (manie aiguë, périodes maniaques de la folie circulaire, de la paralysie générale, colère épileptique), ainsi que dans les états hallucinatoires intenses, entraînant à des actes automatiques de défense, de représailles et de vengeance (délires hystériques, délires alcooliques, surtout à forme jalouse), et chez les dégénérés. On peut les observer aussi, comme nous l'avons vu pour le suicide, soit chez des femmes plus ou moins transitoirement égarées par un état gynécologique (exemple : infanticide impulsif de certaines accoL -hées), soit chez des enfants, manifestant des propensions au meurtre dès le plus bas âge.

Quant aux impulsions psychiques à l'homicide, elles ont tous les caractères des obsessions impulsives, dont elles constituent le type le plus net et le plus grave. Nous n'avons pas à insister de nouveau sur ces caractères, déjà maintes fois signalés ; disons seulement que l'obsession homicide naît souvent à la suite d'un choc moral brusque, d'un assassinat célèbre, de la vue d'une exécution (Ladame) : que l'angoisse est ici d'autant plus forte qu'il s'agit de l'acte le plus terrible, de celui qui cause le plus d'horreur au sujet ; que l'impulsion consiste dans la sollicitation soit à frapper, à tuer les personnes les plus chères, enfants, époux, parents, frères, soit à commettre un meurtre quelconque, à voir et toucher le sang, à sentir le couteau s'enfoncer dans la chair, etc. ; enfin que cette obsession impulsive présente une infinité de nuances et de degrés et comprend depuis le simple phobique, hanté par la peur purement platotonique de se livrer à un attentat contre un des siens, jusqu'à l'impulsif proprement dit qui, véritablement poussé, sent ses forces de résistance l'abandonner peu à peu et en arrive, vaincu, à l'exécution. Ces divers types ont été parfaitement mis en lumière par Magnan et par Ladame dans leurs rapports sur « l'obsession homicide » au congrès d'anthropologie criminelle de Bruxelles. Ladame insiste notamment sur la distinction drs obsessions homicides en obsessions théoriques, qui n'aboutis-

sent pas à l'acte homicide, et obsessions impulsives proprement dites, qui sont suivies de meurtre ou de tentatives de meurtre. Il est rare dans ce dernier cas qu'il s'agisse d'obsession pure ; le plus souvent il s'y joint un facteur d'aggravation tel que dégénérescence marquée, alcoolisme, épilepsie, mélancolie, etc.

Toutes ces données classiques sur l'homicide en pathologie mentale viennent d'être réunies en volume par Vladoff (vol. 1911).

D. Impulsion au vol (kleptomanie). — L'impulsion au vol ou kleptomanie se présente, comme toutes les impulsions, sous deux aspects absolument différents :

Dans Vun, elle est un symptôme, le plus souvent très évident, d'un état psychopathique grave consistant surtout dans la débihté, congénitale ou acquise, ou dans l'obnubilation passagère de l'intelligence. Les sujets volent sans pour ainsi dire savoir ce qu'ils font, sans s'en rendre compte, obéissant simplement à un désir éveillé subitement en eux. Ce sont là les vols généralement plus ou moins inconscients, stupides, amnésiques, et ne pouvant, par suite, prêter à la contestation, des dégénérés inférieurs, des déments séniles ou paralytiques, des épileptiques.

Il n'en est pas de même des impulsions dites conscientes au vol. Ici, le substratum pathologique est de beaucoup moins apparent et, quand à l'acte, il est loin de se distinguer toujours nettement du vol proprement dit. Il est même des cas de transition où le diagnostic est pour ainsi dire impossible, l'élément morbide ne s'alHant qu'en proportion secondaire à l'élément délictueux.

Les états où s'observent ces dernières variétés de kleptomanie sont les états névropathiques [épilepsie, hystérie, neurasthénie à forme obsédante) et les états supérieurs de dégénérescence, jusqu'à la simple dés équilibration.

Au point de vue de sa manifestation, cette impulsion a pour type ce qu'on désigne sous le nom de vol à VHalage ou vol dans les grands magasins.

Nombre d'auteurs, depuis Lasègue et Lunier jusqu'à Lacassagne et DuBuissoN, ont écrit des pages intéressantes sur

le vol à l'étalage. Tous s'accordent à noter le rôle éminemment fascinateur sur tous les sujets, particulièrement sur les sujets nerveux et de volonté débile, des grands magasins tels qu'ils existent aujourd'hui. Et tous ont fait, de façon exacte, la psychologie de ces petits drames devenus des faits divers, qui commencent par des tentations et des convoitises repoussées et qui, après des défaillances progressives, aboutissent finalement à des capitulations plus ou moins fréquemment renouvelées.

Lasègue admettait deux catégories de voleurs à l'étalage : les responsables et les irresponsables.

Legrand du Saulle, lui, distinguait parmi les vols dans les grands magasins, des actes délictueux, demi- pathologiques ft pathologiques.

Et Lacassag^e classe les voleurs de cette espèce en collectionneurs, déséquilibrés et malades.

Ces divisions, bien que judicieuses en principe, ne sauraient cependant concorder exactement, dans leur rigueur, avec les faits cliniques, si variés et si mitigés.

Aussi convient-il, en pratique, pour se faire une idée aussi exacte que possible des vols à l'étalage, de tenir compte à la fois et de l'état de l'individu et de toutes les particularités relatives à l'acte lui-même, c'est-à-dire de Vobjet et du sujet, comme Lasègue disait si bien.

De l'état du sujet, c'est-à-dire du substratum névropathiqu<' ou psychopathique sous-jacent, nous en avons déjà parlé.

Bornons-nous à rappeler avec Lunier et la plupart des auteurs que l'impulsion au vol s'observe dans toutes les affections et déviations mentales favorables à l'impulsivité, en raison d'une faiblesse ou d'une diminution de la résistance volitionnelle, et que l'on peut la rencontrer jusque chez des individus très intelHgents, supérieurs même, mais sans doute quelque peu déséquilibrés, chez qui elle constitue une sorte de <( manie » ou plutôt de « tic ». On a en effet cité plusieurs hommes célèbres qui, sous l'influence de ce que l'on appelait euphémiquement leur « distraction ■, dérobaient régulièrement des objets d'art, des couverts d'argent, que leurs domestiques étaient chargés, après, de rapporter.

