B — MOTILITÉ
On observe, dans les états d'aliénation mentale, toutes les lésions possibles de la motilité. Nous examinerons successivement la condition anatomique des muscles, les attitudes passiçes et actives du corps, la contractilité aux stimulants mécaniques,
V excitabilité électro-musculaire . la mensuration dynamométrique et dynamo graphique, enfin les lésions fonctionnelles proprement dites.
1° État des muscles. — Les niuscles sont le plus souvent flasques et relâchés, quelquefois même atrophiés, soit par l'effet de l'inertie (mélancolie, stupeur, démence), soit par trouble de la nutrition générale (marasme des paralytiques, des stupides et des déments), soit enfin directement par lésions des centres trophiques nerveux (démence paralytique).
Les attitudes spontanées, dans certaines formes de psychoses, sont véritablement caractéristiques. Tantôt c'est un abandon complet avec résolution de tout le système musculaire, comme si le malade s'affaissait sur lui-même (paralysie générale) ; tantôt, c'est une concentration de tout l'individu, comme s'il cherchait à occuper le moins d'espace possible (mélancoliques, hallucinés, déments) ; tantôt enfin c'est une immobilité absolue, un défaut complet de réaction aux stimulants et une indifférence inerte aux modifications ambiantes (stupeur).
Parmi les altérations motrices liées aux attitudes volontaires , il faut citer le vertige, beaucoup moins fréquent dans les psychoses que dans les névroses et les psycho-névroses telles que la psychasthénie et l'obsession, la perte de l'équilibre dans la station debout les yeux fermés (signe de Romberg), qui est habituelle dans la démence tabétique et se rencontre aussi dans quelques cas de démence paralytique. On peut observer encore, dans certaines neurasthénies délirantes, Vastasie et Vabasie, signalées par Ch argot et ses élèves chez les névropathes.
La contractilité musculaire aux agents mécaniques ou thermiques est augmentée (mélancolie stupide et cataleptiformo, hypocondrie, neurasthénie, manie) ou diminuée (paralysie générale, mélancohe simple et démence). Le plus souvent elle reste normale.
h' excitabilité électro-musculaire se trouve habituellement accrue dans la manie, la mélancolie avec hallucinations cénesthésiques, la lypémanie simple. Dans les formes convulsives de la folie et aussi dans la paralysie générale, on constate la
réaction dite de convulsibilité (Benedikt). Eu revanche, l'excitabilité électro-musculaire est diminuée et finalement abolie dans la démence profonde et la paralysie générale spécialement accompagnée de symptômes spinaux. La réaction d'épuisement (Benedikt) est propre à beaucoup de paralytiques.
En dehors de ces altérations quantitatives de l'excitabilité électrique, on note aussi des altérations qualitatives, mais elles sont très variables et encore peu connues.
Là mesure de la force de contraction des différents groupes musculaires est difficile à réaliser chez les aliénés à l'aide du dynamomètre et ce procédé d'exploration ne sert guère qu'à apprécier le degré d'énergie volitive qu'ils possèdent (mélancolie passive, stupeur, démence apathique). La dynamographie est plus utile. Elle montre que la courbe varie dans les diverses maladies mentales suivant l'état des centres moteurs et des muscles .(démence hémiplégique, paralysie générale progressive, pseudo-paralysie générale alcoolique, neurasthénie, etc.).
Parmi les lésions proprement dites de la motilité qui peuvent s'observer chez les aliénés, nous signalerons : la paralysie et la parésie, générales ou partielles (affections cérébro-spinales diffuses, paralysie générale, démence hémiplégique, folie épileptique, délire aigu fébrile, idiotie) ; les spasmes et crampes (hypocondrie, manie aiguë, périodes d'excitation de la folie à double forme, mélancolie spasmodique, hystérie, épilepsie), parmi lesquels une mention spéciale doit être réservée au spasme pharyngien du délire hydrophobique et au grincement des dents des paralytiques généraux; les contractures, localisées ou étendues à tout un membre (idiotie, hystérie, démence paralytique et hémiplégique) ; Vataxie ou incoordination motrice, qui s'observe dans toutes les formes de paralysie, V intoxication alcoolique, etc., tantôt diffuse, tantôt localisée ; les convulsions, générales ou partielles, avec perte plus ou moins complète de la conscience (paralysie générale, syphilis cérébrale, intoxication alcoohque et saturnine, démence sénile grave), à côté desquelles il faut ranger cette excitabilité extraordinaire
du système nerveux n'allant pas jusqu'à la convulsion et qu'on désigne sous le nom de convulsibilité (manie aiguë, mélancolie anxieuse, délire psychasthénique) ; la paralysie psychique ou imaginaire, consistant en phénomènes d'inhibition motrice (délire hystérique, folie hypocondriaque, obsessions abouliques); l'altération du ton et du timbre de la voix, des mouvements de V écriture, etc., qui est caractéristique de certaines folies avec agitation intense (manie aiguë, mélancolie anxieuse, paralysie générale). D'après Mor^^elli, le changement de la voix serait parfois un sj^mptôme prodromique de la périencéphalite chronique. Il peut en être de môme de l'écriture.
Nous devons réserver une mention spéciale à trois troubles de la motilité dans les psychoses : le tremblement, le tétanisme et le catatonisme.
