‹ Précis de psychologieChapitre 111 sur 348 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

progressif » des habitudes d’alcoolisme, d’opiomanie, et- d’autres semblables. Les hommes compétents sont loin d’être unanimes ici, leur thérapeutique variant selon les cas. Tous cependant accorderaient sans doute qu’une brusque acquisition de l’habitude contraire offrirait les meilleures chances de succès, au cas où le malade serait de force à la pratiquer réellement. Car il se faut soigneusement garder d’imposer à la volonté une tâche si ardue que le premier effort doive nécessairement aboutir à une première défaite. Cependant, pourvu que le sujet puisse supporter l’épreuve, le mieux est de lui imposer d’abord une période de souffrance aigüe, quitte à lui rendre ensuite sa liberté, qu’il s’agisse de l’abandon d’une habitude comme l’opiomanie ou d’un simple changement des heures du lever et du travail. On sera surpris de voir comme un désir meurt vite d’inanition quand on ne le nourrit jamais.

« Avant de se permettre un écart il faut d’abord apprendre à marcher d’un pas ferme sur le sentier étroit et raide, sans broncher, sans regarder à droite ni à gauche. Prendre une résolution par jour c’est ressembler au sauteur qui court jusqu’au bord du fossé, puis s’arrête chaque fois et revient sur ses pas pour renouveler son élan. Sans progrès ininterrompu^ pas d’accumulation possible des forces morales ; et le bienfait souverain du travail régulier est précisément de rendre possible cette accumulation, de nous y habituer et de nous y exercer (1). »

Voici maintenant une troisième maxime à ajouter aux deux précédentes : Saisissez la première occasion d’ appliquer chacune de vos résolutions, suivez immédiatement toute suggestion émotionnelle orientée

(1) J. Bahnsen. Beitrâge zur Charakterologie, (1867), vol. 1, p. 209.

l’habitude

dans le sens de l’habitude à acquérir. Ce n’est pas au moment où on les forme, mais au moment où elles produisent leurs effets moteurs, que les résolutions et les aspirations modifient la contexture du cerveau. — C’est l’avis de l’auteur que nous venons de citer : « une occasion immédiatement présente fournit seule son point d’appui au levier qui permet à la volonté de décupler sa puissance et de se soulever elle-même. Si l’on ne peut s’appuyer sur un terrain solide, on ne s’élèvera jamais au-dessus de l’étage des mutiles

faiseurs de gestes. »

Quelque provision de belles maximes et de bons sentiments dont on soit muni, si l’on ne met pas à profit toutes les occasions concrètes à' agir, on ne tait aucun progrès moral. L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit le proverbe : rien de plus conforme a nos principes. Un « caractère », selon le mot de J. -b. Mill est « une volonté complètement façonnée », et une Volonté, dans le sens où il entend ce mot, est un faisceau de tendances à agir avec fermeté, promptitude et précision dans toutes les circonstances importantes de la vie. Une tendance à agir ne fait partie de notre tréfonds que dans la mesure où el e produit des actes avec fréquence et continuité, et ou le cerveau <c se fait » à leur répétition. Une résolution ou une belle flamme de sentiment qui s’évaporent sans porter le fruit d’une action pratique sont pires que des chances perdues : elles ont au moins un résultat positif, celui de créer des obstacles à ce que les resolutions et les émotions futures puissent suivre la voie normale de décharge qui les ferait aboutir a 1 action. Le rêveur sentimental et sans énergie qui passe sa vie dans le flux et le reflux d’un océan d’émotions, sans iamais aboutir à une action concrète et virile, est bien le caractère le plus méprisable qui soit. J en trouve le type classique dans ce Rousseau dont la chaude

Page 1