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CHAPITRE II

à l’autre. Elle est conscience de vision quand fonctionnent les lobes occipitaux, et conscience d audition quand fonctionne la partie supérieure des lobes temporaux. L’excitation apportée par les fibres afférentes provoque dans chaque région de l’écorce cérébrale un phénomène nerveux auquel est invariablement lié un fait de conscience de qualité déterminée. C’est ce qu’on exprime par la loi dite des « énergies spécifiques )) du système nerveux. Naturellement, nous n’avons même pas une explication conjecturale du fondement de cette loi. Des psychologues comme Lewes, Wundt, Rosenthal, Goldscheider, etc., ont beaucoup discuté la question de savoir si la qualité spécifique du fait de conscience dépend uniquement de la région corticale excitée ou de la nature du courant introduit par le nerf. Très probablement l'excitant physique habituel modifie à la longue l’organe terminal selon le choc qu’il lui imprime; l’organe terminal modifie la fibre selon l’excitation qu’il lui transmet ; la fibre modifie le centre cortical selon le courant qu’elle lui communique ; et enfin le centre modifie la conscience, — comment? et pourquoi? Nul ne le saurait deviner. Mais ces modifications et adaptations doivent être excessivement lentes ; et l’on peut dire, sans crainte de se tromper, que chez un adulte la qualité spécifique des sensations dépend plus de la région corticale excitée que de toute autre cause. Que l’on presse la rétine ou que l’on pique, coupe, pince ou électrise le nerf optique, le sujet percevra toujours des lueurs, parce que toutes ces diverses actions aboutissent toujours à exciter l’écorce de la région occipitale. Ainsi donc nos perceptions habituelles des objets extérieurs dépendent des circonvolutions reliées aux organes périphériques que ces objets impressionnent. Si nous voyons le soleil et le feu, c’est tout simplement parce que le seul organe

DE LA SENSATION EN GÉNÉRAL

terminal capable de recueillir leurs rayons excite les fibres spéciales qui courent aux centres de la vision.

Si nous pouvions changer les conjonctions naturelles des organes terminaux et des fibres, nous renverserions du tout au tout nos représentations du monde extérieur. Si, par exemple, nous pouvions coudre à notre oreille l’extrémité du nerf optique et à notre œil celle du nerf auditif, nous entendrions l’éclair et nous verrions le tonnerre, nous verrions la symphonie et nous entendrions les mouvements du chef d’orchestre. Je recommande ces hypothèses aux néophytes qui veulent s’entraîner à l’idéalisme.

Sensation et perception. — Il est impossible de définir rigoureusement une sensation ; dans la vie réelle de la conscience les perceptions et ce que l’on nomme communément les sensations se fondent les unes dans les autres par d’insensibles degrés. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que les sensations constituent les premiers événements de la conscience. Elles y sont le retentissement immédiat de la pénétration des courants nerveux dans le cerveau, et précèdent l’éveil des souvenirs et des associations. L’on comprend des lors que ces sensations immédiates ne puissent liser que dans les tout premiers jours de la vie. Elles sont tout à fait impossibles dans- une conscience adulte, gorgée de souvenirs et d’associations acquises. Alors que les organes des sens n’ont pas encore ete impressionnés, le cerveau reste plongé dans un sommeil profond, et la conscience, à vrai dire, n est pas L’enfant, durant les premières semaines qui suivent sa naissance, ne fait guère que dormir, et il faut un message énergique venu des organes sensibles pour rompre sa somnolence. Alors apparaît dans la conscience du nouveau-né une sensation parfaitement pure. Mais cette première expérience laisse dans la substance des circonvolutions son « empreinte mys-

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