2'-' Tremblement. — Le tremblement peut exister dans les vésanies proprement dites : vibratoire et rapide dans les états d'excitation, ondulatoire et plus lent dans les états de dépression. Mais c'est surtout dans les psychoses névrosiques, toxiques, infectieuses et paralytiques qu'on l'observe. Il y est souvent caractéristique. Il faut le rechercher non seulement dans lt'> extrémités digitales, mais aussi du côté de la langue, des lèvres, des paupières, de la tête, du corps entier quelquefois, à l'état de repos, de mouvement, d'effort, etc. La constatation du tremblement et la notation de son caractère comportent du reste toute une technique qu'il faut savoir utiliser.
L'athétose, la chorée, les spasmes, les convulsions peuvent exister daas les psychoses, mais y sont relativement beaucoup plus rares que dans les névroses, ainsi que les tics, dont nous avons déjà parlé.
3" Tétanisme. — Le tétanisme ou tétanie est un état d'hyperexcitabilité réflexe des muscles qui les fait se contracter dans le sens des fléchisseurs au moindre contact ou mouvement, comme dans l'hyperexcitabilité neuro-musculain' décrite par Charcot chez les hystériques. Cette hyperexcit;ibilité se manifeste surtout dans les membres supérieurs, mai-
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r-lle peut de là, dans certains cas, se généraliser pour ainsi dire à tout le corps.
Le tétanisme s'observe surtout dans les psychoses toxiques et infectieuses, et particulièrement dans les psychoses par autointoxication gastro-intestinale et rénale.
4" Catatonisme. — Le catatonisme ou catatonie est une disposition à la contraction tonique des muscles de certaines parties du corps, d'où résultent des attitudes singulières parfois très persistantes et qu'on dirait le plus souvent affectées. Cette raideur musculaire s'augmente lorsqu'on veut la faire cesser. Elle s'accompagne dans beaucoup de cas de stéréotypies diverses, de grimaces, de tics, de maniérisme, qui contribuent à donner aux malades des allures étranges et en apparence factices et voulues.
La contraction catatonique des muscles, qui diffère, on le voit, de la contracture, du tétanisme et de la catalepsie, peut s'observer à titre accessoire et épisodique dans nombre de psy- ( lioses telles que la stupeur, les délires toxiques et infectieux, la paralysie générale, etc. Elle joue parfois un rôle plus important dans la symptomatologie, en particulier dans certaines formes de psychoses hébéphréniques et, comme il nous a semblé, d'autointoxication rénale. C'est ce qui a conduit Kalheaum à décrire sous le nom de catatonie une entité nouvelle, dont Kraepelin a fait une variété de sa démence précoce. Nous exposerons plus tard cette conception.
5^ Rétractions tendineuses et amyotrophie. — A. Cul- LERRE (C. 1904) et R. CuLLERRE fils (Th. p. 1908) ont attiré l'attention sur les amyotrophies et les rétractions tendineuses qui peuvent survenir dans les psychoses à base de confusion mentale et de stupeur coasécutivement à des phénomènes de raideur, de contractures, d'attitudes stéréotypées.
Les amyotrophies et les rétractions tendineuses ainsi produites paraissent être en rapport avec la durée de la contracture et frappent particulièrement les muscles fléchisseurs des trois derniers doigts de la main. Elles n'atteignent que les
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quelques malades dont le système fibro-musculaire est spécialement vulnérable, tels que les arthritiques. Il s'agit vraisemblablement d'une forme atténuée et atypique de la maladie de DupUYTRE\ (rétraction de l'aponévrose palmaire). L'affection locale peut s'améliorer parallèlement avec l'état mental.
Cl — FONCTIONS TROPHIQUES ET VASO-MOTRICE
Les troubles de ces fonctions sont très importants en psychiatrie. Nous signalerons parmi les troubles trophiques :
1° Les altérations du système cutané, soit dans la distribution du pigment ou les pigmentations anormales, soit dans la nutrition des diverses couches tégumentaires, exemple : le i>itiligo. Quelquefois, on observe de vraies dermatoses, telles que Veczéma, le zona, Vherpès, Vichthyose, la phthiriase ; d'autres fois, la peau offre les symptômes d'une intoxication générale de l'organisme, par exemple dans Valcoolisnie et dans la pellagre ;
2° La cicatrisation difficile des plaies, les escarres et les plaies du décubitus, le mal perforant, la chute spontanée des ongles et des dents, Vothématome, lésions dues, pour la plupart, à des névrites périphériques (paralysie générale) ;
3° La fragilité des os, les arthropathies trophiques, surtout dans les articulations chondro-sternales (paralysie générale) ;
4'' YJ atrophie et la dégénération musculaires, qui atteignent un degré élevé dans les formes paralytiques de la folie, le marasme de la démence, la cachexie mélancolique ; m
5^ La kératite neuro-trophique, la diminution de la sécrétion lacrymale, enfin la dégénérescence graisseuse des divers organes.
Parmi les troubles vaso-moteurs, on constate chez les aliénés :
Des paralysies vaso-motrices des extrémités ou de certaines parties des téguments, amenant la cyanose, V œdème [formes stupides et apathiques de la mélancolie, de la folie à double forme (Ritti) et de la démence] ; des asphyxies dites locales, par contraction spastique des capillaires ; des irrégularités dans la distribution sanguine ; des sensations subjectives de chaleur.