F) — TRAITEMENT
Avec Chaslin et Séglas, j'estime que la confusion mentale est, sauf complications exceptionnelles, une psychose à traiter à domicile ou à l'hôpital. C'est là, du reste, qu'elle s'observe tout naturellement, comme épiphénomène des maladies toxiques et infectieuses.
Pour ce qui est du traitement proprement dit, nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici ce que nous en disions en 1898, dans un précédent travail :
« L'indication dominante consiste à combattre la cause première, c'est-à-dire V intoxication ou Vinjection : d'où l'utilité capitale des purgatifs et des laxatifs répétés, des médicaments antitoxiques, des lavages de l'estomac, des diurétiques, de la saignée, surtout dans les phases du début, lorsque l'empoisonnement est à son maximum. En même temps, et suivant le cas, on administre les sédatifs, les bains, les toniques, etc.
Expérience faite, nous n'hésitons pas à nous joindre à Chaslin, à Sérieux et aux auteurs étrangers qui préconisent le repos au ht systématique, Valitement, dans le traitement de la confusion mentale. C'est un excellent moyen d'arrêter la dénutrition, d'amener le calme, de faire comprendre au sujet qu'il est malade.
« Lorsque les périodes d'agitation aiguë sont passées et que surviennent celles d'asthénie physique et psychique qui vont souvent jusqu'à la cachexie, le traitement doit changer de face et il faut alors s'appliquer à régénérer l'organisme par un ensemble de moyens appropriés visant à la fois l'hygiène, l'ahmentation, les médications internes et externes. Patmi ces dernières, les pratiques hydrothérapiques etélectrothérapiques,
350 PSYCHOSES GÉiNÉRALISÉES
les frictions, le massage, la gymnastique, les injections de sérum artificiel (Cullerre, Jacquin, etc.), de plasma de QuiNTON, l'eau oxygénée, l'opothérapie, les reconstituants du système nerveux, peuvent rendre les plus grands services.
<( Quant au traitement intellectuel en particulier, il offre ici quelque chose de spécial, en raison de la faiblesse mentale dans laquelle se trouvent la plupart des malades au sortir de leur crise et on peut dire que dans aucune autre psychose l'intervention personnelle du médecin n'est plus indiquée et plus efficace. Sauze a autrefois formulé de très judicieuses indications sur cette sorte de rééducation psychique. Il faut y ajouter tout ce que les progrès des méthodes psychothérapiques nous permettent aujourd'hui de réaliser. J'ai montré à diverses reprises que, dans nombre de cas, on pouvait, par la suggestion hypnotique, faire disparaître l'amnésie et les idées déhrantes consécutives à l'accès et activer ainsi la guérison. »
ARTICLE II
La description que nous venons de faire dans l'article précédent est celle de la confusion mentale simple, typique. Aussi cette description s'applique-t-elle indistinctement aux diverses formes de confusion mentale, qui ne diffèrent de la précédente que par certaines particularités d'intensité ou d'aspect. Nous n'aurons donc que quelques traits à ajouter pour caractériser chacune d'elles.
La confusion mentale aiguë, ainsi que son nom l'indique, se distingue par son degré d'acuité. Elle correspond généralement non plus aux variétés ou aux phases asthéniques des intoxications ou des infections, mais aux variétés et aux phases aiguë>. souvent fébriles.
(^)n peut lui reconnaître trois variétés : 1^ la variété stupide ou
COXFtJSlON MENTALE AIGUË (STUPIDITÉ) 35'
Stupidité ; 2° la variété agitée ou confusion hallucinatoire aiguë 3° la variété pseudo-méningitique ou délire aigu.
^ i — CONFUSION MENTALE AIGUË STUPIDE
(stupimte)
La confusion mentale aiguë stupide ou stupidité n'est pas autre chose que la confusion mentale asthénique poussée à son maximum.
Il suffît donc, pour s'en faire une idée exacte, de se représenter une confusion mentale asthénique dans laquelle l'activité psychique volontaire est non pas diminuée, voilée, obscurcie, mais entièrement suspendue ; dans laquelle aucune perception extérieure n'arrive à la conscience, absente ; dans laquelle, enfin, toute manifestation extérieure, si minime qu'elle soit, se trouve supprimée. Les malades sont bien là en état de mort apparente.
Ces morts apparents pensent-ils? Telle est la question qu'il est permis de se poser, car elle est généralement résolue par la négative. C'est même sur ce caractère qu'on s'est basé pour distinguer la mélancolie avec stupeur, dans laquelle la pensée vit et agit sous forme de délire triste, de la stupidité, dans laquelle la pensée est absente.
Nous ne croyons pas cependant que cette opinion soit entièrement vraie.
Le malade atteint de stupidité complète ne pense pas, cela est certain, si l'on veut parler de la pensée volontaire, consciente, dont tous les processus sont éteints chez lui. Mais ce n'est point quand même le néant mental, car sa pensée involontaire, automatique, déroule encore en lui quelques images plus ou moins nettes et plus ou moins vives. Certains malades, au sortir de leur stupidité, se rappellent vaguement avoir assisté, dans cet état, à des scènes oniriques confuses ; les autres déclarent n'avoir pensé à rien, mais ne faut-il pas tenir compte, même chez eux, de l'amnésie, et ne sont-ils pas semblables à ces dormeurs qui affirment n'avoir pas rêvé dans
leur sommeil uniquement parce qu'ils n'ont gardé aucun souvenir de leur rêve?
Ce qu'il y a de certain, en tout cas, c'est que l'activité psychique consciente est suspendue chez les stupides, de même que toute trace d'expression mimique et c'est ce qui les distingue, nous l'avons vu, des mélancoliques avec stupeur qui, eux, conservent une activité délirante très marquée, reflétée sur les traits douloureusement contractés de leur visage.
L'immobilité des stupides, véritable stéréotypie d'attitude ou akinétique, a donc quelque chose de spécial et ce quelque chose est la passivité, l'inertie, l'absence complète de ton émotionnel. Tout au plus rencontre-t-on parfois une certaine raideur, une certaine résistance, une véritable opposition systématique aux déplacements, mouvements et actes commandés ou provoqués, rudiment d'un négativisme qui décèle la persistance d'une vie au moins automatique et rapproche par un de ses caractères principaux la stupidité de la démence précoce.
Les fonctions sont toutes ralenties, l'hypothermie est fréquente, le gâtisme habituel.
La stupidité débute rarement d'emblée sous cette forme. Le plus souvent, elle succède à une phase de confusion mentale aiguë agitée qui a ouvert la scène et ce n'est qu'après quelques jours, quelques semaines, que l'agitation fait place à la prostration.
Quant à la durée de cette prostration, elle peut être fort longue et s'étendre à plusieurs mois, durant lesquels la suspension de l'activité physique et psychique reste absolue ou n'est coupée que par des crises transitoires d'agitation rappelant le début de la maladie et liées parfois à des poussées incidentes d'intoxication ou d'infection, décelables par un examen des organes ou de l'urine.
Dans les cas de guérison, les plus fréquents, le réveil a lieu lentement, par une résurrection insensible qui met un temps très long à s'opérer et qui n'est même pas toujours complète, le malade sortant souvent de ce sommeil de mort diminué à tout jamais dans son niveau mental, surtout au point de vue de sa mémoire.