TROUBLES Dt L ACTIVITE 107

Disons aussi qu'en ce qui concerne les vols morbides à Tétalage, mais surtout les vols dans les grands magasins, c'est principalement à Vhystérie qu'on a affaire.

Sur 104 voleuses pathologiques ou demi-pathologiques interrogées par lui au Dépôt de la Préfecture de Police, de 1868 à 1881, Legrand du Saulle a trouvé les catégories suivantes. Pour les vols pathologiques : 4 très faibles d'esprit, 9 hystériques aliénées, 2 démentes hémiplégiques, 5 démentes avec paralysie générale, 5 démentes séniles ; pour les vols demipathologiques : 35 hystériques de quinze à vingt-quatre ans au moment de la période menstruelle, 24 fdles ou femmes héréditairement prédisposées à l'aliénation mentale, avec manifestations hystérif ormes, 10 femmes à l'âge critique ou débilitées gravement à la suite de pertes utérines, enfin 5 femmes enceintes.

Le rôle prépondérant de l'hystérie dans les vols appelés par Legrand du Saulle demi-pathologiques ressort très nettement de cette statistique. Et ce rôle s'accuse surtout dans les cas où l'hystérie se trouve associée non pas seulement à la grossesse, pour y constituer les célèbres « envies », mais à toutes les étapes de la vie génitale, en particulier à l'état de grossesse, de menstruation ou de ménopause.

En ce qui concerne l'acte lui-même, il est nécessaire de constater dans quelles conditions d'obsession, cVirrésistibilité, de lutte, de conscience, comme aussi de préméditation, de prévoyance, d'habileté, d'utilité, il a été accompli.

Il faut aussi savoir, et ce sont là dans l'espèce deux points importants, quelle est la nature de l'objet volé et à quel usage il est destiné.

Beaucoup de voleurs à l'étalage, de ceux tout au.moins qui obéissent à une impulsion morbide, sont des collectionneurs, ou mieux des collectionnistes , bien étudiés par les auteurs italiens MiNGAzziNi et Sancte de Santis. Certains, parmi eux, s'emparent de toutes sortes d'objets, sans distinction, qu'ils entassent pêle-mêle dans leur maison, transformée peu à peu en véritable magasin de bric-à-brac. C'est le polyklepto-collectionnisme de Mixgazzim. Plus curieux sont les mono-klepto-

168 vïMPTOMATULOGIE GIÎNERALE DES PSYCHOSES

coUectionnistes. Geux-€i ne sont attirés, tentés que par des objets d'un ordre déterminé. Tout le reste les laisse indifférents. Les uns ne volent que des porte-monnaies, les autres que des pipes, que des poupées, que des parapluies, que des pièces uniques de linge, d'étoffes, de vêtements, toujours les mêmes. Ils les renferment religieusement et ne s'en servent pas, à moins d'être mus par quelque mobile spécial, comme ceux atteints de perversion sexuelle, que nous retrouverons plus loin.

Ce fait de dérober des objets toujours identiques, dont on n'a aucun besoin et dont on ne fait ultérieurement aucun usage, est évidemment l'indice habituel d'un état pathologique. Mais il n'y a point là un critérium absolu et on voit des individus, bibhophiles, philatélistes ou amateurs d'objets d'art passionnés, mais non malades, se laisser aller à dérober, dans des circonstances même graves, l'objet de leur ardent désir. Ce sont ces cas, dont nous parlions tout à l'heure, qui sont comme une sorte de transition entre le délit consenti et l'impulsion, et où la responsabilité, sans être toujours entière, n'en est pas moins en grande partie conservée.

Par contre, le caractère utilitaire d'un vol, le fait de tirer parti de Tobjet volé et de le vendre, ne suffit pas à lui seul pour enlever à un acte tout caractère morbide et il est des malades, surtout des dégénérés, capables de faire argent du produit d'un vol manifestement accompli sous l'empire d'un entraînement supérieur à leur volonté. Nous avons eu presque coup sur coup à examiner, dans ces dernières années, comme expert, plusieurs dégénérés impulsifs qui, après s'être appropriés ainsi maladivement une bicyclette, l'avaient ensuite revendue.

E. I.MPULSION A l'iXCENDIE (pYROMAXIE). MoRSELLI

dit que le fait d'allumer un incendie sans motif ou pour une cause réellement disproportionnée, et sans complice, est, pai lui-même, significatif d'un état psychopathique. Il est certaii que bon nombre d'incendiaires sont, à divers titres et à divei degrés, des aliénés, J. Baker, dans son intéressant article « Py remanie » du Dictionnaire de Hack Tlke, signale que, dans

IROUbLfciS DK L ACTIVITE 160

l'espace de vingt-deux ans (de 1864 à 1886), il est entré à Tasile de Broadmoor 103 individus qui avaient commis des incendies, dont 95 hommes et 8 femmes. La proportion des aliénés incendiaires vis-à-vis de l'ensemble des aliénés criminels, était d».- 6,2 p. 100, dont 7,5 p. 100 pour les hommes et 2 p. 100 pour les femmes. Au point de vue de la forme morbide, on trouvait sur les 103 incendiaires : imbécillité congénitale, 36 (35 hommes et 1 femme) ; mélancolie, 21 (17 hommes et 4 femmes) ; démence, 10 (10 hommes) ; monomanie, 9 (8 hommes et 1 femme) : manie chronique, 7 (6 hommes et 1 femme) ; paralysie générale, 6 (6 hommes) ; manie aiguë, habituellement alcoolique, 6 (5 hommes et 1 femme) ; épilepsie, 4 (4 hommes) ; manie récurrente, 4 (4 hommes).

Cette statistique est intéressante en ce qu'elle montre que. contrairement à ce qui existe pour la kleptomanie, la tendance pathologique à Tincendie t-st beaucoup plus fréquente chez V homme que chez la femme et que les états dans lesquels on la rencontre le plus souvent sont \ imbécillité congénitale, la mélancolie et la démence. Peut-être Vépilepsie mériterait-elle un rang supérieur à celui qu'elle occupe dans cette statistique.

Certains aliénés réitèrent leurs incendies, souvent de façon presque périodique. Il s'agit alors, à n'en pas douter, de dégénérés ou d'épileptiques. Motet, dans son magistral article u Pyromanie » du dictionnaire Jaccoud, dit à ce sujet : « On pourrait formuler avec certitude la proposition suivante : Toutes les fois qu'à la campagne, dans un village, dans une commune, des incendies se répètent à des intervalles rapprochés, c'est qu'il existe un garçon, une fdle à développement intellectuel ou physique incomplet, idiot, imbécile ou épilepfique ; c'est sur cet infirme que doivent porter les soupçons.

