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CHAPITRE XIII

le phénomène suivant : si l’on regarde simultanément deux images différentes, comme celles du cliché stéréoscopique ci-joint, en ayant soin que chaque œil fixe l’image qui lui fait face, on remarque bientôt que tantôt l’une et tantôt l’autre pénètre dans la conscience, tantôt même des portions des deux, mais presque jamais les deux ensemble. Helmholtz dit à ce sujet : « il se trouve que je suis parfaitement capable de faire porter volontairement mon attention tantôt sur l’un des systèmes de lignes et tantôt sur l’autre ; et alors celui que je considère ainsi reste visible pendant un certain temps, tandis que l’autre s’évanouit tout à fait. C’est ce qui arrive, par exemple, si j’essaie de compter les lignes d’un système, et puis ensuite celles de l’autre... Mais il est extrêmement difficile de fixer longtemps l’attention sur le même, à moins d’avoir bien soin de poursuivre parallèlement quelque tâche connexe associée à l’effort principal, grâce à quoi bon pourra renouveler continuellement l’activité de l’attention. C’est ainsi qu’on fera bien de s’occuper à compter les lignes, à comparer les intervalles, etc. En aucune circonstance on ne saurait prolonger l’équilibre de l’attention au delà d’un certain laps de temps. Laissée à elle-même, l’attention ne fait que chercher ici et là de nouveaux objets : sitôt qu’elle a épuisé l’intérêt d’une chose et ne saurait plus rien en extraire de neuf, elle passe à une autre chose, et il n’est pas d’effort de volonté qui puisse l’en empêcher. Si donc on veut la maintenir et la fixer sur un seul et même objet, il faut absolument arriver à découvrir sans cesse en cet objet de nouveaux aspects, surtout quand des impressions sensibles plus puissantes viennent la solliciter de s’en distraire (1). »

(1) Helmholtz, Handbuch der physiologisehen Optik, § 32, édition, 1896, p. 920.

l’attention

Ces paroles de Helrnholtz sont d’une importance \ fondamentale. Si elles sont vraies de l’attention sensorielle, combien plus vraies encore de l’attention intellectuelle ! La condition sine qaa non de l’attention soutenue à un sujet intellectuel donné est de le parcourir indéfiniment en tous sens, et d en considérer f tour à tour les divers aspects et rapports. Quand ; l’idée devient fixe ou réapparaît toujours la même et toujours également obsédante, c’est une preuve que l’esprit est malade.

Génie et attention. — Nous pouvons voir maintenant pourquoi la richesse, la fraîcheur et l’originalité d’un esprit sont proportionnelles à sa faculté d’attention soutenue. Dans un esprit fécond les idées germent, poussent et grandissent d’elles-mêmes. A chaque instant elles s’accroissent d’une nouvelle conséquence qui enchante et fixe l’attention. Au contraire une intelligence mal meublée, pauvre, sans originalité ni vivacité aura bien du mal à s’appliquer longtemps à un sujet quelconque. D’un regard elle en extrait tout l’intérêt qu’elle y peut trouver. C’est l’avis général que les génies l’emportent sur le commun par leur pouvoir d’attention soutenue. On peut craindre que ce « pouvoir » ne soit d’essence plutôt « passive », étant tout fait d’idées qui brillent et de pensées qui se multiplient d’elles-mêmes et se branchent indéfiniment, tant que durent les heures d’inspiration. Mais c’est le génie qui crée l’attention, et non lallention qui crée le génie. Si nous allons à la racine des choses, nous verrons que ce qui distingue l’homme de génie de l’homme ordinaire, c’est moins la nature de son attention, que la nature des pensées sur lesquelles elle se porte ; ces pensées s’enchaînent étroitement et se suggèrent les unes aux autres comme par l’effet d’une loi rationnelle ; ce qui npus permet de dire que le génie fait preuve d’attention

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