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CHAPITRE II

la fonction de la perception est de nous fournir de connaissances sur cette même réalité : mais pour cela, il faut qu’on sache préalablement de quelle réalité il s’agit, quelles sont ses diverses qualités, — question préalable exclusivement réservée à la sensation. Nos premiers états de conscience sont à peu près uniquement des sensations ; ils sont 1 étoffe et le contenu de nos substantifs indéterminés ! ceci, cela, ça, il, ce qui, etc., bref, ils nous approvisionnent de substantifs concrets [of whats, or thaïs, or ils) et de sujets de proposition, mais de substantifs encore sans adjectifs, de sujets synthétiques dont aucune analyse n’a encore dégagé les attributs et les rapports. La première fois que nous voyons la lumière, nous sommes cette lumière plutôt que nous ne la voyons, pour parler la langue de Condillac. Mais toutes nos connaissances optiques ultérieures porteront sur les données de cette expérience. Nous pouvons devenir aveugles aussitôt après l’avoir eue ; tant que nous en garderons le souvenir, notre savoir ne manquera d’aucun élément essentiel. Dans les institutions d’aveugles-nés on donne aux élèves les mêmes connaissances sur la lumière que dans les écoles ordinaires :réflection, réfraction, spectre, théorie de l’éther, etc., tout est étudié. Mais le meilleur élève aveuglené manque d’une connaissance que possède le plus ignorant des bébés clairvoyants ; on ne pourra jamais lui montrer ce qu’est la lumière, lui donner V intuition, la prima inlenlio de cette qualité ; et nulle science livresque ne saurait remplacer cette connaissance sensible. Tout cela est si évident que nous voyons la sensation « postulée » comme un élément de l’expérience par les philosophes les moins portés à exalter son importance ou à s’incliner devant les connaissances qu’on lui doit.

Sensations et images. — La sensation et la percep-

DE LA SENSATION EN GÉNÉRAL

tion, malgré leurs différences, se ressemblent en ceci que toutes deux nous présentent des objets vifs et forts et présents. Au contraire, les objets auxquels on pense, que l’on imagine ou que l’on se rappelle, sont relativement faibles et dépourvus de ce mordant, de ce piquant, de cette qualité de présence réelle que possèdent les objets des sensations. Or, les processus corticaux des sensations sont dus à des courants afférents venus de la périphérie du corps : un objet extérieur doit exciter l’œil, l’oreille, etc., avant que ne se produise sa sensation. Au contraire, les processus corticaux des pures idées et des pures images sont dus très probablement à des courants venus d’autres circonvolutions ', il semble donc bien que les courants venus de la périphérie éveillent normalement une forme d’activité cérébrale que les courants venus des circonvolutions sont incapables d’éveiller. C’est de cette sorte d’activité (qui n’est peut-être qu’un degré plus profond de désintégration) que semblent dépendre les qualités conscientielles de vivacité, de présence et de réalité de l’objet.

L’extériorité des objets de la sensation. — Toute chose ou qualité sentie est sentie dans l’espace extérieur. Il est impossible de concevoir une lumière ou une couleur autrement qu’étendues et extériorisées. Les sons aussi s’entendent dans l’espace. Les contacts se font à la surface du corps, et les douleurs sont toujours localisées dans quelque organe. Il fut longtemps de mode en psychologie de dire que les qualités sensibles sont saisies dans l’esprit lui-même, puis « projetées » hors de lui, ou « extradées « par un acte mental secondaire supérieur à la sensation et ressortissant probablement à l’intelligence. Cette opinion est totalement dénuée de fondement. Les seuls faits qui sembleraient plaider en sa faveur s’expliquent beaucoup mieux sans elle, comme nous le

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