Une autre particularité qui mérite également d'être relevée, c'est que beaucoup d'aliénés incendiaires, surtout parmi ceux qui appartiennent au groupe des déséquilibrés et dégénérés, sont jeunes. Il existe même une relation évidentt^ entre les tendances incendiaires et la puberté, comme aussi avec la grossesse et Vétat puerpéral. Rousseau a spécialement insisté sur cette relation en l'appuyant sur des faits probants.

l'iiLCis DE l'SYCHiAïuit;. o^ écUl. lU

170 SYMI'TOMAÏULOGIE GENERALE DES PSYCHOSES

Dans les Landes, pays d'immenses forêts de pins, où les incendies dus à la malveillance sont fréquents et surviennent parfois comme épidémiquement, un certain nombre sont certainement le fait de jeunes garçons de douze à dix-huit ans, qui mettent le feu au risque d'amener de véritables catastrophes locales, par une véritable impulsion, tantôt sans motif, tantôt sous l'influence d'un motif futile, par exemple à la suite d'une réprimande ou d'une contrariété. Nous avons eu à examiner, comme expert, plusieurs enfants dans ces conditions, à la fois simples d'esprit et en voie d'évolution pubérale.

Cette notion des rapports de la puberté avec l'impulsion, vraie non seulement pour la pyromanie, mais aussi pour toutes les autres propensions morbides, a été admise de tout temps. Paul More au (de Tours) et An t. Marro y insistent dans leurs ouvrages, et déjà en 1849, l'auteur anglais Wigan, faisant une étude spéciale des crimes sans motif chez les adolescents, signalait ce fait curieux que beaucoup d'entre eux avaient eu des hémorrhagies nasales qui, dans le sexe masculin, s'étaient montrées avec la régularité du flux menstruel; l'action criminelle avait été accomplie avec la cessation temporaire du flux habituel. Le regard était alors hébété, lourd, languissant. Lorsqu'on interrogeait les coupables présumés, ils répondaient presque invariablement : « Je ne sais pas »... « Je n'ai pas de raison »... « Je croyais devoir le faire »... ou : « Nous étions poussés à faire quelque chose ». Quant à ce quelque chose luimême, il était déterminé par une simple circonstance, la vue des moyeas d'exécution.

Il n'est pas jusqu'au théâtre qui n'ait mentionné ces relations de l'impulsion avec la puberté et Ibsen, dans un de ses drames les plus connus, le Ca?iard sauvage, met en scène une jeune fille de quatorze ans, Hedwige qui, poussée d'abord par son évolution pubérale à l'incendie, finit ensuite par se suicider.

De même que l'impulsion au vol, l'impulsion à l'incendie est souvent en relation avec Vhystérie, surtout avec l'hystérie associée à un autre facteur tel que grossesse, menstruation, ménopause, alcoolisme, dégénérescence.

Quel que soit le type que revête l'impulsion à Tincendie, sauf dans les cas où elle est soudaine, -aveugle, inconsciente, elle peut avoir un motif ou tout au moins un semblant de motif. Le plus fréquent de tous, celui qu'on retrouve jusque chez les dégénérés inférieurs, c'est l'idée de vengeance qui, pénétrant à l'occasion la plus futile dans ces cerveaux tout préparés, y sert à la fois d'amorce et de stimulant à l'impulsion. C'est là un fait qu'il faut connaître, pour ne pas être exposé à conclure, dans la pratique, de l'existence d'un mobile à la non-morbidité de l'acte.

Si nous insistons sur ce point, important en médecine légale, c'est que certains auteurs tels que Marandon de Montyel, SoLLiER, considèrent l'absence de tout mobile comme un des éléments essentiels de l'impulsion. Nous croyons au contraire, on le voit, que chez les individus en état d'impulsivité latente, dégénérés, alcooliques, déments, etc., la nature et l'exécution de l'acte impulsif peuvent parfaitement être déterminées par un incident occasionnel jouant vis-à-vis de l'explosion impulsive le rôle d'agent provocateur.

F. Impulsion a boire (dipsomame). — L'impulsion à boire ou dipsomanie est absolument différente, comme on le sait, de l'alcoolisme.

L'alcoolisme est l'empoisonnement par l'alcool, empoisonnement résultant généralement d'habitudes chroniques et invétérées de boisson. La dipsomanie, elle, est la tendance impérieuse, habituellement passagère, paroxystique et par accès, à boire. De sorte qu'on peut être alcoolique sans être dipsomane et, plus encore, dipsomane sans être alcoolique.

Cette distinction rappelée, nous devons dire que l'impulsion à boire peut se manifester épisodiquement dans un grand nombre d'états psychopathiques, en particulier dans Vhystérie, Yépilepsie, la mélancolie, mais surtout au début de la manie aiguë, dans V excitation maniaque de la folie intermittente ou circulaire et dans la phase prodromique de la paralysie générale.

Dans ces diverses maladies, en particulier dans la dernière.

172 SVMPTOMATOLOGIE (.iLm-ÏH AF^E DES PSYCHOSES

la dipsomanie traduit l'exaltation de l'organisme ; elle est une manifestation de ce besoin dynamique d'agir, de se dépenser, qui pousse les sujets. D'autre part, et par une sorte de choc en retour, les excès ainsi commis aggravent encore l'exaltation originelle et la portent souvent à l'état aigu.

Ces propensions dipsomaniaques, bien qu'intéressantes et importantes à connaître, ne sont guère que des accessoires épisodiques dans les états pathologiques au cours desquels elles surviennent et, à ce point de vue, elles diffèrent de la véritable dipsomanie, c'est-à-dire de l'impulsion irrésistible à boire, survenant par accès nettement caractérisés, chez les dégénérés.

La description de cette forme classique a été magistralement tracée par Magnan. Nous nous bornerons à la résumer.

La dipsomanie a pour caractère principal de se traduire par accès essentiellement intermittents et paroxystiques ; ils laissent, après leur disparition, un malaise cérébral qui s'atténue peu à peu, et les malades, reprenant leurs habitudes de sobriété, regrettent les abus auxquels ils se sont momentanément livrés.

