CHAPITRE V
éprouve bien une impression tactile; mais le plus violent pincement, une brûlure, ou même une étincelle électrique qui détruit les tissus, n éveilleront en lui aucune douleur. Semblable fait peut se reproduire dans certaine maladie de la moelle épinière, ou par suggestion hypnotique, ou encore à certains degrés d’intoxication par l’éther ou le chloroforme. « Schiff obtint un résultat analogue chez des lapins en sectionnant la matière grise de la moelle, tout en laissant intactes les colonnes blanches postérieures. Si, au contraire, on sectionne ces dernières en ne touchant pas à la substance grise, c’est la sensibilité à la douleur qui s’accroît, et la sensation propre du toucher peut être abolie. De telles expériences donnent une quasi certitude que si les impulsions afférentes atteignent la moelle épinière à un niveau» quelconque et pénètrent dans sa substance grise en suivant les fibres des racines postérieures, elles se dirigent par des chemins divers aux centres conscients ; les impressions tactiles sortent bientôt du réseau gris pour suivre une fibre conductrice blanche, tandis que les sensations douloureuses continuent à cheminer dans la substance grise. On ne saurait dire encore si ces deux espèces de sensations parviennent à la moelle par les mêmes fibres. Le réseau gris conduit les impulsions nerveuses, mais avec difficulté ; elles risquent bientôt d’y être bloquées. 11 se peut qu’une impression faible (une impression tactile) arrivant par une fibre afférente à ce réseau gris, ne puisse que s’y frayer un court chemin, passe par une fibre bonne conductrice dans un cordon blanc et gagne le cerveau ; tandis qu’une impression plus forte (une impression douloureuse) pourrait s’irradier plus loin dans la matière grise, et peut-être en sortir par plusieurs fibres la conduisant au cerveau par les cordons blancs, provoquant ainsi une sensation qui serait incoor-
LE TOUCHER
donnée et mal localisée. Car les sensations de douleur sont mal localisées ; elle le sont d’autant plus mal qu’elles sont plus intenses ; ce fait bien connu aurait ainsi son explication (1). »
La douleur donne aussi naissance à des mouvements mal coordonnés de défense. Plus elle est forte, plus le déclanchement des mouvements est violent. À coup sûr, chez les animaux inférieurs, elle est presque le seul excitant ; nous ne sommes pas très loin d’eux sur ce point, car chez nous la douleur est encore l’excitant des réactions les plus énergiques, sinon les plus réfléchies.
Le goût, l’odorat, la faim, la soif, la nausée et toutes les autres sensations dites « communes » peuvent être négligées ici, car on ne connaît à peu près rien d’elles qui ait un intérêt psychologique.
(1) Martin, op. cil.