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CHAPITRE II

Certainement notre sensation d’écarlate n’est pas une sensation de rose additionné de plus de rose : c’est tout autre chose que du rose. De même voir la lumière d’un arc électrique n’est pas voir un condensé des lumières de chandelles graisseuses et fumeuses. Chaque sensation se présente comme une indivisible unité ; il est impossible de trouver un sens intelligible à la formule qui en fait des sommes d’unités.

Il n’y a pas contradiction entre cette affirmation et le fait qu’une sensation faible qui augmente nous donne au fur et à mesure de ses accroissements les sentiments répétés de « plus », « plus » encore et touj.ours « plus ». Car ce ne sont pas là des sentiments de plus de matière, si j’ose parler ainsi, mais bien de plus de différence et de distance du point de départ de la sensation. Dans le chapitre de « la discrimination » nous verrons qu’on peut percevoir une différence entre des choses simples. Nous verrons aussi que les différences elles-mêmes diffèrent, car il y a diverses directions de différences, et le long de n’importe laquelle de ces directions on peut ranger dans un ordre d’accroissement continu dans le même sens toute une série de choses. Dans chacune de ces séries la fin diffère plus du commencement que le milieu. Les différences d’« intensité » forment une de ces directions d’accroissements possibles. Ainsi nous pouvons exprimer nos jugements sur les accroissements d’intensité sans recourir à l’hypothèse de l’accroissement d’une somme d’unités.

La «Loi de relativité ». — La loi de Weber semble n’être qu’un cas particulier d’une loi plus générale, à savoir que plus notre attention est absorbée, moins nous pouvons remarquer des détails. Cette loi est évidente quand les détails sont étrangers à l’objet de l’attention ; avec quelle facilité n’oublions-nous pas un malaise physique quand s’échauffe la conver-

DE LA. SENSATION EN GÉNÉRAL

sation, et combien peu remarquons-nous les bruits de la chambre tant que notre travail nous absorbe ! Ad plura intentus minus est ad singula sensus, dit le vieux proverbe. Mais on pourrait même dire que la loi s’applique encore quand objet et détails sont de même nature; on pourrait dire, par exemple, qu’un esprit tout entier à deux fortes sensations semblables et simultanées, en est dévoré jusqu’à ne pouvoir remarquer entre elles le détail d’une différence, qui ne manquerait pas de le frapper immédiatement si les sensations étaient plus faibles et moins fascinantes. — Je donne cette dernière observation pour ce quelle vaut (1).

Au moins avons-nous une loi empirique certaine dans ce fait que la sensation dépend, au double point de vue de sa perceptibilité et de sa qualité, non seulement du courant afférent qui la produit, mais encore des autres courants afférents simultanés. C’est là la loi dite « de relativité », dont on a donné différentes formules, celle-ci, par exemple, très courte :

« Les sensations simultanées (2) se modifient mutuellement », ou cette autre, beaucoup plus vague, qui est celle de Wundt : « Nous sentons toutes choses par rapport les unes aux autres ». La loi de relativité a joui d’une grande vogue en psychologie depuis Hobbes. On en a fait grand mystère ; mais, bien que nous ignorions évidemment les processus intimes qu’elle implique, nous avons toutes raisons de croire, et aucune de douter qu’ils sont physiologiques et résultent de l’interférence des courants. Il

(1) Je remprunte à Ziehen ; Leilfaden der phgsiologischen Psgchologie, 1891, p. 36, qui cite lui-même HeriNg sur ce point.

(2) Ceci est également vrai des sensations successives ; mais je m’en tiens aux sensations simultanées pour plus de simplicité.

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