CHAPITRE XXII
tique. Où qu’il se trouve, un chien se met aussitôt à flairer, et un cheval à dresser l’oreille, l’un et l’autre à Taffût de ce qui les intéresse immédiatement, et poussés par leur instinct à s’enquérir, celui-là des odeurs, celui-ci des bruits. L’enfant ne remarque dans sa chambre que la lumière des bougies ou celle des fenêtres, parce que la lumière lui cause un vif plaisir. Pour la même raison, le petit paysan distingue dans un taillis les ronces à mûres, les châtaigniers et les prunelliers des autres arbres et arbustes. Le sauvage est tout yeux pour les verroteries et les débris de miroir que lui offrent les explorateurs, tandis qu’il ne regarde même pas leurs vaisseaux, trop au-dessus de sa curiosité. Ce sont ces intérêts pratiques et esthétiques qui donnent aux détails de la réalité presque tout leur relief ; nous remarquons ce qu’ils nous soulignent. Quant à leur nature intime, elle nous échappe. Contentons-nous de les reconnaître comme des principes derniers et irréductibles, dont l’action oriente l’évolution de nos connaissances.
Dès lors, un être qui n’a qu’un nombre très restreint d’instincts ou d’intérêts pratiques et esthétiques, ne discernera que fort peu d’attributs et n’aura, même en mettant les choses au mieux, qu’une faculté de raisonnement très limitée, bien inférieure à coup sûr à celle d’un être pourvu d’une gamme plus riche d’intérêts. L’homme, grâce à la multiplicité et à la variété de ses instincts, de ses besoins pratiques et de ses impressions esthétiques, ayant toujours quelque intérêt qui oriente n’importe laquelle de ses sensations, ne peut manquer de discerner infiniment plus de caractères que tous les autres animaux. Aussi voyons-nous que les sauvages les plus dégradés raisonnent incomparablement mieux que les bêtes les plus intelligentes. De plus, la diversité de ces intérêts engendre la diversité des expériences, qui, en s’accu-
LE RAISON?fEMENT