L'accès est précédé de prodromes toujours à peu près les mêmes : d'abord un sentiment vague de tristesse que les occupations ou les distractions sont incapables de surmonter ; les malades, déprimés et découragés, renoncent bientôt au travail, auquel il leur est désormais impossible de penser ; des idées noires les obsèdent, tout semble changer autour d'eux, ils se sentent comme menacés d'un prochain malheur, leur caractère s'aigrit, leurs sentiments affectifs sont altérés, les êtres les plus chers leur deviennent indifférents. A ces symptômes d'ordre intellectuel et moral s'ajoutent plus tard d'autres symptômes physiques. D'abord de l'anorexie avec anxiété précordiale, un serrement de l'épigastre et parfois de la gorge, puis du dégoût pour les ahments solides. Enfin des troubles de la sensibilité générale surviennent ; ces malades se plaignent d'une brûlure à l'estomac, d'ardeur au gosier, ont une soif intense, non pas une soif qu'une boisson quelconque pourrait calmer, mais une soif particulière

avec désir, tendance irrésistible à boire quelque chose d'excitant.

Désormais, rien ne les arrête, il leur faut à tout prix une liqueur alcoolique ; quand l'argent leur manque pour l'acheter, ils ne reculent devant aucun expédient ; les plus honteux ne les arrêtent pas ; le vol, la prostitution, le crime même, tous les moyens leur sont bons pour se procurer une boisson excitante.

La lutte que soutiennent plusieurs de ces malheureux avant de céder à leur funeste penchant, indique d'une manière très nette combien ils diffèrent des alcooHques ordinaires. Ceux-ci cherchent les occasions de boire, le dipsomane au contraire commence par les fuir ; il se fait des reproches ; il se fait à haute voix l'énumération des tourments divers qui l'attendent ; il cherche à se dégoûter par mille moyens ; il souille même par> fois sa boisson dans l'espoir de ne pas céder à la tentation. Jamais le buveur ordinaire n'agit de la sorte.

Et quand il finit par succomber, le dipsomane se conduit encore autrement que l'alcoohque ; il se cache, s'isole après être entré furtivement chez le marchand de vins, d'où il s'échappe ensuite tout honteux. Le buveur de profession, au contraire, est bruj-ant, tapageur, cherche des amis pour aller au cabaret, fait étalage des bouteilles qu'il a vidées et met une certaine gloriole à raconter ses exploits. L'un est ahéné avant de boire, l'autre ne devient aliéné que parce qu'il a bu.

D'autres impulsions peuvent se joindre à l'impulsion à boire, surtout celle du suicide. Cette idée du suicide naîtrait du désespoir et de la honte que les dipsomanes éprouvent d'être retombés dans les excès dont ils rougissent.

Honteux de leur conduite et des soucis qu'ils causent à leur famille, découragés par une lutte perpétuelle d'où ils sortent toujours vaincus et plus avilis, ils sont poussés à se donner la mort et certains finissent ainsi,

11 n'y a rien à ajouter à cette description de la dipsomanie donnée par Mac n an. Aussi n'insisterons-nous pas davantage.

Ce que nous voulons dire seulement ici, à titre de complément, c'est que ce qui existe pour la boisson, au point de vue de l'entraînement irrésistible, existe également pour tous les

poisoTis artificiels, si bien qu'il y a une dipsomanie morphinique ou morphinotnanie, une dipsomanie éthérique ou éthéromanie , une dipsomanie cocaînique ou cocaïnomanie, hachischique ou hachischomanie, chloralique ou chloralonianie , opiumique ou opiomanie, etc.

Chacune de ces dipsomanies peut se présenter sous le même type et avec les mêmes caractères que la dipsomanie alcoolique, c'est-à-dire sous forme d'accès intermittents, obsédants, paroxystiques, présentant les mêmes prodromes, la même symptomitologie et le même retour attristé à la raison. Bien plus, et c'est ce qui prouve que les dipsomanes sont bien plutôt poussés, dans leurs crises, par un besoin de s'intoxiquer que par Fappétit de tel ou tel toxique, c'est que chez un même individu, on peut voir les diverses espèces de dipsomanie coexister ou se remplacer. D'où le nom générique de toxicomanie que Féré donne très justement à ces tendances impulsives, non exclusivement systématisées.

Nous avons déjà dit (p. 121) que pour G. Ballet l'accès de dipsoma ie se rattache à la mélancoHe, à la folie périodique. Cette manière d ■ voir, exacte pour un certain nombre de caS; est b3aucoup trop exclusive à notre avis.

G. Impulsion a la fugue (dromomanie). — Beaucoup d'aliénés sont portés à fuir de chez eux et à s'en aller plus ou moins loin. Tels les persécutés, qui changent constamment de domicile pour essayer de se soustraire aux manifestations malveillantes dont ils se croient l'objet et vont même, parfois, jusqu'à s'expatrier (persécutés migrateurs de A. Foville] les mégalomanes, politiques ou mystiques, qui vont où les ap-j pellent leurs grandeurs imaginaires ; les mélancoliques, qui cherchent, par un sentiment d'humihté ou d'indignité, à sel soustraire à la lumière du ciel et à la vue des hommes (les évadés à l'intérieur des asiles, Collet, Th. p. 1907, G. LalanneJ C. 1909) ; les alcooliques qui, affolés par les dangers qu'ils! aperçoivent autour d'eux, s'échappent de tous côtés, éperdus ;| les paralytiques qénéraux qui, au début surtout, éprouvent] parfois un tel besoin de se mouvoir qu'ils marchent pendant

TROUBLES DE L ACTIVITE [Tô

des journées sans s'arrêter ; les idiots et les déments enfin qui errent inconsciemment et au hasard.

Ces fugues pathologiques, fréquentes dans la plupart des psychoses, ainsi que le démontrent chaque jour de nouveaux cas (Pagnier, Th. L. 1906, Ducosté, A. N. 1907, Cottu, Th. P. 1907, JoFFROY et DupouY, C. 1908 et vol. 1909, V. Parant fils, G. 1909), ne présentent que rarement le caractère impulsif. Le plus souvent, elles sont consenties, voulues par les malades, sous l'influence de leur déUre ou de leurs hallucinations. Seules les fugues panophobiques des alcooliques et l'ambulomanie des paralytiques généraux peuvent être considérées, le plus souvent, comme de véritables impulsions, les unes somnambuliques, subconscientes et submiésiques, les autres conscientes et automatiques, véritablem -nt psycho-motrices. Dans mon travail déjà ancien sur la dynamie ou excitation fonctionnelle au début de la paralysie générale, j'ai insisté, en en rapportant plusieurs exemples, sur ce besoin impulsif de locomotion chez certains paralytiques généraux au début. Depuis, d'autres cas ont été cités par Berger dans un travail spécial (A. C. B. 1895).

