CHAPITRE XXII
engaîné dans chacune d’elles, et ne s’en détachera point comme un élément distinct et individuel. Cette conclusion, les lecteurs de la logique de Mill ne peuvent manquer de le reconnaître, n’est autre que le principe même des fameuses « quatre méthodes » dites « de concordance, de différence, de variations concomitantes et des résidus » : toutes quatre se‘ ramènent à établir des tables de cas semblables, dont se doit détacher le caractère cherché.
Or, il est bien évident qu’une conscience féconde en associations de ressemblance est prédéterminée à dresser spontanément de telles listes de cas. Soit une donnée A contenant le caractère m; m peut fort bien échapper à une simple et première inspection de^l. Mais que A s’associe C, D, E et F, tous phénomènes contenant également m, et qui n’ont pas été expérimentés depuis des mois par l’animal qui expérimente A en ce moment : je dis que cette association spontanée accomplira le travail que vous faites dans la rapide comparaison dont je parlais tout à l’heure, que fait également le savant dans son interprétation systématique des cas semblables. Donc, cette association pourra mener à l’abstraction de m. Rien de plus évident que cette conclusion ; et il nous faut bien avouer que V association par ressemblance est un facteur de discrimination à ranger immédiatement à la suite des plus puissants que nous ayons, c’est-à-dire à la suite de quelques intérêts pratiques et esthétiques privilégiés. Après eux, c’est elle qui nous aide le plus à dégager ces caractères qui, une fois abstraits et nommés, nous fournissent de raisons explicatives, de genres et d espèces, d’essences, et de moyens termes. Et de vrai, sans cette association par ressemblance, le savant n’arriverait jamais à réunir ses listes de cas semblables ; partant, tout son travail en serait rendu impossible. C est elle qui, chez les esprits bien doués.
LE RAISONNEMENT
par son jeu spontané et comme involontaire, se charge de collectionner les analogies, d’unir dans la pensée ce que la nature sépare dans l’espace et le temps, facilitant ainsi les perceptions de l’identique dans le divers, perceptions interdites aux esprits esclaves de la loi de contiguïté.
La figure 66 vous offre un schème de ce travail. Si m, qui fait partie de A, évoque B, C, D, E, dont
il fait également partie, et les évoque rapidement les uns à la suite des autres : du seul fait qu’il se trouve associé presque simultanément à des concomitants si divers, il tendra à se détacher de tous et à attirer sur lui seul l’attention de l’esprit.
Si vous m’accordez ces analyses, il vous faut convenir que l’esprit, chez lequel prévaut l’association par ressemblance, trouvera dans son aptitude à mieux abstraire une aptitude à mieux raisonner ; et partant que l’esprit inapte au raisonnement a des chances d’être un esprit enlizé dans des associations par contiguïté. De l’avis général, les génies se distinguent