CHAPITRE II
est bien naturel qu’un courant interféré donne naissance à une sensation modifiée.
Des exemples de ces modifications sont faciles à trouver (1). Les notes d’un accord s adoucissent mutuellement ; de même les couleurs qui entrent dans une combinaison harmonieuse. Un doigt plongé dans de l’eau chaude donne une sensation de chaleur déterminée i plongez-y la main entière, et la sensation augmentera d’intensité, encore que la température de l’eau n’ait naturellement pas changé. Pareillement les objets, pour être visibles, doivent atteindre un minimum de surface colorée : il faut que leur image rétinienne excite un nombre suffisant de fibres, sans quoi elle ne nous donnera absolument aucune sensation de couleur. Weber a observé qu’un thaler placé sur la peau du front parait plus lourd quand il est froid que quand il est chaud. Urbantschitsch a prouvé expérimentalement que tous nos organes sensoriels influent sur les sensations les uns des autres. Prenant des sujets qui ne pouvaient reconnaître des taches de couleur ou lire des lettres à cause de l’éloignement où ils se trouvaient, il faisait résonner un diapason à leur oreille, et immédiatement ils percevaient les nuances des taches ou lisaient les lettres, etc., etc. Enfin, pour citer les exemples les plus familiers peutêtre de la loi de relativité, tout le monde sait que le bruit et la lumière augmentent la douleur^ et que la nausée est accrue par toutes les sensations qui l’accompagnent.
Effets de contraste. — Les cas les mieux connus de
(1) Le cas le plus typique est celui où de la lumière verte et de la lumière rouge, par exemple, venant à tomber simultanément sur la réline, donnent une sensation de jaune. Mais je fais abstraction de ce cas, parce qu’il n’est pas certain qu’alors les courants afférents affectent des fibres différentes du nerf optique.
DE LA. SENSATION EN GÉNÉRAL
modification d’un courant nerveux par un autre nous sont fournis par les phénomènes dits de « contraste de couleurs simultanées ». Prenez un certain nombre de feuilles de papier de couleurs brillantes et variées , placez sur chacune d’elles un petit morceau d’un même papier gris, puis couvrez chaque feuille avec du papier blanc transparent qui adoucisse à la fois Paspect du papier gris et celui du fond coloré. Partout le papier gris vous apparaîtra teinté de la couleur complémentaire de celle du fond, et les divers morceaux en sembleront si différents que pas un observateur, avant d’avoir enlevé le transparent, ne croira qu’ils ont été coupés dans une même feuille. Helmholtz donne une interprétation psychologique de cette expérience ; il y voit l’application à contre-temps d’une très vieille habitude, celle de tenir compte de la couleur du milieu lumineux à travers lequel nous voyons les objets. En effet un objet quelconque, qu’il soit vu à la lumière bleue d’un ciel clair, ou à la lumière jaune-rougeâtre d’une bougie, ou à la lumière brun-sombre d’une table en acajou qui le reflète, n’en passe pas moins pour garder toujours sa couleur propre ; c’est cette couleur, telle qu’il la connaît, que l’esprit superpose à la vision brute pour y corriger les fausses colorations du milieu. Dans le cas des papiers, selon Helmholtz, notre esprit est convaincu que la couleur du fond, tamisée par le transparent,
- s’est déployée en couche légère sur le papier gris, qui se trouve ainsi recouvert d’un transparent coloré. Mais le papier gris, pour paraître gris au travers de ie transparent coloré, devrait être en réalité de sa couleur complémentaire. 11 a donc cette couleur complémentaire, pensons-nous ; et nous la lui restituons dans notre vision rectifiée.
Hering a montré que cette théorie était insoutenable La discussion des faits est trop minutieuse