Les véritables fugues impulsives s'observent surtout dans les états névropathiques .

Décrites tout d'abord dans Vépilepsie par Charcot sous le nom à' automatisme ambulatoire, elles ont été depuis signalées et étudiées dans Vhystérie et dans la psychasthénie par un grand nombre d'auteurs, notamment par : TissiÉ, Bénédickt, Charcot et Meige, Duponchel, Le Dantec, J. Voisin, Pitres, Sous, Géhin, Saint-Aubin, Régis, Denomini, Dubourdieu, Lucas-Championnière, Meurice, Bregmann, Babinski, etc. La synthèse sémiologique de ces fugues nous a conduit à distinguer dans le vagabondage impulsif plusieurs variétés distinctes.

A un premier degré, il faut signaler le besoin impérieux de marcher, de se déplacer incessamment, observé chez des sujets qui sont à peine des malades, des déséquihbrés. Ce groupe d'individus comprend les déambulateurs simples, les trimardeurs, les ouvriers ^errants.

La fugue des dégénérés, en particulier celle des psychasthé-

niques, se produit sous l'empire d'une propension plus ou moins soudaine, ordinairement obsédante, à laquelle les sujets ne peuvent résister en raison de la faiblesse de leur volonté. La crise, née souvent d'une cause réelle, mais insignifiante, revêt le type conscient et le souvenir en reste tout à fait intact.

11 faut rapprocher, au moins dans certains cas, de la fugue des psychasthéniques, des dégénérés, la fugue des déments précoces, signalée par Kraepelin (vol. 1904), Deny et Roy (vol. 1903), Masselon (vol. 1904), Taxzi (vol. 1905). Ducosté, qui en a fait une étude spéciale (E., 1907), y distingue les fugues d'instabilité, les fugues d'impulsion, les fugues de déficit intellectuel ou démence légère, les fugues de démence, profonde. La démence précoce réaliserait, en un mot, deux types principaux de fugue : le type impulsif et le type dément.

La fugue de V épileptique est absolument automatique. L'épileptique part tout d'un coup, à l'aveugle ; il marche au hasard devant lui, ne sachant ni ce qu'il veut, ni ce qu'il fait, se livrant inconsciemmeTit sur sa route à des extravagances, à des actes impudiques, à des impulsions subites à l'incendie, à l'homicide ou au suicide. Revenu à lui, il ne sait rien de ce qui s'est passé, il ignore où il est et comment il y est venu.

La fugue de Vhystérique a des symptômes différents. Ici, le sujet est en état second ou de somnambulisme. Chez lui, l'idée du voyage à accompHr répond souvent à un désir, ou même à un besoin antérieur qui se manifeste et réagit spontanément durant le sommeil nerveux, et le malade l'exécute presque d'une façon normale, allant droit au but sans s'écarter. D'autre part, l'amnésie de la fugue, bien que constante, n'est pias toujours aussi profonde et aussi absolue que dans l'épilepsie et parfois quelques débris de la scène surnagent dans les souvenirs. Enfin, il est possible de réveiller complètement la mémoire de la fugue en plaçant le sujet dans l'hypnose. A l'état ordinaire, l'amnésie est complète, il ne se rappelle rien ou presque rien ; mais si l'on parvient à le plonger dans le sommeil artificiel, ce qui n'est pas toujours possible, il récupère le souvenir de son accès pour retomber, au réveil, danll l'amnésie antécédente.

TROUBLES DE LACTIVITÉ 177

Il est vraisemblable qu'en dehors des soudaines et courtes propulsions de l'épilepsie dite procursive, l'automatisme ambulatoire à grands et longs accès, durant lesquels le sujet se dirige et accomplit des actes plus ou moins coordonnés, n'appartient guère à l'épilepsie, dont le symptôme le plus général, le plus constant, le plus caractéristique est l'inconscience absolue, h' automatisme ambulatoire classique est surtout le fait de Vhystérie. Lorsqu'on le constate dans l'épilepsie, il est sans doute dû à un état second, indirectement provoqué par cette névrose et identique au somnambulisme de l'hystérie.

Nous avons proposé de désigner l'impulsion consciente à la fugue du psychasthénique, plus ou moins déséquilibré ou dégénéré, en particulier celle à caractère obsédant, sous le nom de dromomanie. Cette dénomination pourrait également s'appliquer, nous semble-t-il, aux cas de vagabondage caractérisés par un besoin perpétuel de se déplacer et de marcher le long des chemins, comme le Juif-Errant. Il y aurait donc des dromomanes aigus ou par accès et des dromomanes chroniques ou d'habitude, car nous croyons juste de distinguer avec Benon et Froissart (S. M. P, 1908), plus nettement qu'on ne l'a fait jusqu'ici, la fugue, état accidentel, transitoire, par accès, du vagabondage, qui, lui, est un état habituel.

La dromomanie par accès et le vagabondage constitutionnel se manifestent souvent dans le jeune âge (ex. : fugues militaires), et dans l'enfance (fugues scolaires) ; parfois même, ils sont héréditaires. C'était le cas, comme je l'ai montré, pour la dromomanie de J.-J. Rousseau (C. 1909).

Bien que nous n'ayons pas à insister sur ce point, signalons d'un mot ici les efforts faits actuellement pour étudier le vagabondage et pour remédier, par une législation appropriée [projet de loi Cruppi, projet de loi Flandin voté en première lecture au Sénat (juin 1912)], à ce mal social.

On trouvera des détails sur la question dans le livre très documenté de Karl Wilmanns sur les vagabonds (Landstreichers) (Leipzig, 1906), dans celui de A. Marie et R. Meunier (1908) et dans celui de A. Pagnier (1910). Un chapitre intéressant de l'histoire de la fugue morbide est

celui de la jugue dans Vannée. Xous aurons l'occasion d'en parler plus tard.

H. Impulsions sexlelles. — Les impulsions sexuelles ont été particulièrement étudiées dans ces dernières années. En dehors de l'ouvrage magistral et complet de Krafft-Ebing, qui reste l'œuvre fondamentale sur le sujet, nous devons citer aussi les travaux de Moll, Raffalovitch, Nacke, Ullrich,

VON SCHRENCK-XOTZING, TaRNOWSKY, LaUPTS, LoMBROSO.

