CHAPITRE XII
LE MOI
Le « Moi » et le « Je ». — Quel que puisse être l’objet de ma pensée, en même temps que je pense j’ai plus ou moins conscience de moi, de mon existence personnelle. Et c’est le Je qui a conscience de ce Moi, si bien que ma personnalité totale est alors comme double, étant à la fois le sujet connaisseur et l’objet connu. Il importe de distinguer ces deux aspects de la conscience, que nous appellerons, pour faire court, le Je et le Moi. Je parle ici d’ « aspects distincts » et non pas de « réalités séparées », car l’identité du Je et du Moi, identité qui se continue jusque dans l’acte même par lequel on les distingue, est sans doute la donnée la plus indéracinable du sens commun ; il ne faut pas que notre terminologie détruise sournoisement cette donnée au début de nos analyses, quelles que doivent être nos conclusions finales sur sa valeur.
Je traiterai donc successivement Aj du Moi comme objet connu, du « moi empirique » comme on l’appelle quelquefois, et B) du Je comme sujet connaissant, du « pur ego » de certains auteurs.