L ATTENTION
sion analogue à celui que je ressens quand je veux percevoir avec netteté une impression auditive ou visuelle ; seulement, il n’est plus localisé aux mêmes endroits. L’attention que je donne à des objets réels ou à leurs images consécutives me procure un sentiment de tension dirigé nettement en avant ; il se déplace avec elle vers les organes des sens et laisse toujours le reste de la tête parfaitement dégagé. Au lieu que dans l’attention donnée à des souvenirs ou à de pures images, le sentiment de tension se retire, pour ainsi dire, à l’intérieur, et s’éloignant des organes sensibles, se réfugie dans cette partie de la tête qu’occupe le cerveau. Si, par exemple, je désire me rappeler un paysage ou une personne, l'image désirée surgira en moi avec une vivacité proportionnelle à l’effort que je ferai, non pas pour tendre mon attention en avant, mais, si j’ose ainsi parler, pour la re traire en arrière (1). »
Chez moi, ce sentiment de « tension en arrière » qui accompagne l’attention aux souvenirs, etc., me semble constitué surtout par la conscience d’une rotation des globes oculaires, qui divergent et se retournent de bas en haut, comme il arrive dans le sommeil, alors qu’ils convergent et se meuvent de haut en bas quand je regarde un objet extérieur.
L’accommodation de l’organe est cependant loin d’être, même dans l’attention sensorielle, le processus physiologique essentiel ; elle n’est qu’un processus secondaire qu’on peut arriver à supprimer, comme en font foi certaines observations. Ordinairement, sans doute, un objet se trouvant dans les marges de notre champ visuel ne peut attirer notre attention sans nous « tirer les yeux », c’est-à-dire sans y provoquer automatiquement les mouvements
(1) Fechner, Elemente der Psychophgsik, II, pp. 475-6.