Venturi, Tamburini, Bonfigli, Rosenbach, Soukhanoff, MoRTON Prince, Masoin, à l'étranger, et en France, ceux de Magnan et Charcot, Chevalier, Garnier, Vallon Régis, Thoinot, Féré, Lacassagne, Ball, Motet, Sérieux, Joanny Roux, Toulouse, Emile Laurent, etc., etc.

Il en est des impulsions sexuelles comme de toutes les impulsions : elles peuvent se présenter, en clinique, sous les types réflexe pur, psycho-inoteur ou psychique obsédant. Elles peuvent aussi, et c'est habituellement de la sorte qu'elles sont étudiées, être di^isées en deux grands groupes suivant qu'elles tendent à des actes sexuels normaux ou à des perversions.

Uimpulsion sexuelle proprement dite est la tendance impulsive morbide à la satisfaction du besoin génital. Elle se traduit le plus souvent, non seulement par son caractère impérieux, irrésistible, mais aussi par son inassouvissement, malgré des répétitions aussi fréquentes que rapprochées. Elle s'observe dans la plupart des états psychopathiques caractérisés par de l'exaltation fonctionnelle et où déjà nous avons signalé d'autres tendances impulsives : les prodromes de la manie, Vexcitation maniaque ijitermittente ou circulaire, la paralysie générale au début. Souvent, elle s'associe à une propension également instinctive, automatique et insatiable à la masturbation qui, dans certains cas, peut exister seule, notamment chez les dégénérés inférieurs.

Les perversions sexuelles impulsives sont tellement nombreuses qu'il nous est impossible de les décrire, même tout à fait sommairement ici et que nous ne pouvons que nous borner à énumérer les principales, renvoyant, pour plus de détails,

TROLBLES DE L ACTIVITK 179

Touvrage classique de Krafft-Ebing ou au rapport présenté ^ur ce sujet à la section de psychiatrie du Congrès international de 1900, par Paul Garnier.

Nous nous contenterons de mentionner sans insister, parmi les perversions sexuelles susceptibles de se présenter avec le caractère impulsif, certaines propensions morbides, telles que la pédérastie et le tribadisme, bien connues depuis longtemps, qui s'observent de préférence chez les dégénérés, les hystériques, les alcooliques, et dans lesquelles à la perversion se mêle souvent un certain degré de perversité, qu'il n'est pas toujours facile de distinguer.

Nous dirons uniquement un mot des perversions sexuelles plus récemment mises en lumière et que nous diviserons, avec Krafft-Ebing et la plupart des auteurs, en : 1<* exhibitionnisme ; 2^ fétichisme ; 3° sadisme ; 4*^ masochisme ; 5" uranisme. A ces formes simples, on peut ajouter les formes mixtes, dans lesquelles plusieurs de ces perversions s'associent entre elles et dont les principales sont celles que j"ai désignées sous le nom de sadi- fétichisme et de maso-fétichisme .

a. Exhibitionnisme. — Garnie r définit V exhibitionnisme impulsif '( une perversion sexuelle, obsédante et impulsive, caractérisée par le besoin irrésistible d'étaler en public, et généralement avec une sorte de fixité d'heure et de lieu, ses organes génitaux à l'état de flaccidité et en dehors de toute manœuvre lubrique ou provocatrice, acte en lequel se résum»^^ l'appétit sexuel et dont l'accomplissement, en mettant fin à la lutte angoissante, clôt l'accès ».

Cette définition donne une idée très exacte de l'exhibitionnisme impulsif type. Mais elle ne comprend pas tous les cas d'exhibitionnisme impulsif, notamment ceux où il n'y a ni lutte obsédante, ni conscience complète, ni fixité d'heure et de lieu et où l'exhibition s'accompagne d'érection, de masturbation, etc. Ceux-là, on les observe chez les dégénérés, mais urtout chez les sujets en voie de décadence mentale : alcooliques chroniques, déments, épileptiques, paralytiques généraux.

P. Ladame a de nou eau réC3mme..t insisté sur la fréquence do l'exhibitionnisme alcoolique C. M. L. 1912).

Une particularité curieuse à signaler, dans Fhistoire de l'exhibitionnisme obsédant, c'est la tendance pour ainsi dire instinctive qu'ont les malades à exécuter leurs actes dans les endroits qui jurent le plus avec sa nature obscène, par exemple devant les ateliers de jeunes filles, et principalement dans les églises, aux yeux de femmes ou même de religieuses en prières. Si l'exhibitionniste est fréquemment poussé à opérer ainsi, dans les lieux consacrés, c'est surtout, me semble-t-il, parce que c'est là qu'il devrait et voudrait le moins le faire ; en vertu de cette loi d'antithèse et du contraire, si curieuse et si typique chez beaucoup d'obsédés, qui oriente leurs tendances juste dans le sens le plus grave ou même à l'opposé de leurs désirs : le mari qui adore sa femme et la femme qui adore ses enfants sentant leur obsession homicide se tourner précisément contre eux ; la jeune fille pieuse et chaste sentant venir sur ses lèvres, toutes les fois qu'elle veut prier, un blasphème abominable, etc., etc. Et ce qui prouve bien qu'il en est vraiment ainsi, au moins dans bien des cas, c'est que certains, comme un malade cité par Oarnier, disent « qu'il n'y avait point l'intention d'une révoltante offense dans leur exhibition, que ce serait plutôt le contraire ».

b. Fétichisme. — Le fétichisme, dit Garmer, est « une perversion sexuelle obsédante et impulsive, conférant tantôt à un objet auquel nos usages prêtent une signification sexuelle (fétichisme impersonnel), tantôt à une partie du corps (fétichisme corporel), le pouvoir exclusif de produire l'orgasme génital, le féticha étant soit directement, soit par évocation ou représentation mentale, l'élément à la fois nécessaire et suffisant de l'excitation sexuelle »*.

Le fétichisme se présente en effet sous deux formes : le fétichisme des objets et le fétichisme d'une des parties extragénitales du corps.

Le fétichisme des objets se manifeste par les tendances les phi^ variées et les plus singulières ; la recherche passionnée nt impulsive des mouchoirs de femme, des pantalons, jupes, robes, bas, tabliers blancs, manteaux de laine, de velours ou (!'■ soie, chapeaux, bonnets de nuit, souhers à clous, etc., etc.

