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CHAPITRE XIII

(c soutenue » et peut méditer durant des heures un seul et même sujet. Chez le commun des mortels, au contraire, les pensées sont généralement sans liens rationnels et se suivent par séries discontinues ; aussi parlons-nous alors d’attention mobile et vagabonde.

Le génie est probablement un obstacle réel à Tacquisition des habitudes d’attention véritablement volontaire ; ici comme partout un esprit à talents moyens est le terrain d’élection des vertus de la volonté proprement dite. Mais quelle que soit l’origine de l’attention, don gratuit du génie ou création de la volonté, c’est sa puissance et son application qui fait les maîtres en tous genres. La faculté de dompter une attention vagabonde est à la racine du caractère, du jugement et de la volonté : se posséder, c’est avoir cette faculté ; et la développer est l’idéal par excellence de l’éducation. Idéal d’ailleurs facile à définir : ce qui est moins facile, c’est de donner une méthode pratique pour le réaliser. Le seul principe général de pédagogie sur ce point est celui-ci : plus un enfant s’intéresse d’avance à un sujet, plus il y appliquera son attention. Dirigez-le donc en ce sens, rattachez-lui l’inconnu au connu, le neuf au vieux, éveillez autant que possible sa curiosité, créez des questions en son esprit, afin qu’il trouve dans ce que vous lui apprenez la satisfaction d’une réponse entière ou partielle à ces questions.

Les conditions physiologiques de l’attention. — Les voici à peu près :

1) On ne peut faire attention à un objet sans que le centre cortical intéressé ne soit le siège de deux processus physiologiques, correspondant l'un à Vidée ou image de cet objet, et Vautre à la sensation qu’il nous donne.

2} L’organe sensible doit ensuite « accommoder », c est-à-dire s’adapter, grâce à son appareil muscu-

l'attention

laire, à V objet pour le percevoir le plus distinctement possible.

3) Selon toute probabilité un afflux sanguin se produit alors au centre cortical.

Je ne dirai rien de cette troisième condition, dont nous n’avons pas de vérifications détaillées, mais qui découle, par voie d’analogie, de ce que nous savons sur les lois générales de l’activité psycho-physiologique. Mais nous pouvons vérifier les deux premières conditions. Commençons par la seconde, la plus facile à établir.

L’accommodation de l’organe sensoriel. — On la

rencontre non seulement dans les cas d’attention sensorielle, mais jusque dans les cas d’attention intellectuelle.

Elle est évidente d’abord dans l’attention que nous donnons aux objets sensibles. Regarder et écouter, c’est involontairement accommoder les yeux et les oreilles, et c’est tourner en même temps la tête et le corps pour faciliter cette accommodation. Pour goûter la saveur ou respirer l’odeur d’un objet, il faut y ajuster la langue, les lèvres et la respiration même ; la main épouse les contours et les reliefs des choses qu’elle palpe, et proportionne ses mouvements à leurs surfaces. Dans tous ces actes, il y a à la fois production involontaire de contractions musculaires positives, et inhibition des contractions qui ne pourraient que compromettre le résultat poursuivi : on ferme les yeux pour mieux tâter, on suspend la respiration pour mieux écouter, etc. Tout cela engendre un sentiment organique plus ou moins vague par quoi nous prenons conscience, de l’attention tant qu’elle dure. Nous sommes même portés à confondre ce sentiment organique avec le sentiment de notre activité propre, encore qu’il nous vienne certainement de nos organes sensoriels et soit consécutif à

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