CHAPITRE XXii
des esprits commues par rextrâordiaaire puissance qu’acquiert chez eux l’association par ressemblance, ainsi que Bain l’a fort bien montré dans quelques-unes de ses meilleures pages. Cette observation s’applique aussi bien aux génies scientifiques et raisonneurs qu’aux génies poétiques et à tous les génies en général.
Les bêtes raisonnent-elles? — Ce que le génie est à l’homme ordinaire, l’homme ordinaire l’est à la bête. L’intelligence animale paraît différer de l’intelligence humaine par l’absence d’abstractions intentionnelles et d’associations par ressemblance. Elle passe d’une représentation concrète à la représentation concrète qui lui fait habituellement suite, avec une régularité mécanique que l’on ne trouverait sans doute pas facilement chez nous ; en d’autres termes, elle ne présente à peu près exclusivement que des associations par contiguïté. Cependant, l’on conviendra qu’un animal peut raisonner, au plein sens du mot, dans la mesure où il peut penser des caractères abstraits au heu d’associations concrètes. Mais jusqu’à quel point le fait-il? Voilà le point obscur. Il est sûr au moins que les animaux les plus intelligents ont leurs actions déterminées par des caractères abstraits ; qu’ils les pensent ou ne les pensent pas séparément comme tels, ils leur obéissent ; car ils ont les mêmes façons de réagir pour tous les objets d’une même classe. Or ceci implique, sinon qu’ils abstraient l’essence de ces classes, du moins qu’ils la soulignent d’une façon quelconque. Car il y a cent façons de souligner un detail : ü serait par trop absolu de réduire toute connaissance ou bien à une perception globale où rien ne s accuse en relief, ou bien à une conception claire d un attribut abstrait et fixé sous un mot. Entre les termes extrêmes de cette alternative simpliste, il y a place pour toute gamme d’intermédiaires possibles.
LE RAISONNEMENT
qui existent très certainement, quoique nous n’ayons pas de mots pour les désigner, et qui se situent entre l’absence de toute analyse et abstraction et l’analyse , et l’abstraction parfaites. C’est de ces opérations innommées que relèvent les idées de classes vague^ ment abstraites et généralisées, idées que Romanes appelle des « représentations fixées » {recept) et Lloyd Morgan des « représentations systématisée^ [consiruct : il réserve le nom d’ « idées isolées », isolate, aux abstractions nettement déterminées). Ces deux termes, à vrai dire, ne me paraissent pas des plus beureux ; mais, tels quels, ils enrichissent notre pauvre psychologie d’une découverte, ce qui vaut bien qu’on les cite. Peut-être vaudrait-il mieux parler d’idées qui seraient des « dispositifs d’action » [influent] ? Jugez-en vous-mêmes en remplaçant par cette expression celle de Romanes dans le passage suivant de cet auteur.
« La poule d’eau qui veut se poser après une envolée, ne descend pas de même façon sur l’eau que sur la terre ferme, ou même sur la glace. Les espèces d’oiseaux plongeons qui se précipitent d’une certaine hauteur dans la mer, telles les hirondelles de mer et les fous, ne se précipiteront jamais ainsi sur la terre ou sur la glace. Ces faits prouvent que ces animaux ont un « recept » pour les surfaces solides, et un autre pour les surfaces liquides. De même, un homme n’essaiera jamais de se laisser tomber sur la glace ou sur la terre en exécutant les mouvements du plongeon ; et il ne sautera pas dans l’eau comme il saute sur le sol. Il a, lui aussi, tout comme la poule d’eau, les deux « recepts » dont nous venons de parler. Mais, et ceci le distingue de la poule d’eau, il sait donner des noms à ses « recepts », et les élever à l’état de « concepts » en les faisant passer à un niveau supérieur de la conscience. Évidemment, s’il ne s’agit que