TROUBLES DE L ACIlVIïE 181

Beaucoup vont jusqu'au vol pour se procurer leurs fétiches, soit pour les collectionner, soit pour les revêtir, et la vue le toucher ou le port de ces objets détermine souvent chez eux, avec ou sans l'aide de manœuvres onanistiques, l'orgasmo génital.

Le jélichisme du corps peut se traduire par un penchant exlcusif pour des femmes présentant telle ou telle particularité do taille, de couleur, d'âge, par exemple pour des femmes à cheveux gris ou blancs ; il peut également s'objectiver sur les parties du corps les plus diverses : cheveux, nez, oreilles, bouche, seins, mains, fesses, pieds, etc. Il conduit souvent les obsédés des cheveux à couper, voler et collectionner des nattes (coupeurs le nattes do Motet, Krafft-Ebixg, Garnier) ; les obsédés des fesses à se serrer, organes à nu ou non, contre les bassins des femmes dans les foules, d'où le nom de ( frotteurs » sous lequel ils sont désignés par la police spéciale qui, à Paris et dans les autres capitales, connaît bien leur passion maladive.

c. Sadisme. — Le sadisme pathologique est '( une perversion sexuelle obsédante et impulsive caractérisée par une dépendance étroite entre la souffrance infligée ou mentalement représentée et l'orgasme génital, la frigidité restant d'ordinaire absolue sans cette condition à la fois nécessaire et sufTisante (Garnier). On pourrait définir aussi le sadisme, ou comme on l'appelle parfois, le tyrannisnip , ■■<■ une perver-sion consistan! à n'éprouver de volupté génitale que par domination ou violences exercées sur des personnes du sexe opposé ou du mêmisexe, sur des animaux ou sur des objets ».

Le sadisme étant, de toutes les perversions sexuelles, celle qui conduit aux actes les plus graves, on peut cliniquement on établir un certain nombre de degrés, d'après la gravité même do ses effets.

Au degré le plus léger, on a le sadisme purement platonique, c'est-à-dire celui qui se satisfait simplement en imagination par l'évocation ou la création soit mentales, soit contées, écrites, dessinées, peintes, de scènes de violences, ces créations et évocations symboliques suffisant à provoquer la volupté.

A un degré plus marqué, il y a déjà ^^.h violences réelles mais

ntÉCI^ DE PSYCHIATRIE, d'^ édit. H

plus OU moins légères : coups, flagellation, morsures, piqûres sur divers points du corps, bien étudiés récemment par Nacke dans sa psychologie des sadiques piqueurs (E. a. 1910).

Au troisième degré, nous trouvons les blessures sérieuses allant parfois jusqu'à la mort : section des lobules d'oreilles, du nez, de morceaux de chair, mutilations diverses, meurtre simple.

Enfm, au dernier degré, se placent d'horribles monstruosités telles qu'assassinats avec égorgement, éventration, ablation des organes génitaux, étripement, dépeçage, absorption du sang ou de la chair de la victime, jusqu'à la violation des cadavres et au vampirisme dont un exemple, le plus macabre et le plus bestial qui ait jamais existé, s'est produit il y a peu d'années au Muy.

On consultera sur tous ces faits, en particulier sur le sadisme et le dépeçage, en dehors des ouvrages classiques déjà cités, les travaux de Lacassagne, de Nina RoDRiGUEz,d'ALB. Prieur, de PiTOisET, de A. de Saint-Vincent de Parois, etc.

Les divisions du sadisme que nous avons admises sont bien des manifestations à divers degrés d'une même perversion, séparées non par des différences absolues, mais par des transitions insensibles. Et la preuve, c'est que les malades peuvent passer très bien de l'une à l'autre. Il n'y a pas si loin qu'on pourrait le croire entre l'impulsion intellectuelle, comme disait Ball, et l'impulsion motrice puisque, suivant la psychologie moderne, toute idée est un mouvement qui commence. Entre le dégénéré sadique qui, en imagination fesse, fouette et cingle les femmes jusqu'au sang, et celui qui les tue, les mutile, les éventre et les souille réellement, il n'existe qu'une différence de transition et de degré. Il y a là une chaîne ininterrompue de manifestations impulsives de l'instinct sexuel, qui s'exphquent et se complètent les unes par les autres.

Le sadisme peut S'exercer non plus seulement sur les humains, mais sur les animaux. Les auteurs ont cité de nombreux faits de ce genre. Les plus intéressants peut-être, au point de vue du mécanisme et de l'interprétation psychologiques, sont ceux qui se produisent chez les enfants, soit dans le bas âge, soit surtout au moment de la puberté et ici encore nous saisissons sur le

fait rinfluence des grands mouvements de la vie génitale sur l'impulsivité.

Le sadisme peut enfin, comme et avec le fétichisme, se porter sur les objets, ainsi que l'ont montré Krafft-Ebing, Garmer, Vallon, Masoin, qui ont cité des cas dans lesquels le sadique s'attaquait non plus aux personnes elles-mêmes, mais à leurs vêtements et éprouvait une véritable volupté génitale à souiller, tacher d'encre, asperger de vitriol, couper, lacérer, brûler une robe ou toute autre partie de la toilette féminine.

Le sadisme s'associe souvent au fétichisme pour constituer une sorte de perversion double ou mixte, le sadi-fétichisme. Il en est ainsi notamment chez les coupeurs de nattes, les piqueurs de seins, les mutilateurs de lobules d'oreilles, les flagellateurs de fesses. Ainsi que nous l'avons montré (A. A. C. i«99^ une des deux perversions, le sadisme, domine presque toujours dans cette association, le fétichisme servant surtout à fixer sur telle ou telle région du corps les tendances impulsives.

Le sadisme, avec ou sans fétichisme, a, comme on voit, les relations les plus étroites avec la cruauté. Ces relations sont telles que beaucoup d'actes de cruauté envers les humains ou les animaux ont, à l'insu même parfois de leur auteur, une origine plus ou moins sadique. Il en est ainsi, par exemple, de certains mauvais traitements corporels dont l'usage n'a pas entièrement disparu encore, en particulier des fessées et flagellations infligées à des enfants, des domestiques, des inférieurs, par des maîtres et des supérieurs, ainsi que de certains entraînements violents des foules se traduisant soit par le goût de spectacles sanguinaires comme les courses de taureaux (Féré), soit même par des crimes plus ou moins horribles et plus ou moins nombreux (crimes des foules). Les femmes prennent généralement la part prépondérante dans les mutilations sadiques de ces crimes des foules, comme l'a bien montré dans sa thèse récente mon élève Cazanove.

d. Masochisme. — Le masochisme est la perversion inverse du sadisme. Elle consiste à n'éprouver de volupté génitale que par domination ou violences subies. Le terme de masochisme lui a été appliqué par Krafft-Ebing d'après le nom de l'écri-

Ib4 SYMPTOMATOLOGIE GENERALE DES PSYCHOSES

vain hongrois Sache r Masoch qui, dans ses romans, a mis en scène des cas de ce genre. On l'appelle aussi, avec RaffaloviTCH, d'un mot plus juste, le passivisme, par opposition avec le tyrannisme, synonyme de sadisme.

