TROUBLES DU SOMMEIL
de froid, de fourmillements, de frissons ; des boufff^es, des phénomènes de vaso-dilatation et de vaso-conslriction localisés et parfois alternants (formes cycliques et périodiques, mélancolies avec raptus, psychasthénies, obsessions). On peut observer aussi, sous l'influence de légères excitations mécaniques ou électriques, des rougeurs partielles persistantes, quelquefois même le phénomène désigné sous le nom de deniwgraphisme.
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Le sommeil, au sujet duquel de si nombreuses théories, physiologiques, histologiques et chimiques ont été successivement émises, mais dont le mécanisme intims est encore loin, malgré tout, de nous être entièrement connu, est l'une des fonctions les plus constamment altérées dans les psychoses. Dans les accès aigus, Vinsomnie est un des premiers symptômes qui apparaissent : elle se traduit surtout par de l'agitation, des rêves et des cauchemars. Par contre, le retour du sommeil, à la fin d'une manie ou d'une mélancolie, est d'un excellent augure et peut passer pour l'un des indices les plus certains des approches de la guérison, sauf le cas où ce retour, en rapport avec le rétablissement des processus d'assimilation, ne coïncide pas avec une amélioration parallèle de l'état mental. Dans les psychoses chroniques, l'insomnie est rare, excepté chez les aliénés atteints d'hallucinations ou illusions cénesthésiques.
Le pouvoir de résistance des aliénés à l'insomnie atteint quelquefois un degré surprenant ; on en voit qui passent des semaines entières sans le moindre repoS; quels que soient les moyens employés. Ce manque absolu et complet de sommeil, qui peut dépendre de la perte du sens de la fatigue, est en général un signe pronostique grave, parce qu'il indique une altération profonde des centres nerveux.
On s'est demandé si les ahénés avaient des rêves en rapport avec leur délire. Le fait, déjà probable, a été mis hors do doute par plusieurs observateurs.
200 SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE DES PSÏCHOSES
Il est possible que le sommeil et les rêves aient des caractères plus ou moins spéciaux dans chaque forme de psychose. En tout cas, cela existe dans les névroses, accompagnées ou non de troubles psychiques. Mon élève Damelon (Th. B. 1902) a fait ressortir ces différences qui se résument ainsi :
U épileptique dort d'un sommeil lourd et profond. Il a peu de rêves, au moins mnésiques, mais est sujet à des cauchemars, à des rêves d'accès (Féré, Ducosté), parfois identiques et périodiques et d'où il sort plus ou moins brisé. L'hystérique dort, mais d'un sommeil léger, peuplé de rêves de toutes sortes, parmi lesquels dominent les rêves zoopsiques, erotiques, mystiques, terrifiants. Ces rêves, mnésiques ou amnésiques, ont souvent une action directrice sur ses sentiments à l'état do veille. Le psychasthénique ne dort pas ou plutôt se plaint de ne pas dormir du tout, durant des mois et des années. La préoccupation de son sommeil et la peur de ne pas dormir le tourmentent à tel point que parfois il ne dort pas par crainte de ne pas dormir ou par crainte de mourir pendant son sommeil. Habituellement, le sommeil du psychasthénique est léger, incomplet, si bien qu'il peut donner au sujet la sensation ou qu'il ne dort pas ou qu'il ne dort que d'une partie de son être, la partie corporelle, par exemple. Ces sensations sont typiques et il semble que la dépersonnalisation du psychasthénique se continue jusque dans son repos de la nuit. Le sommeil du psychasthénique n'est pas seulement, du reste, léger, incomplet, il est aussi intermittent et se compose souvent de la succession réguhère et pour ainsi dire chronométrique, de temps de sommeil et de temps d'insomnie.
Qu'il s'agisse de psychoses ou de névroses, il est utile de distinguer V insomnie simple, par énervement, et V insomnie par préoccupations, par idées fixes ou obsédantes.
A côté de l'insomnie, il faut placer la .somnolence, symptôme fréquent et encore mal étudié dans les névroses et les psychoses, en particulier dans le myxœdème, V artériosclérose, les psychoses infectieuses et toxiques. Elle se traduit par une tendance à l'assoupissement, rappelant exactement celui des vieillards ou des moribonds, survenant le jour, après les repas,
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assis, debout, pendant un travail, une conversation et pouvant coexister avec de l'insomnie nocturne. Cette somnolence est parfois assez marquée pour constituer le sj^mptôme principal de la maladie. C'est le cas pour la maladie du sommeil, hypnosie, somnose, léthargie d'Afrique, trypanosomiase, et pour l'état désigné par Gélineau sous le nom de narcolepsie et étudié depuis par Ballet et d'autres auteui-s.
Nous n'avons pas à nous occuper ici de la maladie du sommeil ; quant à la narcolepsie, nous pensons avec Ballet, Déjerine. etc., qu'elle n'est qu'un symptôme soit d'une névrose, hystérie, épilepsie, soit de toute autre maladie susceptible d'altérer la nutrition de la cellule nerveuse. Nous croyons même qu'on l'observe tout particulièrement dans certaines psychoses d'autointoxication liées à V insuffisance hépatique, où elle a été signalée par Ballet et Lévi.
C'est cette origine toxique de la somnolence que nous avons récemment soutenue encore au Congrès de Bruxelles (C. 1910) où a été discutée, sur les Rapports de Lhermitte et de Van Campenhout, la question de la maladie du sommeil et des narcolepsies.
Nous ne ferons que rappeler ici la léthargie et le sommeil hystérique, dont nous n'avons pas à nous occuper.
Les rêvés ont, dans certains cas, les relations les plus étroites avec les psychoses. De tout temps, pour ainsi dire, on a comparé le rêve avec la folie, et Baillarger avait résumé l'analogie de ces deux états en disant qu'ils prenaient tous deux leur source dans l'exercice involontaire ou automatique des fonctions cérébrales. D'autre part Lasègue avait montré, et il est admis, depuis, que le délire alcoolique n'est autre chose qu'un rêve dont il forme la continuation à la fois psychologique et chronologique.
Les rapports du rêve et des psychoses en général ont été étudiés par nombre d'auteurs, notamment par Chaslin et Sancte de Saxtis.
Quant au délire de rêve ou délire onirique, il tend à être considéré de plus en plus, ainsi que je me suis efforcé de le démontrer, comme le délire caractéristique des intoxications et df^s
infections. Xous aurons occasion d'en parler et de le décrire plus loin (voir p. 337).