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CHAPITRE XXV

monstre assez dénaturé pour ne pas sentir qu’un nid d’œufs est ce que l’on peut voir au monde de plus délicieux, de plus fascinant, et sur quoi l’on ne saurait jamais trop s’asseoir.

Mystère pour mystère, celui que nous découvrons dans les instincts de certains animaux n’est donc pas plus grand que celui qu’ils découvriraient dans les nôtres. Aussi pouvons-nous conclure que, pour l’animal qui s’y abandonne, toute suggestion et toute impulsion instinctive s’illumine assez de sa propre lumière, pour lui apparaître à ce moment même la seule bonne, la seule éternellement juste, celle qui lui convient et ne convient qu’à lui. Imaginez le frémissement de joie qui doit parcourir une mouche quand elle découvre enfin de par le monde la feuille, la charogne ou le fumier prédestinés entre: toutes choses à exciter son oviducte à se décharger de son précieux fardeau ! Est-ce que la ponte n’est pas pour elle le seul acte approprié à cette circonstance? Et pensez-vous qu’elle ait besoin de songer le moins du monde alors à la larve future et à sa nourriture ?

Les instincts ne sont ni toujours aveugles ni toujours invariables. — Tout le monde connaît ces truismes : « 1 homme n’a presque pas d’instincts, et se distingue par là des animaux inférieurs ; ce qu’ils font par instinct, lui le fait par raison, etc. » Ils peuvent fournir matière à d interminables et inutiles discussions entre deux ergoteurs qui évitent soigneusement de définir leurs termes. Naturellement, nous entendons nous garder ici de toutes querelles de mots, d’autant que nous avons à notre disposition des faits assez clairs. L homme offre une gamme de tendances impulsives autrement riche que celle de n’importe quel animal inférieur ; et chacune de ces tendances n’est pas moins aveugle chez lui que chez eux, si on la considère en elle-même et dans ses premières suggestions. Mais

l’instinct

les suggestions suivantes ne tardent pas à s’accompagner d’une véritable prévision des fins poursuivies, grâce au souvenir des fins antérieurement obtenues ; ainsi, les tendances humaines cessent-elles peu à peu d’être aveugles, de par les processus de mémoire, de réflexion et d’inférence qui les pénètrent. Alors, mais alors seulement, on peut dire que l’acte impulsif se fait, en partie du moins, pour ses résultats. Il en est évidemment ainsi chez tous les animaux doués de mémoire ; il ny a de véritablement aveugle chez eux que le premier acte instinctif ; le second déjà comporte la prévision de ses résultats futurs, pour autant qu’il comporte le souvenir de ses résultats passés. Un insecte qui dépose des œufs là où il n’en a jamais vu éclore, agit évidemment « à l’aveugle » ; mais on n’en saurait dire autant d’une poule qui en est à sa seconde couvée. Dans tous les cas analogues a celuici, l’animal s’attend certainement à quelque résultat ; et, selon que ce résultat attendu est agréable ou désagréable, sa prévision ne peut que fortifier ou inhiber la tendance elle-même. L’image des poulets futurs encourage sans doute la poule sur ses œufs , tandis que le souvenir d’un piège, d’où il s’est heureusement échappé, refroidit chez un rat la fascination du morceau de lard qui lui rappelle ce piège. Un enfant qui voit un gros crapaud sauter lourdement, ne peut guère manquer d’éprouver immédiatement un désir impulsif de l’écraser avec une pierre (surtout si cet enfant se trouve avec d’autres enfants) ; et il est probable qu il obéira aveuglément à cette impulsion. Mais, je ne sais quelle expression d’agonie dans les pattes crispées de la pauvre bête lui inspirera l’idée que son action est méchante et mesquine, ou lui rappellera à la mémoire telle parole qu’il a entendue sur les animaux qui souffrent comme nous ; aussi, au prochain crapaud qu’il verra, se sentira-t-il moins poussé à la

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