Nous pourrions reconnaître au masochisme ou passivisme, aiiLsi que nous l'avons fait pour la perversion précédente, une série de degrés progressifs.

Au premier degré, tout se borne à la production de la volupté génitale parla création ou l'évocation en imagination de scènesdans lesquelles le sujet joue un rôle d'obéissance et de servitude.

Au deuxième degré, le sujet se complaît voluptueusement à se faire commander, gronder, punir par une femme, à s'agenouiller ou à se coucher à ses pieds, à prendre devant elle les attitudes les plus humbles, à se charger des besognes les plus humiliantes et les plus grossières, etc.

Au degré le plus marqué, ce passivisme purement symbolique ou psychique ne suffît pas et il faut au malade, pour arriver à la volupté, des violences matérielles plus ou moins graves, depuis les soufflets et surtout la fessée, jusqu'aux coups et aux blessures sanglantes.

Comme dans le sadisme, il n'existe que des transitions insensibles entre ces divers degrés de la perversion et beaucoup peuvent passer de l'un à l'autre ou les présenter simultanément. C'est ce qui existait chez Jean-Jacques Rousseau, le type du parfait masochiste qui, ayant éprouvé une grande volupté sexuelle sous la fessée de M^^^ Lambergier, cherchait à nouveau les occasions de se faire ainsi frapper-(3e degré) ; mais n'osant demander aux femmes de le fouetter, il satisfaisait sa passion en exhibant de loin son derrière sur leur passage, comme en une sorte d'évocation « du traitement désiré » (1^^ degré), ou en prenant vis-à-vis d'elles des attitudes de sujétion et d'humilité (2^ degré). " Etre aux genoux d'une maîtresse impérieuse, a-t-il écrit, obéir à ses ordres, avoir des pardons à lui demander, étaient pour moi de très douces jouissances. » (Confessions.)

Comme le sadisme également, le masochisme peut s'associer à d'autres perversions pour constituer en quelque sorte des

TROUBLES DE l'aCTIVITÉ 18"Ù

tats mixtes. Nous venons de voir chez Rousseau un mélange de masochisme et d'exhibitionnisme, ce que Ton pourrait dénommer le maso-exhibitionnisme. J'ai observé aussi avec le Dr MoNGiE un cas très net de maso-fétichisryie chez un individu qui ne goûtait la volupté que lorsque, revêtu de bas noirs et de souliers jaunes, il était grondé, enfermé, mis au pain sec. attaché, battu par une femme également en bas noirs et en souliers jaunes.

e. Uranisme ou inversion sexuelle {homosexualité). — Nous nous bornerons à signaler ici Vuranisme, inversion génitale ou sexuelle, homosexualité, perversion caractérisée par la direction exclusive de l'inchnation amoureuse vers les personnes du même sexe. Elle offre moins en effet que les perversions précédentes le caractère impulsif. Tous les auteurs qui se sont occupés de l'uranisme, et ils sont nombreux, surtout en Allemagne, ont insisté sur les différences très nettes qui le séparaient d^■ la vulgaire pédérastie. L'uranisme est une anomaUe avant tout psychique, consistant dans une inversion du penchant sexuel, quelque chose, ainsi qu'on l'a dit, comme une âme de femme dans un corps d'homme, et réciproquement. Il peut évidemment I onsister, s'il s'agit d'un homme, à se vêtir, à se parer, à travailler, à vivre en femme, ou à aimer idéalement un homme comme une femme pourrait l'aimer ; à sentir, à vivre et à aimer en homme, s'il s'agit d'une femme.

Il va sans dire que l'uranisme se lie souvent aussi à d'autres perversions (urano-sadisme, urano-masochisme, urano-fétichisme). Beaucoup de violences de supérieurs vis-à-vis d'inférieurs, de maîtres vis-à-vis d'élèves, ne sont, même à Tinsu de leur auteur, que de V urano-sadisme. Quant à Vurano-fétichisme, il se traduit par la propension, pour certaines femmes, à aimer des femmes de teint ou d'attributs déterminés ; pour certains hommes, à aimer des hommes de telle ou telle sorte, ou vêtus de façon spéciale, notamment en militaires.

Des faits récents et retentissants ont appelé de nouveau Tattention sur cette forme de perversion sexuelle.

Toutes les perversions sexuelles que nous venons de passer en revue et qui se manifestent par des obsessions et des impul-

186 SYMPTOMATOLOGIE GENERALE DES PSÏCHOSES

sions d'une importance capitale, au point de vue clinique et médico-légal, sont dues, avant tout, à la prédisposition morbide originelle et germent, par conséquent, sur un sol essentiellement dégénéré.

Le terrain ainsi préparé, qu'un incident susceptible de frapper l'imagination du sujet et de créer une association psychogénitale survienne dans sa jeunesse, voire dans son enfance, et voilà désormais sa vie sexuelle orientée exclusivement, impulsivement, vers une perversion en rapport avec l'incident primitif. C'est ce qui explique comment la plupart des pervertis sexuels sont devenus fétichistes, sadistes, masochistes, etc., à la suite d'une première émotion sexuelle liée à la vue d'une partie du corps de la femme ou d'un de ses vêtements, au spectacle ou à la sensation d'une fessée donnée ou reçue, etc.

Mais ce qui prouve que ce facteur accidentel ne joue qu'un rôle secondaire, c'est que, en présence d'un même fait, les dégénérés peuvent verser dans une perversion différente, devenir, par exemple, les uns masochistes et les autres sadistes, au vu d'une fessée. D'où cette conclusion tant de fois répétée par tous les aliénistes, que la prédisposition congénitale est le facteur absolument prépondérant et que l'incident occasionnel ne détermine que des effets morbides en rapport avec le tempérament et l'idiosvncrasie de l'individu.

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